Gérard Onesta ; « Il faut anticiper ! »

Porté sur les fonds baptismaux aux dernières élections européennes par des parrains prestigieux comme la dynamique présidente des “Verts” Cécile Duflot, la charismatique Eva Joly et le médiatique Dany Cohn-Bendit, le parti écologiste est devenu en quelques mois, le troisième mouvement politique français. Pour ancrer son existence dans le concert politique national, il lui reste à réussir son examen aux régionales. C’est Gérard Onesta, ex-vice-président du Parlement Européen qui a été choisi pour relever ce challenge en Midi-Pyrénées. Après l’EU, ce Tarnais d’origine, a choisi de s’investir au niveau de la région, un échelon selon lui, incontournable des politiques européennes présentes et à venir. Découvrons l’homme et le programme de l’équipe…

 
Gérard Onesta, vous avez été vice-président du Parlement Européen. Qu’est-ce qui vous a incité à partir en politique au niveau régional ?
C’était une suite logique. J’avais annoncé que je ne voulais pas prolonger de trop mon expérience européenne. Dans la vie, il arrive un moment où il faut savoir tourner la page. Après avoir été un législateur global, j’ai voulu vivre la traduction des lois européennes au plan local.  Mais soyons clairs : si je me suis engagé, c’est parce qu’il y avait une équipe. J’ai senti que tout ce que j’avais ensemencé à Strasbourg pouvait pousser, pour peu qu’on l’arrose un peu, au niveau local. Disons que c’est la seconde mi-temps du même match.

Que reprochez-vous à la gestion de Martin Malvy ?
Je ne suis pas rentré en campagne pour faire des reproches à Martin Malvy. Pendant les cinq mois qu’a durée notre campagne, nous avons fait en sorte de rencontrer le maximum de citoyens, d’associations, d’ONG, de syndicats. En est ressorti un état des lieux lucide avec du positif et du négatif. Quand il y a des carences dans tel ou tel domaine, ce n’est pas forcément la faute de la région. Il y a les autres collectivités territoriales et le gouvernement. Quand un hôpital ferme, c’est le gouvernement qui l’a décidé, pas la région, même si on sent malgré tout dans l’équipe sortante, le vide écologique. Si vraiment nous devions faire un reproche à Martin Malvy, c’est de ne pas s’être donné les moyens d’anticiper les mutations en cours.

Lesquelles ?
L’ère de l’après pétrole par exemple. Les gens de Total disent que dans dix ans, leur cœur de métier ne sera plus le pétrole. C’est dire le retard des collectivités territoriales dans ce domaine ! En termes d’emploi également : on n’a toujours pas compris ce que veulent dire les mots “diversification” et “reconversion”. Si demain matin, ça s’enrhume un peu du côté d’Airbus, ce sont, je ne sais combien de milliers de sous-traitants, qui, dans au moins quatre de nos départements, vont mettre la clé sous la porte ! On est un peu en mode panique au niveau de la gestion des collectivités territoriales : On essaie de colmater les brèches au fur et à mesure qu’elles s’ouvrent sous nos pas. Or il faut envisager un autre monde. L’économie est trop mondialisée, il faut la relocaliser. Il faut retisser le lien social en mettant le paquet sur l’économie sociale et solidaire.

De la fourche à la fourchette

Dans son programme, Martin Malvy souhaite une région sans OGM. Qu’en pensez-vous ? Est-ce crédible ?
Ca l’est moyennement. D’abord parce que cela ne dépend pas des régions mais de l’Etat voire de l’Europe. Je suis bien placé pour le savoir car je présidais les débats quand la directive OGM a été votée. Je suis conscient que Martin Malvy comme la plupart des décideurs politiques ont compris que les OGM ne sont pas la tasse de thé des citoyens dans leur grande majorité. Car on a là un problème sanitaire : quand il y a un grand coup de vent, le pollen part dans toutes les directions ! Alors, les soi-disant distances de sécurité nous font bien rigoler ! Mais on a aussi un problème économique : des labels AOC et BIO vont sauter à cause des pollutions de type transgénique, et les gens qui auront tout misé sur une qualité de filière,  vont se retrouver ruinés du jour au lendemain. Et un problème démocratique, parce qu’il n’y a jamais eu de grand débat sur le choix de tel ou tel territoire de rentrer dans cette filière. Que le PS, parce que les Verts sont annoncés assez haut dans les sondages, décident du Zéro OGM, c’est très bien. Mais qu’est-ce que j’aimerais que le PS européen au moment du vote de la directive, dise la même chose ! Il arrive un moment où ce grand écart est un peu facile ! Je n’oublie pas que le grand promoteur des OGM en Europe, c’est le Président Barroso, et qu’il y a quelques semaines, 91 % des députés socialistes européens ont voté son investiture ! Je veux bien qu’après, dans les régions reculées de cette belle Europe, les leaders socialistes disent le contraire mais nous, au moins, nous avons cette cohérence-là : de la fourche à la fourchette, les OGM, c’est non !

 

La relocalisation de l’emploi

Quels sont les axes forts du programme d’Europe Ecologie ?
Nous l’articulons autour de trois grandes lignes, qui sous-tendent toutes nos propositions : Anticiper les problèmes, réorienter les politiques et gouverner autrement.
Notre projet, c’est avant tout l’emploi. Mais pas n’importe lequel. La création d’emplois verts. En Midi-Pyrénées, on a tout. On est assis sur un gisement incroyable : de l’hydraulique, du géothermique, de la biomasse, du solaire, de l’éolien. On n’a quasiment rien fait pour le développer. Midi Pyrénées est l’une des régions les plus en retard sur le photovoltaïque car nous n’avons pas de main d’œuvre suffisamment qualifiée. Chacun comprendra l’enjeu majeur que représente la formation professionnelle dans les années à venir…

Vous prônez également une agriculture vivante et respectueuse…
Oui. En 20 ans, Midi-Pyrénées a perdu la moitié de ses paysans. Cette région est un désert avec en son milieu, une métropole qui ne cesse de grandir. Toulouse est la première ville d’Europe en accroissement annuel de la population. Pour rééquilibrer tout cela, il faut re-densifier la ruralité. Pour nous, il n’y a pas d’agriculture sans agriculteurs et pas d’agriculteurs sans terre. La région doit mettre en place un système de préemption des terres pour justement travailler à la réinstallation de ces agriculteurs. Il faudra aussi une mutualisation des outils, penser à des circuits courts grâce auxquels le paysan pourra vendre beaucoup plus directement son produit sans être vampirisé par des intermédiaires qui se gavent au passage sur sa sueur.
Ce qui signifie qu’il y a aura des prix rémunérateurs qui seront accessibles à tous les consommateurs, pas simplement aux bobos. Grâce à une agriculture de proximité et de qualité, on réinstalle une ruralité vivante : quand le paysan est là, du coup l’école ne ferme plus, le petit commerce ne périclite pas, on peut maintenir l’artisanat et une trame de services publics dignes de ce nom. Et j’ajoute que la santé ne s’en trouvera que mieux : l’air de rien, dans cette région où l’on donne l’impression qu’il fait bon vivre, on a eu 13 700 cancers de plus l’an dernier. On voit bien que l’on vit dans un monde globalement empoisonné.

Une casse humaine effroyable

Quelle est votre vision du tissu industriel ?
Partout, j’ai pu voir de petites entreprises, fragilisées non pas parce qu’elles n’ont pas les compétences ou qu’elles sont endettées, non pas parce qu’elles n’ont pas les machines ou les clients, mais parce qu’elles appartiennent par achats successifs à un fonds de pension qui a décidé à Shangaï, ou à Chicago de fermer à Tarbes, à Mazamet… C’est une casse humaine effroyable et la région devrait arrêter de gémir et agir en mettant en place un fonds pour permettre à ces entreprises de se prendre en main à travers des SCOP (Société Coopérative de production) par exemple. Tout le mécanisme coopératif fonctionne très bien ailleurs en Europe. Il est sous dimensionné chez nous. La relocalisation de l’emploi passe d’a- bord par la relocalisation du lieu de décision de l’emploi.

Vous parlez dans votre programme «d’éco-conditionnalité». Pouvez-vous nous en dire plus ?
On va dire que plus aucun euro ne doit sortir des caisses régionales sans qu’il soit “éco-conditionné” : avant de subventionner un projet, on regarde sa valeur. Il ne s’agit pas de distribuer des enveloppes pour le plaisir et faire du clientélisme. Si un projet n’est pas bon, il faut aider ses concepteurs à passer à un autre. Car le budget de la région n’est pas extensible à l’infini. En ce sens-là, j’en veux beaucoup à l’UMP et au PS. Ils se sont succédés au pouvoir pendant des décennies mais aucun n’a lancé la grande révolution régionale que tous nos voisins ont faite. A la table de l’Eurorégion, Martin Malvy pèse un milliard d’euros alors que le Président de la Catalogne en pèse 37 ! Vous imaginez le nain midi-pyrénéen présent à cette table-là ! On peut peut-être bouger un peu le curseur ! Cet argent-là, il faut le dispatcher différemment, beaucoup moins par exemple sur les autoroutes. Alors, bien sûr, nous ferons des aménagements routiers, nous ne laisserons pas les camions passer au centre des agglomérations. Nous ne sommes pas des ayatollahs de l’écologie bornés. Mais pour autant, nous n’allons pas siphonner des dizaines de millions d’euros pour des autoroutes qui vont faire gagner dix minutes.

 

Pas besoin de Martin Malvy

Comment peut-on conjuguer un programme comme le vôtre avec la réforme des collectivités territoriales qui, selon ses détracteurs, va amputer la région d’une partie de ses recettes ?
C’est une catastrophe pour tous les progressistes, un re-cul de trente ans. Dieu sait que je me suis battu pour une réforme territoriale. Mais pas pour une réforme qui casse les régions, où chaque élu le sera sur “un super canton” et n’aura de cesse pour être ré-élu que de faire tomber la richesse sur son petit territoire au détriment des autres. Plus personne ne parlera pour la cohésion sociale régionale, pour la solidarité environnementale régionale. Comment lancer une filière dans les mois, les années qui viennent, si on doit tout arrêter en 2014 ? Vous imaginez le gâchis ! J’espère que cette réforme ne passera pas. Et si c’est le cas, qu’elle sera remise à plat en 2012. Vous voyez à quelle échéance électorale je fais référence…

Quelle est votre vision du second tour ?
Il n’y a aucun suspens. Madame Barèges ne sera pas élue Présidente de région. Et c’est tant mieux ! Elle est aux antipodes de nos valeurs, de nos pratiques et de nos projets. Elle fait croire qu’elle a encore une chance, c’est pathétique ! On sait très bien que la gauche va garder la région. Maintenant le véritable enjeu du scrutin, c’est «Faites votre dosage ami (e)s citoyens (nes) entre la part d’écologistes et de socialistes que vous voulez».
Nous disons donc à Martin Malvy : nous sommes prêts à gérer ensemble cette région, à condition de respecter ce dosage, en se mettant d’accord sur un minimum de substance. Par ailleurs, il serait bien que le Président sortant trouve quelques mots pour dire qu’il ne se comportera pas comme Pierre Cohen à la Mairie de Toulouse. Notre seule ligne de conduite, ce sont nos engagements devant les citoyens. Un contrat de confiance a été scellé avec eux. Il n’est pas question de le déchirer. Soit Martin Malvy termine sa carrière politique avec un accord qui réinvente la gauche, soit il se fossilise sur ce qu’il représente. Ce qui est sûr, c’est que ce coup-ci, nous n’aurons pas besoin de lui pour être au Conseil régional.

Anti bling-bling

On prévoit une abstention supérieure à 50 %. N’est-ce pas le fait d’alliances électoralistes que ne supportent plus les citoyens ?
En ce qui nous concerne, nous avons refusé toute tambouille politique ! Nous n’avons aucun cumulard dans notre équipe. Ce sont des gens qui, sur le terrain depuis des années, ont montré qu’ils étaient capables de gérer des associations, des syndicats, des collectivités, des entreprises, etc. Nous avons fait de l’anti bling-bling. Nous avons essayé d’être exemplaires dans notre façon de concevoir notre liste, qui a été décidée à l’unanimité par consensus. En connaissez-vous une autre ? Quant à l’abstention, moi qui suis un fervent amateur régionaliste, je suis extrêmement en colère car la région est un espace pertinent pour changer les politiques publiques. Or elles sont vécues en France comme un petit échelon administratif qui s’intercale comme il peut entre le département et le national. Pour nous, c’est une erreur stratégique totale ! De plus comment se fait-il que des présidents, ici ou ailleurs, après un, deux ou trois mandats, n’aient pas été foutus de faire comprendre et aimer le fait régional ? Les gens ne savent même pas à quoi sert la région, ce qu’elle fait, ce qu’elle pourrait faire, ce qu’elle fait ailleurs en Europe quand elle a les moyens et qu’elle n’est pas rabougrie à travers le jacobinisme français, etc. Cela aussi fait partie du bilan des sortants.

Comment en arriver dans ces conditions d’abstention à plus de démocratie participative, telle que vous l’appelez de vos vœux ?
Justement, les gens ne vont pas voter quand le sujet est abstrait, qu’ils ne le comprennent pas. Si pendant 4, 5 ou 6 ans, selon la durée de ce prochain mandat, on ne les consulte pas, on ne leur dit pas comment fonctionne la région, le taux d’abstention sera bien pire en 2014. Par contre, si sur des sujets importants, on organise des débats thématiques, les gens s’impliquent ! Si vous voulez remplir une salle, ne faites pas de politique, faites de l’associatif ! Parlez d’une autoroute, d’un centre de tri, de la construction ou non aux portes de Toulouse de cette aberration que sont Les Portes de Gascogne ! Le lieu de décision est là, le lieu budgétaire est là. La démocratie est un outil qui s’use quand on ne s’en sert pas. Et nous, nous allons nous en servir.

 

Structurer le “machin”…

Vous défendez la question de l’environnement et rejetez la droite. Est-ce à dire que l’environnement est seulement une affaire de gens de gauche ? Etre de droite et vouloir défendre l’environnement, c’est incompatible, selon vous ?
C’est incompatible avec le libéralisme et le productivisme. Madame Barèges est une caricature du libéralisme. Je rejette les partis de droite, qui sont anti-écologistes dans leur fonctionnement. Ils sont persuadés que le marché ne doit pas être régulé, que le plus gros bouffe le plus petit… Je les ai côtoyés et combattus au Parlement européen, directives après directives. Chaque fois que l’on mettait des garde-fous pour protéger un biotope ici, de l’énergie là, un transport non polluant là-bas, ils étaient systématiquement contre ! Le modèle libéral productiviste porté par les partis de droite est absolument con-substantiellement incompatible avec nous. Maintenant, qu’il y ait des gens qui se définissent conservateurs, ayant des valeurs plus traditionnelles et qui veulent vivre dans un monde sain, pourquoi pas ? Cette grande différence, je la fais aussi entre les partis et le peuple de gau-che. Quand je discute avec les militants, les accords sont possibles. Avec les appareils, c’est beaucoup plus difficile.

Pour aller plus loin, comment voyez-vous l’avenir d’Europe Ecologie ?
Nous avons soulevé un espoir que nous ne pouvons à aucun moment laisser retomber. Ce serait un sale coup à l’idée que nous nous faisons de la démocratie. Je pense qu’il nous faudra passer par un système de confédérations ou de fédérations entre les différents mouvements : régionalistes, Verts, peut-être les écologistes indépendants et Cap 21. Un système où chaque adhérent et chaque organisation aurait une voix. Ce qui permettrait aux petites organisations de ne pas être étouffées par les grosses et à ces dernières, de peser plus. J’ai l’impression que tout le monde a envie de structurer davantage ce “machin” un peu informel qu’est Europe Ecologie parce qu’à l’évidence, ça marche.

Propos recueillis
par Gérard Arnaudé
et Claire Manaud

Retrouvez tout le programme
d’Europe Ecologie sur
www.europeecologie-midipyrenees.org


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