Gérard Onesta ; «Gouverner c’est prévoir»

Le vice-président du Conseil Régional, membre du groupe Les Verts Europe Ecologie, fait le point sur les premiers mois passés au sein de l’institution locale et dresse ses priorités pour 2011.

 
Gérard Onesta, comment se sont déroulés ces premiers mois au Conseil Régional ? Pour l’instant, Martin Malvy a-t-il tenu ses promesses envers votre parti ou avez-vous du faire des concessions ?
Il n’y a pas eu de promesses au soir du premier tour. Les contours de l’accord restaient assez flous. Le seul élément vraiment acté restait la profession de foi du second tour. Nous avions convenu avec Martin Malvy que tout ce qui ne pourrait pas être mis dans les tuyaux la première année aurait du mal à voir le jour dans le courant de la mandature qui reste très courte (4 ans, ndlr). Nous avons donc tenté ces derniers mois de lancer les chantiers les plus importants. Au départ, nous avons commencé à redéfinir le cadre de travail de la majorité en revoyant le règlement intérieur, c’est-à-dire la possibilité de votes séparés au sein de la majorité. Même si on est d’accord sur l’essentiel, on doit pouvoir exprimer des nuances, voire des divergences. Si on était d’accord sur tout, on serait dans le même parti et cela se saurait depuis longtemps ! Je ne vous dis pas que ce fut simple à mettre en place mais Martin Malvy l’a bien compris et a laissé à sa majorité une certaine flexibilité, c’est ce qui fait sa force et sa cohérence. D’autre part, tout le monde met à sa sauce le développement durable mais notre groupe essaie d’être plus exigeant. Le développement durable c’est la capacité d’anticiper à partir des décisions prises aujourd’hui les changements fondamentaux qui interviendront dans les dix ou quinze ans. Notre société est en train de vivre une mutation des énergies fossiles vers autre chose : elle tend vers la nécessité d’un marché régulé. Cela veut dire qu’on a lancé des réflexions assez lourdes qui devraient aboutir dans les 12 mois sur les bâtiments économes en énergie voire à énergie positive, sur l’aménagement du territoire notamment en termes de transports… Par e-xemple, l’élu Europe-écologie à la commission agriculture a tout fait pour qu’on lance une structuration de la filière bio et pas simplement rajouter un menu bio par mois dans les lycées. On sait que le temps est compté ; dans deux ans nous serons déjà en campagne. Nous avons la volonté de changer les choses en profondeur. Nous sommes très présents, d’ailleurs les taux d’assiduité vont être désormais révélés deux fois par an et on verra qui bosse ou pas.

Sentez-vous que le reste de la majorité vous suit dans cette volonté ?
Le marqueur le plus fort sera le vote du prochain budget. Celui que nous vivons actuellement est le premier de l’histoire des régions à être en forte diminution, de 8%. Jusqu’à présent, il augmentait d’année en année car la Région avait la capacité de lever l’impôt. Malheureusement, suite à une réforme gouvernementale terrible, les autorités locales sont sous tutelle du bon vouloir de l’Etat. Cependant, les finances de la Région sont très bonnes, nous avons une capacité d’autofinancement que le reste de la France nous envie. Nous voudrions donc lancer un grand emprunt régional de l’ordre de 100 millions d’euros qui devrait permettre de donner corps au développement durable. Gouverner, c’est prévoir pour la génération qui vient. Saisissons l’opportunité de pouvoir emprunter en vu d’investissements, créateurs de richesses et de patrimoine.

Remettre à plat le dossier LGV

Vous tenez à votre indépendance. Comment se passent les discussions sur la future Ligne à Grande Vitesse ?
Ce qui est à la fois rassurant et paradoxal, c’est que nous sommes tous d’accord au sein de la majorité sur l’objectif final, à savoir un maillage de lignes TGV sur le territoire national et européen, et qui n’oublie pas Midi-Pyrénées. Il n’y a pas de posture de principe selon laquelle les écologistes seraient contre le progrès. Le TGV est une très bonne alternative à l’avion. Par contre, quand on regarde le dossier de très près, on se rend compte qu’il n’est pas sous contrôle financier. Nous n’avons aucun chiffre définitif de ce que pourrait coûter cette infrastructure pilotée par RFF. Le prix du kilomètre de LGV est exponentiel depuis un an. Il serait dramatique de signer tout et n’importe quoi pour un affichage politique et se retrouver dans quelques années dans l’incapacité de payer l’ardoise. Pire encore, pour tenir des engagements, on serait peut-être obligé de déshabiller le reste de la région en termes d’infrastructures ferroviaires. Le risque est réel quand on voit l’emballement des coûts. Nous ne voulons pas rester sur un dogme absolu : “Toulouse/ Paris en 3 heures”. Il faut arrêter de se positionner par rapport à Paris car Toulouse n’est pas une gare de banlieue. Il faut cesser avec le mythe de la vitesse, le fantasme du chiffre rond. Il faut se pencher sur les lignes déjà existantes. Nous demandons vraiment de remettre le dossier à plat, on n’est pas à quelques semaines près et on souhaite exprimer ces divergences. Je ne sais pas si Martin Malvy nous suivra. Il a fait du TGV un marqueur de cette mandature donc je comprends qu’il ait besoin d’un acte fort. Mais s’il veut réussir, il faut regarder le dossier avec des yeux beaucoup moins “techno”.

Votre groupe a refusé l’attribution d’une subvention à la chambre de commerce France Israël. Pourriez-vous revenir sur cette décision ?
Ce dossier va être tranché en commission permanente le 10 février prochain. Alors que nous reconnaissons parfaitement le droit d’Israël de vivre en paix dans des frontières reconnues, cela ne permet pas à son gouvernement de s’assoir sur le droit international. Nous n’acceptons pas les violences dans les territoires occupés. Les produits manufacturés ne peuvent y être vendus sous le signe “made in Israël”. Il est pour nous hors de question que la Région subventionne telle ou telle activité commerciale qui donnerait l’impression que «tout va bien Madame la Marquise» ! Ce n’est pas à la région Midi-Pyrénées de régler le conflit israélo-palestinien mais nous nous devons de nous opposer quand cela n’est pas conforme à l’éthique et au droit.

 

Une approche décrispée de l’opposition

Que pensez-vous de l’affaire de surfacturation de marchés publics révélée dans la presse locale et qui ébranle le Conseil Régional ? Etes-vous surpris ?
Oui et non. Je suis encore un petit jeunot à la Région et j’y ai découvert une administration de très bonne qualité. Quelque part, je suis surpris, mais la nature humaine est ainsi faite : que vous soyez au Conseil Régional ou dans un club bouliste, il y aura toujours des gens qui frauderont, quelque soit la carte politique que l’on choisit. Je n’en fais pas une affaire d’Etat car c’est à la justice de faire son travail. Notre groupe préfère profiter de ce désastre pour remettre les choses à plat. Il faut avoir une approche constructive.

Quels seront les gros dossiers que vous allez défendre cette année ?
Impulser une agriculture plus respectueuse, un meilleur aménagement du territoire, une priorité aux transports en commun, un développement international plus ambitieux… Mais le signal très clair en termes de moyens se résume en un seul mot : budget. Si on arrive à un grand emprunt régional, le développement durable sortira du discours pour passer en pratique. Et je ne sens pas de blocage idéologique dans la majorité, alors que l’opposition a de son côté du travail pour se gérer elle-même. A ce sujet, je peux dire que nous avons des rapports très détendus, très apaisés envers l’opposition, ce qui nous différencie des socialistes. On peut être frontalement en désaccord sur le fond mais vivre ensemble dans le respect, en se donnant le droit de parole. Nous avons une approche décrispée de l’opposition.

Succession de Malvy : le jeu est ouvert

Des rumeurs annoncent le départ de Martin Malvy aux Sénatoriales. On vous présente comme son successeur à la tête de la Région. Y pensez-vous «le matin en vous rasant» ?
Je ne suis pas rasé depuis trois jours donc cela prouve que je n’y pense pas tout le temps ! (rires). Plus sérieusement, la bataille des Sénatoriales se joue notamment au moment des Cantonales, dans deux mois. Le rapport de force au sein du collège des grands électeurs qui vont désigner les sénateurs, peut pour la première fois de la Vème République s’inverser et passer à gauche. Je ne sens pas dans Martin Malvy un assoiffé de pouvoir. Il a toujours eu ce statut d’homme respecté car il ne saute pas sur n’importe quelle élection. A bientôt 75 ans, il n’a rien à prouver. Par contre, il pourrait se poser une question légitime : si tout se joue à une ou deux voix près, aurait-il le profil de premier président de gauche de la grande assemblée ? Il pourrait être le deuxième personnage de l’Etat à quelques mois des élections de 2012. S’il sent qu’il peut être utile à son camp, il pourrait réfléchir à deux fois avant de dire non. Mais c’est une décision qui lui appartient. S’il est partant et si l’on considère le rapport de force au sein du simple Conseil Régional, les écologistes pèsent beaucoup mais pas assez par rapport aux socialistes. Mais Martin Malvy s’est bien gardé d’adouber un dauphin, il a laissé le jeu ouvert. Il n’a pas une démarche dynastique. Les accords au plus haut niveau seront en train de se faire pour répartir les responsabilités au sein des différentes familles composant la future majorité alternative que j’appelle de mes vœux. Et dans ce cadre-là, on pourra peut-être envisager une présidence écologiste pour la fin de mandat, si tant est que Martin Malvy ne cumule pas. Mais au jour d’aujourd’hui, ce n’est que de la politique-fiction.

 
Propos recueillis
par Sophie Orus


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