Georges Catala /Affaire Jacques Viguier

Georges Catala /Affaire Jacques Viguier

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a sollicité sur cette affaire ?

En 2000, Jacques Viguier m’a demandé de l’assister pendant sa garde à vue. J’ai découvert un homme qui clamait son innocence. C’était un cas très difficile, judiciairement d’abord, et humainement ensuite, car Jacques était complètement désespéré. En découvrant le dossier, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas les éléments suffisants pour l’inculper. Mais je savais que je m’engageais dans une bataille très difficile, car tout le monde était contre nous.

 

Comment prépare-t-on la défense d’un homme que tout le monde accable ?

Chaque affaire pénale demande un très grand investissement, que l’on ne peut pas chiffrer en temps. Mais ce dossier était particulièrement tendu, car la machine judiciaire proclamait la présomption de culpabilité. Il a fallu faire accepter l’idée qu’un mis en examen avait le droit de se défendre. Les juges nous accablaient, mais refusaient toutes les investigations supplémentaires que l’on demandait. On a ramé à contre courant pour rappeler ce principe élémentaire : apporter la preuve de la culpabilité. Quand on s’occupe d’une affaire comme celle là, on laisse tout le reste de côté.

 

Gardez-vous en mémoire encore un temps fort du procès ?

Pendant tout le procès, l’opinion, les juges et la presse pensaient que Jacques Viguier était coupable. Lorsque la défense est intervenue, et qu’on a réussi à inverser la tendance, je dois avouer que pour un avocat, c’est l’extrême récompense. Après dix ans d’obscurantisme judiciaire, on a réussi à obtenir gain de cause.

 

Comment se détache-t-on d’une telle affaire ?

Quand on est avocat, on doit savoir tourner la page une fois que l’affaire est finie. Mais pendant la procédure, je me suis vraiment senti beaucoup plus seul que d’habitude. Et puis Jacques Viguier a eu des moments très difficiles. C’était un client simple et compliqué à la fois. Défendre un innocent est moins facile qu’il n’y paraît ! Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi la justice s’acharnait sur lui. Dans ce cas, on place tous ses espoirs dans son avocat. Il a fallu tout faire pour tenir un homme à la surface, et pour qu’il recharge les batteries entre chaque coup dur, surtout après les neuf mois de détention.

 

Coralie Bombail

 

Jacques Viguier : Un procès sans corps

Depuis le dimanche 27 février 2000, Suzanne Blanch, épouse Viguier a disparu de la nature. Le corps de cette mère de trois enfants, âgée de 38 ans, n’a jamais été retrouvé. Les soupçons se portent dès le début sur son mari, professeur de droit à l’université de Toulouse. Le mythe du «crime parfait» est colporté par tous les médias. Des éléments suspects viennent appuyer cette théorie. A l’heure du «crime», Jacques Viguier affirme qu’il était en train de faire un jogging. Ce que personne ne peut confirmer. Ni un voisin, ni la baby-sitter, ni même ses enfants. Le matelas où dormait la victime a été retrouvé taché de sang dans une poubelle… Des faits insuffisants pour accuser formellement le professeur de droit, mais assez pour semer le trouble. Acquitté par la Cour d’assises de Haute-Garonne, le 30 avril 2009, Jacques Viguier devra endurer un nouveau procès en appel, et neuf mois de détention provisoire. La Cour d’assises du Tarn, a confirmé l’arrêt de première instance, le 20 mars 2010.



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