Fusillades aux Izards : « Le suspect faisait partie de la bande de Merah »

Trois fusillades en quatre jours. Un mort. Le quartier des Izards a été le théâtre d’une alarmante montée de violence, la semaine dernière. Ce quartier au nord de Toulouse a été classé ZSP (Zone de sécurité prioritaire) l’an dernier. Mais l’économie souterraine liée au trafic de drogue n’est pas en voie de disparition. Les réseaux sont organisés et armés. L’enquête en cours confirmera ou non la théorie du règlement de compte.

« J’ai une boule au ventre. On ne s’attend jamais à une fusillade devant chez soi, surtout quand un jeune qu’on connaît depuis qu’il a deux ans, y reste, pour rien », témoigne le buraliste de la rue Chamois, lieu du drame. L’émotion est vive dans le quartier. Une marche blanche a été organisée dimanche en hommage à Nabil Bennani, jeune homme de 19 ans,  touché par balle lors de la dernière fusillade (dans la nuit du dimanche 8 décembre) et mort à la suite de ses blessures quelques jours plus tard. L’enquête menée par la police judiciaire et la sûreté départementale devra déterminer les circonstances de ce meurtre, et plus généralement des trois fusillades. « Pour l’instant, nous ne pouvons pas affirmer que les trois faits sont liés », explique Didier Martinez, secrétaire régional du syndicat SGP. Un homme de 29 ans a été interpellé le 13 décembre dernier par la compagnie de sécurisation, pour « meurtre en bande organisée, tentative de meurtre en bande organisée et détention d’une arme de catégorie A. » Lors de son arrestation, il était armé d’un 11.43.  Ce suspect « est connu des services de police depuis plus de dix ans, il faisait partie de la bande de Merah. Il a notamment été impliqué dans un cambriolage violent avec lui », révèle une source policière. Après quatre jours de garde-à-vue, il a été écroué mardi soir. Seul le motif de « tentative de meurtre » est finalement retenu contre lui. Il est suspecté d’avoir participé à la fusillade du mercredi 5 décembre route de Launaguet. Mais l’homme aurait un alibi pour la nuit où Nabil a été mortellement touché.

 Les Izards, quartier historiquement sensible

« Le problème de la délinquance dans ce quartier existe depuis le 19e siècle », explique Didier Gailhard, secrétaire régional du syndicat FPIP. Plus récemment, deux criminels l’ont rendu « tristement célèbre », « Mohammed Merah et Patrice Alègre», rappelle le policier. Ce quartier, où le taux de chômage avoisine les 32% (Insee 2009), est un nid de la délinquance toulousaine, et en particulier du trafic de drogue. Cette activité génère une hausse des cambriolages et de la présence d’armes de calibres divers. Il faut dire que le terrain est propice aux trafics en tous genres : « Une cité en forme de U, des coursives, des caves. Il y a des échappatoires partout. C’est facile de se cacher pour faire des échanges », poursuit David Portes, secrétaire zone sud-ouest du même syndicat (qui a exercé, avec son collègue Didier Gailhard sept ans, aux Izards, ndlr). L’organisation des délinquants est réglée au millimètre : « Chacun a un rôle bien précis, les guetteurs, les nourrices (personnes rémunérées pour cacher la drogue chez elle), ceux qui récupèrent l’argent. Il y a même des temps de pause et des chargés de restauration ! », explique Didier Gailhard. Une industrie mafieuse au « chiffre d’affaires énorme, il suffit qu’un caïd manque à l’appel pour aiguiser les appétits », précise-t-il. La drogue arrive en grande majorité du Maroc, « le plus gros producteur de cannabis et pays de passage entre l’Afrique noire et l’Europe. » Les armes de guerre dont la kalachnikov « viennent surtout des pays de l’est, on en voit de plus en plus depuis deux ou trois ans. C’est facile de s’en procurer, le prix n’est pas exorbitant », révèle Didier Martinez. Face à cette situation, les syndicats de police alertent sur le manque de moyens.

La ZSP : des paroles en l’air ?

La classification ZSP implique une méthode de travail particulière, « une approche globale avec une phase importante sur le renseignement et une coopération entre tous les services de police et la gendarmerie », explique le policier David Portes. Sur le papier, la plupart des syndicats approuve le principe. Le problème est que « depuis un an, il n’y a aucune dotation d’effectifs et de moyens », regrette Didier Martinez. La BST Nord (Brigade spécialisée de terrain) compte « 14 titulaires dédiés au quartier des Izards », selon le syndicat FPIP et la brigade des stups « 9 personnes pour tout Toulouse. » En outre, tous les policiers ne sont pas formés au pistolet-mitrailleur « et ne peuvent pas se défendre avec une arme de poing face à des tirs en rafale. » Les dernières montées de violence changeront-elles la donne ? Les policiers attendent une prise de conscience du pouvoir politique, même si, comme le souligne Didier Gailhard, il est regrettable d’obtenir des avancées « toujours après les actualités dramatiques. »

Dernière minute :
A l’heure où nous bouclons cette édition, une personne a été placée en garde à vue, mercredi dernier. L’homme âgé de 27 ans est un habitant du quartier.

 

Coralie Bombail

Retrouvez l’opinion d’Olivier Arsac (DLR) sur ce dossier



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