Françoise Souliman; « La Journée des gens qui avancent »

Le tout nouveau Secrétaire Général de la Préfecture de la Haute-Garonne est une femme.Tout juste arrivée de Draguignan où elle était sous-préfète depuis 2007, Françoise Souliman a pris ses fonctions à Toulouse il y a trois semaines à peine. Originaire de Poitiers, cet ex-chargée de mission au Sénat et au ministère de l’Intérieur, Chevalier de l’Ordre National du Mérite, voue une grande admiration à Simone Veil. Rencontre.

 
Françoise Souliman, qu’est-ce qui vous a amenée à embrasser cette carrière au service de l’Etat ?
Je pense que c’est d’abord une vie antérieure puisque j’ai été Chargée de mission dans un groupe politique (en 1988, auprès du Président du groupe du RPR du Sénat, ndlr), au ministère de l’Intérieur (en 1993, ndlr) et puis je suis tombée amoureuse de ce métier. J’ai aimé toutes les potentialités que l’on peut avoir de faire avancer des dossiers, de rencontrer des gens, de lutter contre les problèmes quotidiens de nos concitoyens. J’ai également aimé cette idée de simplifier les relations entre l’administration et les usagers.

C’est vraiment ce qui vous passionne ?
Oui ainsi que le Régalien. L’Etat a encore en lui du Régalien pur jus pur fruit, j’ai envie de dire, c’est-à-dire de la défense, de la sécurité, intérieure, civile, sanitaire. Je pense que c’est un domaine dans lequel l’on a encore de vraies marges de pouvoir. Quand il y a une crise par exemple, l’on se rend compte que finalement il n’y a que le corps préfectoral qui peut réunir des gens très divers autour d’une table.

Vous venez d’être nommée Secrétaire Général de la Préfecture de la Haute-Garonne. Quel est votre rôle ?
Il consiste à faire avancer, fonctionner, cette immense boutique qu’est la Préfecture de la Haute-Garonne. A cela vous ajoutez des pouvoirs en matière d’environnement, de contrôle de légalité, de contrôle budgétaire… Mon rôle est d’être quelque part aussi le garde-fou des collectivités locales, des établissements publics. C’est un peu le côté censeur, et par conséquent pas le plus sympathique de ma profession, mais qui n’exclut quand même pas la possibilité de faire avancer les dossiers. C’est extrêmement plaisant.

Vous êtes Chevalier de l’Ordre National du Mérite. Pour quel motif avez-vous reçu cette distinction ?
Je l’ai obtenue au bout de dix-huit ans de service public. Mais vous savez, au bout d’un certain nombre d’années d’activité professionnelle, on l’obtient automatiquement. C’est l’avantage. En fait, je ne devrais pas vous le dire, mais ce n’est pas la distinction dont je suis la plus fière. J’ai en effet été décorée dans les Ordres de Saint Charles, l’équivalent monégasque de la Légion d’Honneur.

A quelle occasion ?
J’ai malheureusement eu à organiser les obsèques du Prince Rainier. Le Prince Albert a souhaité me remettre cette distinction lors de son avènement. Nous ne devons être que deux  ou trois membres du corps préfectoral à l’avoir.

Vous êtes de par votre fonction, l’un des plus proches collaborateurs du Préfet. Mais devenir Préfète vous même, vous y pensez ?
Je vais vous dire que ce n’est pas tous les matins en me rasant ! (Rires) Mais on ne peut pas exercer un métier pareil sans y penser de temps en temps, forcément !

Une date est-elle arrêtée ?

Vous savez, le hasard, les incertitudes… Rien n’est planifié, ça viendra quand ça viendra. Je fais le plus beau métier du monde, j’ai le temps d’attendre.

On a l’impression que vous évoluez dans un milieu plutôt masculin. Est-ce la réalité ?

Vous ne vous trompez pas totalement. Dans les postes de sous-préfet, il y a des graduations et en première catégorie, la plus importante, il y a effectivement peu de femmes, une quinzaine. En revanche, je trouve que le corps est en train de se féminiser, de s’ouvrir.

Vous êtes attachée à la parité ?

Non, je ne saute pas tous les matins en me disant «il faut des femmes, il faut des femmes». Il faut surtout des gens diversifiés, des provenances du privé, des gens qui ne viennent pas forcément au bout de vingt ans de carrière sur des postes comme le mien. De même que l’on peut tous être certains qu’on n’entre plus aujourd’hui dans le corps préfectoral à 25 ans pour en ressortir à 67 ans. Ce temps-là est fini, il faut sortir, revenir, aller en collectivité locale, dans le privé, dans le parapublic… Bouger permet d’apporter des idées nouvelles, bonnes, et de voir aussi les bons côtés de sa propre administration.

On a fêté ce dimanche 8 mars la Journée de la Femme. Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?
A vrai dire, cela me bloque un peu. Chaque jour devrait être la journée de la Femme ! Mais je vous dirais aussi que ce qu’il faut surtout c’est la journée des gens qui avancent, qu’ils soient hommes ou femmes.

Si vous deviez prendre une mesure en faveur des femmes, quelle serait-elle ?

Je n’en prendrais pas plus pour une femme que pour un homme. J’ai beaucoup de mal à raisonner comme cela peut-être aussi parce que je suis dans un milieu où l’on ne se pose pas les questions en tant que femme. En même temps, il est vrai que hommes et femmes ne raisonnent pas de la même manière : je trouve les femmes beaucoup plus pragmatiques et surtout moins attachées à l’apparence du pouvoir. Je me rends compte que sur certains dossiers, on n’avance pas du tout à la manière des hommes. Quelque part aussi nous sommes plus tolérantes aux petites choses. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons moins attachées à la réalité de l’Etat, à son importance, à sa primauté.

Y a-t-il une femme que vous admirez ? Pour quelle raison ?
Oui, Simone Veil. Malgré d’immenses malheurs, malgré un début de vie extrêmement difficile, cette femme qui a su garder des qualités de cœur, est le symbole d’une réussite professionnelle et privée parfaite, qui dure. Et je pense que toutes les femmes d’aujourd’hui ne peuvent avoir pour elle que de l’admiration.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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