François Rastoul, Affaire AZF

François Rastoul, Affaire AZF

Quelle a été votre réaction quand des salariés de Grande Paroisse vous ont sollicité ?

J’ai ressenti la demande de ces quelques 70 salariés de la société Grande Paroisse comme un véritable appel au secours. Quelques semaines seulement après l’explosion, alors que des milliers de victimes commençaient déjà à percevoir les premières indemnisations, les ouvriers de Grande Paroisse qui se trouvaient ce 21 septembre 2001 sur le site, pouvaient se sentir lâchés par leur hiérarchie face à la rancœur des Toulousains et exclus du processus de réparation. Cela m’a aussitôt donné l’envie de me porter à leur côté et je suis fier d’avoir perpétué dans cette actualité tragique, la tradition de défense des victimes de mon Cabinet.

 

Comment aborde-t-on une telle affaire ?

En fait, cette affaire étant exceptionnelle, surdimensionnée, la difficulté a consisté à prendre en considération à la fois le sentiment des salariés de devoir rester loyal à leur employeur et leur besoin de reconnaissance en tant que victime. J’ai dû ainsi passer de longues heures à les écouter, puis à leur proposer plusieurs lignes de défense pour enfin choisir ensemble celle qui permettait d’être efficace sans trahir.

 

Pouvez-vous nous indiquer un temps fort de l’affaire…

Sans conteste, le jour où Thierry Desmarest, P.D.G. de TOTAL, déclare devant le personnel réuni : «Je ne vous oublie pas, mais attendez que le procès pénal soit passé». Ce moment clé a certainement fait comprendre aux salariés qu’on leur proposait un marché de dupes. Et effectivement, leur intuition était bonne, puisqu’ils auraient dû attendre le 24 septembre 2012 la condamnation par la Cour d’Appel du Directeur de l’usine et de la société Grande Paroisse, pour pouvoir commencer à faire reconnaître la faute inexcusable de leur employeur. Alors je leur suis reconnaissant de m’avoir accordé une confiance sans faille malgré les sollicitations et les pressions de toutes sortes. Nous avons vécu ensemble une véritable aventure humaine faite de chair et de sang, d’incertitude, de colère et de joie.

 

Comment se détache-t-on d’un dossier aussi lourd ?

Je vous répondrai que c’est tout le dilemme de l’Avocat : trouver la bonne distance d’une part avec les hommes et les femmes qu’il défend, d’autre part avec les faits, afin de ni se compromettre, ni trahir et toujours rester lucide de son affaire. Et vous aurez compris que même plus de dix ans après, cette affaire hors du commun me laisse des souvenirs très forts.

 

Propos recueillis par Claire Manaud

 

AZF : 11 ans de procédure

A 10h17, le 21 septembre 2001, l’usine chimique AZF explose à Toulouse. Plus précisément, ce sont les 250 tonnes de nitrates d’ammonium stockés dans le hangar 221 qui sont à l’origine de la catastrophe. Le bilan des victimes est lourd : 31 morts et plus de 2500 blessés. Le procès devant le tribunal correctionnel débute le 22 février 2009. Mais faute de preuves, les juges relaxent le directeur de l’usine Serge Biechlin et Grande Paroisse, filiale de Total. Le Procureur de la République, et les avocats des parties civiles font appel de cette décision. Pendant quatre mois, la Cour d’appel va revoir le dossier. Le 24 septembre dernier, le verdict tombe : Serge Biechlin et la société Grande Paroisse sont condamnés.



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