François Fillon ; à la manœuvre

Retraite à 62 ans en 2017, TVA à 7 %, niches fiscales rabotées… Lundi, le Premier ministre François Fillon a annoncé le nouveau plan de rigueur que le pays devra supporter pour arriver à zéro déficit en 2016. Les réactions sont contrastées. C’est le deuxième plan d’austérité en l’espace de trois mois. «Notre pays doit se retrousser les manches» a annoncé lundi le Premier ministre, invoquant une «phase de basculement de l’histoire économique du monde depuis 2007».

 
Des efforts “nécessaires”

Très concrètement, François Fillon a présenté un «effort supplémentaire de 65 milliards d’euros d’ici à 2016″, dont “7 milliards en 2012 et 11,6 milliards en 2013″. Au total, il s’agit d’économiser “100 milliards d’euros pour arriver à 0 déficit en 2016.»
Première de ces mesures qui devront donc s’étaler sur plusieurs années, triple A oblige : le relèvement du taux ré- duit de TVA qui passe de 5.5 % à 7 % «sur tous les produits et les services, comme les travaux d’entretien-rénovation, à l’exception des produits de première nécessité, notamment l’alimentation» (et hormis les équipements et les services à destination des personnes handicapées) Pour les organisations professionnelles de l’hôtellerie-restauration (FAGIHT, CPIH, GNC, SNARR, SNRPO, SNRTC, SYNHORCAT, UMIH), l’Etat est «revenu sur son engagement d’avril 2011 de ne pas toucher» au taux de TVA réduit. Dans un communiqué, elles précisent que, par conséquent «le contrat d’avenir est devenu caduc» Dans les prochains jours, ces dernières vont demander à être reçues par le Premier ministre pour «s’assurer que le nouveau dispositif sera uniforme, équitable et applicable à l’ensemble du secteur de l’alimentation et de l’hébergement.»

Rabot sur les niches fiscales

De même, l’âge légal de départ en retraite à 62 ans est avancé à 2017. «Cela reviendra à quelques mois d’activité supplémentaire pour les générations nées entre 1952 et 1956 et permettra de diminuer de plus de 4,4 milliards d’euros les déficits cumulés des régimes de retraite entre 2012 et 2016» a précisé François Fillon. De son côté, la CFTC par la voix de son Président confédéral, Jacques Voisin, déplore que «les retraites servent à payer le déficit ! Avant d’initier de telles mesures, il serait nécessaire d’offrir un emploi à tous nos jeunes ! Il faudrait assouplir le dispositif en prenant réellement en compte le problème de la pénibilité et des personnes ayant travaillé tôt et ayant tous leurs trimestres.» Le barème de l’impôt sur le revenu et celui de l’impôt de solidarité sur la fortune seront quant à eux, gelés pour les deux ans à venir. Idem pour les salaires des ministres et du président de la République. Objectif : en arriver à 500 millions d’euros d’économies supplémentaires en 2012. En prévision également, le rabot de niches fiscales “les plus coûteuses” à hauteur de 2.6 milliards d’euros. Est d’abord concerné le dispositif Scellier. Mis en place en 2009, celui-ci sera supprimé fin 2012. Selon la Fédération des promoteurs Immobiliers qui indique que, «les bailleurs privés mettent sur le marché 75 000 nouveaux logements chaque an-née», cette disparition «met à brève échéance en danger la construction de logements qui contribue de façon importante à la croissance économique (12 % du PIB marchand), et va aggraver les difficultés que rencontrent les Français pour se loger et faire augmenter les loyers.» Elle estime que 100 000 emplois directs seraient ainsi menacés et évoque le risque d’amputation de deux milliards de recettes pour l’Etat et de 600 millions d’euros pour les collectivités. Le prêt à taux zéro (PTZ) sera lui «recentré sur le logement neuf pour limiter son coût» a avancé le Premier ministre. La FNAIM (Fédération de l’Immobilier) considère aujourd’hui que cette décision «éloigne définitivement de l’objectif d’une France de propriétaires voulue par le Président de la République et que le gouvernement ris-que de bloquer les transactions dans l’ancien, qui représentent plus de la moitié du marché.»

A six mois des élections

Autre annonce pour viser l’équilibre des finances publiques : le gel de la revalorisation de la plupart des prestations sociales à 1 % pour 2012 : «Il s’agit de limiter la hausse des dépenses sociales dans un contexte de baisse des recettes des cotisations sociales» a justifié François Fillon. Le redressement des comptes de la sécurité sociale est également au programme. «Nous avons décidé de ramener l’Ondam, c’est-à-dire la progression des dépense de l’assurance maladie à 2,5 % à partir 2012 au lieu des 2,8 % qui avaient été initialement fixés, a déclaré le Premier ministre. En matière de maîtrise des dépenses de santé, c’est un effort supplémentaire de 700 millions d’euros qui sera accompli.» Concernant la hausse des impôts sur les sociétés de 5 % pour les groupes ayant un chiffre d’affaires supérieur à 250 millions d’euros, le MEDEF qui par ailleurs, salue ce plan dans son ensemble, déclare qu’elle «ne peut être qu’un prélèvement exceptionnel dû à notre situation budgétaire. Cette majoration doit d’ores et déjà être considérée comme provisoire, même si le Medef est soulagé du fait que cette mesure ne s’applique pas aux TPE et PME.» En revanche, l’idée un temps évoquée d’une deuxième journée de solidarité, a elle, visiblement été abandonnée. Face à ces levées de boucliers, (la CGT envisage d’ores et déjà des “ripostes adéquates nécessaires”) certains prédisent déjà un troisième plan de rigueur, à six mois de la présidentielle et des législatives. «L’effort budgétaire et financier d’aujourd’hui est un choix que nous faisons pour la nation et pour les générations à venir. Nous voulons protéger les Français» s’est défendu François Fillon. Res-te à savoir si les principaux intéressés suivront.



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