France Génération Plurielle; La fraternité : L’enjeu pour aujourd’hui

C’est l’un des mots dont on apprend le sens de façon volontaire et non pas à force de l’avoir entendu. De la liberté ou de l’égalité, l’explication intellectuelle est plus facile et, lorsque les trois mots apparaissent aux frontons des écoles ou des mairies, fraternité demeure le seul que l’enfant ne connaît pas vraiment.

 
Les deux premiers sont revendiqués par la plupart, le dernier reste souvent l’apanage des religieux ou de ceux que l’on regarde avec commisération, ceux qui s’occupent des déshérités de tout genre.
Pour les deux “universels” encore, nous possédons des lois qui les instituent, les protègent ou bien encore les privilégient… «Tout homme naît libre et égal en droit…» On commence là et on ne s’arrête pas sur l’autre, celui qui oblige à un effort collectif, à un regard qui prend en compte la réalité du monde dans sa globalité.
Or, aujourd’hui, si l’on considère des pans entiers des actualités, si on lutte ici et là pour la liberté de nous déplacer où bon nous semble, d’accéder à tous les moyens de communication, de s’éduquer etc… si encore on recherche plus d’égalité en droit entre les hommes et les femmes, entre les riches et les moins riches, on voit vite que pour la fraternité les enjeux se posent différemment.
D’une part, les moyens de s’informer permettent de prendre en compte les problèmes de groupes d’hommes de façon macroscopique qu’autre fois l’atomisation, la dissémination ou encore la faiblesse ne permettaient pas d’appréhender.
Ensuite, la détresse réelle des individus peut apparaître malgré leur accession aux besoins minima pour vivre décemment.
Plus encore, dans notre société les besoins minimalistes évoluent en fonction de ce que tout le monde peut voir, des standard véhiculés largement qui ne permettent plus aux individus de se constituer une échelle de valeurs et de références propre à leur environnement et leur culture. Je m’explique… certains besoins ne le sont devenus que parce que la télévision montre que tout le monde doit les assouvir.
Ne pas avoir de télévision par exemple relève aujourd’hui plus de l’idéologie que d’un niveau économique. C’est presque comme faire le choix d’être un Amishe !!!

Compléter La Déclaration des Droits de l’Homme…

Alors face à ces considérations, des catégories de population se retrouvent hors normes par faiblesse économique.
Bien sûr j’ai choisi le petit bout de la lorgnette pour commencer ma démonstration étant donné que nous serons sans doute d’accord pour considérer les sans domicile, les chômeurs, les handicapés etc. en plein dans le cœur de cible de la fraternité. Ce qui est remarquable c’est que la fraternité dans nos sociétés complexes implique une direction des plus favorisés vers ceux qui le sont moins.
On peut toujours envisager des sentiments fraternels lorsque quelque chose dérape dans la vie d’une personne jeune, riche et bien portante mais je crois sincèrement que ce n’est pas là l’essentiel.
La fraternité doit s’exercer par l’instauration dans une déclaration des droits de l’homme complémentaire par un droit au logement, un droit au travail et un droit aux soins. Il faudra peut-être même envisager pour enrichir ce dernier point de mettre en place un droit à une alimentation équilibrée.
Si je mets en exergue ces différents droits à acquérir pour certains, c’est que notre société faillit dans son tissu même pour assurer ces droits qui en vérité sont autant de besoins élémentaires.
Pour moi, la dignité d’un homme est aussi précieuse que son maintien en vie. Pour d’autres, comme on le voit, l’élément économique est comme toujours plus déterminant.

Savoir prendre en compte l’autre…

Depuis quelques temps, je me suis prise à rêver que je ne travaille pas certains jours pour gagner de l’argent mais que ces mêmes jours je travaille pour le bien commun et que le rapport économique à mon action n’existe pas ces jours-là.
En même temps je récuse un peu les activités caritatives telles qu’elles se pratiquent de nos jours.
Les conditions de vie sont presque aussi importantes que la vie elle-même. En fait, la période devant nous, s’inscrit dans la prise en compte de la qualité de vie des autres qui sera déterminante pour l’avenir de toute la société. Je travaille au quotidien dans une entreprise qui a pour vocation de faire payer à tous un petit peu afin que le jour dit, celui qui a un besoin urgent puisse bénéficier de la mise en commun des ressources pour l’aider à se sortir de sa situation difficile.

 

L’assistance, c’est le concept de la fraternité payante

Plus le temps passe, plus je pense encore que le bénévolat devrait être remplacé par des prestations payantes (les modalités de cette rétribution étant à préciser). Cela aurait la vertu de rendre service à beaucoup tout en replaçant certains dans un contexte économique plus normal, c’est-à-dire en leur procurant du travail. Une société plus aboutie rassemblerait des hommes et des femmes avec des moyens de vivre décents mais pas d’assistés. Il me semble urgent de non seulement statuer sur l’égalité des chances et des droits du citoyens, sur la liberté de mouvement et de parole mais aussi sur des règles sociales :
- qui interdissent certains comportements comme de mettre en place des systèmes économiquement équilibrés sur certains services publiques (écoles, hôpitaux par exemple) plutôt que d’accepter des déficits structurels sur des prestations nécessaires
- qui rendent intolérables certaines pratiques comme la délocalisation d’outils économiques pour servir mieux encore les actionnaires sans prendre réellement en compte l’appauvrissement de la population locale
- qui permettent des situations ubuesques en faisant se côtoyer des logements vides dans une ville vidée et des populations excentrées mal logées voire pas logées du tout.

Plus de longs discours mais des actes

En fait, d’un thème philosophique je suis amenée de facto vers l’administration des hommes et donc vers la politique.
Au siècle des Lumières ceci entraînait cela. Il me semble que nous sommes tous beaucoup plus proches de pouvoir nous exprimer que beaucoup de gens et qu’en cela notre responsabilité est engagée sur l’état des choses.
Il me semble encore qu’à partir du moment où l’on est au fait d’une chose, là commence la responsabilité de chacun. Ne rien entreprendre signifie cautionner un état.
Mettre au cœur de nos travaux l’édification de plus de fraternité entre les hommes, c’est nous donner un champ de manoeuvre théorique certes mais aussi pratique et l’occasion de dispenser de notre amour du genre humain, ce qui est beaucoup plus impalpable.

Jeanne Zilbelberg
France Génération Plurielle
(Extrait Conférence à la Sorbonne)


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