Fillon II

Plus que la situation de Haïti face à la tragédie du choléra poussant l’ONU à lancer un appel à l’aide, plus que la sortie en librairie de la biographie de George W. Bush, plus que la dette de l’Irlande qui fait chuter l’euro face au dollar, plus que la libération enfin accordée à l’opposante Aung San Suu Kyi qui appelle déjà ses partisans à une grande réunion publique, plus que l’inscription probable de la gastronomie française au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco ou que la défaite de Monfils à l’Open de Bercy, plus même que le G20 de Séoul qui a, à nouveau montré, derrière les espoirs partagés, les limites d’une épure et d’une forme d’institution que la France préside (mais avec quels moyens concrets de faire avancer des projets partagés) c’est le remaniement ministériel et la mise en place de “Fillon II” qui suscite, depuis plusieurs mois et plus spécifiquement depuis dimanche 14 novembre, commentaires et chroniques des médias : «Tout ça pour ça» pour l’opposition dénonçant une mascarade qui, à sa manière contribue au désenchantement des Français pour la politique ; un gouvernement de combat avec 31 ministres et le retour de certains poids lourds comme Alain Juppé comme Ministre d’État, Ministre de la Défense, le maintien d’autres comme Alliot-Marie, elle aussi Ministre d’État rejoignant le 37 Quai d’Orsay alors que son compagnon Patrick Ollier est chargé, pour son premier maroquin des relations avec le Parlement ; une opération présidentielle qui permet au Chef de l’État de reprendre la main en confirmant François Fillon (comme d’autres l’ont été avant lui : Michel Debré, Georges Pompidou, Raymond Barre, Pierre Mauroy) à un poste de Premier Ministre qui sera exercé différemment dans la mesure où le Président va endosser assez rapidement, s’il ne l’a déjà fait, les habits et le costume de “Président-candidat”.

 
C’est à l’aune de sa déclaration du 3 novembre qu’il faut analyser la philosophie de ce gouvernement “Fillon II”) : «Je crois à la continuité de notre politique réformiste parce que l’on ne gagne rien à changer de cap au milieu de l’action et parce que le redressement de la France réclame de la durée». Pas de «virage social» ou de «Grenelle de la fiscalité» à la Borloo dans une sorte de happening républicain et radical qui, pour le coup, aurait décoiffé mais un cap maintenu par un Premier Ministre que les sondages récents donnaient gagnant face à Martine Aubry au deuxième tour des présidentielles alors que le Président sortant était battu par la première secrétaire ! D’où les multiples questions dont les réponses traceront sur le territoire de la République la géopolitique mouvante de la campagne présidentielle :
- Le Président sortant sera-t-il candidat ou prépare-t-il la place de candidat pour son Premier Ministre de combat ? (on imagine mal Sarkozy ne pas candidater).
- Le Président sera-t-il plus citoyen-Président-candidat en laissant au Premier Ministre des latitudes et des opportunités de temps de cohabitation ? (L’hyper-présidence serait ainsi mise entre parenthèses temporairement et une nouvelle attitude confectionnée par le Chef de l’État).
- Le Président-candidat se prépare-t-il déjà à affronter au premier tour une Confédération des centres – vieille antienne de la vie politique française – qui aurait plusieurs candidats faute d’entente (Bayrou, Borloo, Morin) et autant de suffrages pouvant “chevenementiser” le Président-candidat ? Reste, pour le Premier Ministre reconduit, à réussir (pour le Président autant que pour lui) à relever les défis qui marqueront la réalité quotidienne comme la campagne : défis de l’endettement, de la compétitivité, de l’emploi, de la fiscalité et de la sécurité sociale. Vaste programme ! eut lancé le général de Gaulle !

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.