Facebook : Les amis de mes amis sont-ils vraiment mes amis ?

C’est une histoire a priori banale de cambriolage sur laquelle les magistrats de la chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Toulouse se sont penchés lundi 23 septembre dernier. L’histoire commence avec Facebook, où une jeune fille se réjouit de partir en vacances au soleil et se termine au Tribunal, avec six personnes à la barre reconnus coupables de cambriolage et de recel. L’audience est ouverte.

« On voulait juste se faire de l’argent facile » et « je ne sais plus trop, c’était il y a trois ans déjà… » Ce sont globalement les grandes lignes de l’explication collective des accusés de ces cambriolages qui se sont déroulés fin octobre 2010 dans une commune du Sud Est de la périphérie toulousaine. Un dimanche soir, deux jeunes s’introduisent au domicile de la famille L. L’un d’entre eux, mineur, avait vu sur le réseau social Facebook que toute la famille était partie en voyage. Arrivés à pied, ils fracturent une porte-fenêtre et dérobent du matériel multimédia et informatique, des bijoux, des téléphones portables. Ces deux jeunes n’en sont pas à leur coup d’essai, pour l’un d’entre eux c’est certain, l’état de récidive légale est avéré, nous l’appellerons monsieur X. Pour l’autre, mineur, la comparution a déjà eu lieu devant la juridiction compétente le 19 septembre dernier. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Monsieur X décide de « revisiter » cette maison la nuit suivante, avec d’autres complices. Qui a entraîné qui ? Ce n’est pas très clair. « Effet de groupe, adrénaline » explique l’avocat de l’un des prévenus. Toujours est-il que cette fois-ci, c’est en voiture et à quatre qu’ils retournent, le lendemain (lundi), au domicile de la famille L. Trois jeunes hommes et une jeune femme. L’individu mineur présent le dimanche soir, ne participe pas à cette seconde visite.

 

« Un cambriolage ce n’est pas que matériel, c’est aussi la violation d’une intimité »

En plus de ce qu’il reste en termes de matériel multimédia et informatique, des bijoux, des téléphones portables, les prévenus repartent avec les deux véhicules de la famille L, une Renault de type Clio et une Audi TT. A son retour de vacances, la surprise et le choc sont violents pour la famille L : les vols, plus de voitures, le logement sens dessus-dessous, un sentiment d’intimité brisée… Comme le précise le Procureur : « Un cambriolage ce n’est pas que matériel, c’est aussi la violation d’une intimité. » Moins de deux mois après les faits, l’Audi TT est retrouvée à Toulouse, calcinée. Quelque temps plus tard, la jeune fille, présente lors de la seconde visite du domicile de la famille L, est interceptée au volant de la Renault Clio dérobée, dans un pays limitrophe. Suite au forfait, elle est partie avec le véhicule poursuivre sa vie, et travailler. Assez rapidement aussi, les enquêteurs localisent les téléphones car ils sont finalement, dans les deux mois suivant le vol, activés par leurs nouveaux détenteurs. A la barre ils sont six. Monsieur X, présent lors des deux « visites » est détenu. Il est donc encadré par deux représentants des forces de police, qui lui ont enlevé les menottes le temps de la comparution devant la cour. Les quatre jeunes donc, mais aussi deux autres individus, un peu plus âgés. Eux, sont accusés de recel. Ils ne se connaissent apparemment pas tous.

 

Le jeu du chat et de la souris

Longuement, le Juge Roussel discute avec les prévenus, les questionne, essaye de comprendre leur motivation, pourquoi ils sont revenus le lendemain sur les lieux. Pour tous presque la même réponse : besoin d’argent. Le magistrat essaye aussi de clarifier les liens entre les prévenus, à qui imputer l’initiative des vols, le pourquoi du comment. Mais ce qui semble particulièrement intéresser la cour est le comportement de la jeune fille. En effet, en plus de l’infraction pour laquelle elle comparaît aujourd’hui, les forces de l’ordre ont trouvé chez elle lors de la perquisition, une ou plusieurs clés de voiture d’une même marque dont celles d’une Audi A6 notamment. La jeune femme aurait tenté de s’en débarrasser à l’arrivée de la police à son domicile. Et cela intrigue beaucoup le Juge Roussel, ses assesseurs mais également le Procureur qui s’interroge : « Il est surprenant de voir une jeune femme sans condamnation impliquée et qui se trouve en possession d’une autre clé, d’une autre Audi… » Pour ce dernier, la jeune femme semblerait jouer au chat et à la souris avec la justice, la police. Les magistrats n’auront pour seule réponse : « cela n’a rien à voir avec cette affaire. » Ce qui est saisissant dans cette affaire, qu’au premier abord on pourrait trouver banale, sont les non-dits, l’impact du croisement des destins de ces six personnes qui, semble-t-il, n’étaient pas ce que l’on peut appeler des proches pour la majorité d’entre eux. Ils sont tous face au juge, repentants, que ce soit pour l’acte de vol en réunion ou recel, traités à la même enseigne. Le délibéré tombe. A chacun sa peine en fonction de ses antécédents. Monsieur X repart en prison et les autres sortent libres, avec tout de même des épées de Damoclès sur la tête, des jours amendes ou pour certains des heures de travail d’intérêt général. Mais aussi et surtout, le tribunal les condamne solidairement au remboursement, déduction faite du montant pris en charge par l’assurance de la famille, des préjudices matériaux et moraux qu’ont subis la famille L.

Marie-Agnès Espa



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