EZ3kiel, en sons et lumières

Véritable OVNI de la scène électro, le groupe EZ3kiel s’est forgé une belle réputation grâce à leur inventivité artistique. Déclinant leur univers imaginaire sur scène, les musiciens mettent au service d’un son acoustique rythmé par les machines, les nouvelles technologues de l’image. Rencontre avec Johann, membre d’une formation inclassable.

 
Johann, pouvez-vous revenir sur le parcours d’EZ3kiel ?
Le groupe, originaire de Tours, existe depuis 1993. A la base, il était formé de deux guitares, d’une basse et d’une batterie ainsi que d’une chanteuse. Au départ, on faisait de la musique pour s’occuper le week-end jusqu’en 1998 où la voix et le guitariste nous ont quittés. On s’est alors tourné vers les machines avant de sortir quelques disques. Mais EZ3kiel s’est surtout fait connaître par les concerts plus que par les disques. Parallèlement à l’entrée des machines, on a introduit l’image par le biais de Yann, bassiste et étudiant en graphisme. Pour l’album “Battlefield”, Stéphane, batteur et vibraphoniste nous a rejoints. Nous sommes quatre aujourd’hui.

D’où vient le nom atypique du groupe ?
Du film “Pulp Fiction” car quand Samuel L. Jackson tue ses victimes, il cite un verset d’Ezéquiel. Mais on s’est complètement écarté du côté biblique et prophétique pour garder juste la sonorité.

On vous a classés dans le style electro-dub mais vous vous êtes éloignés de cette image. A quel genre pensez-vous appartenir ?
En fait, on ne sait pas trop ! Le groupe qui nous a poussés à faire de la musique est Fishbone qui passe du ska au reggae ou au métal. A nos débuts, on nous a reproché de partir dans tous les sens et, depuis cinq ans, on s’efforce d’avoir une espèce de fil conducteur. Quand on a sorti “Naphtaline” en 2007, les gens ont été surpris car on avait enlevé la basse et la batterie, avec un concept autour des berceuses. Nous ne sommes pas cantonnés dans un style.

Justement, votre dernier album “Battlefield” est beaucoup plus sombre que “Naphtaline”. Pourquoi ce choix ?
Suite à “Naphtaline”, on a perdu notre intermittence et il a donc fallu préparer un autre album pour envisager une tournée. On a donc connu une page blanche, des mo-ments de doute et des problèmes personnels liés à notre entourage. «Battlefield» a été fait dans l’urgence, sans grands moyens et dans un contexte assez triste, de remise en question. Ce malaise se ressent dans l’album.

« Do it yourself »

Avec un titre qui veut dire “champ de bataille” et une pochette représentant un corbeau, aviez-vous envie de jouer sur la thématique de la guerre ?
On voulait plutôt mettre en valeur le calme après la bataille, comme quand on démonte notre matériel après un concert. Il reste toujours des vestiges dans la salle. On n’a jamais été revendicatifs de messages politiques mais les gens voient comment on fonctionne par le biais d’un label indépendant et un travail en famille. Si message du groupe il y a, il se situe dans ce “Do it yourself” des années 1990. On essaie d’être autonomes pour garder cette indépendance. On a fait le choix de se débrouiller avec des bouts de ficelle et il faut donc montrer aux générations futures qu’on peut faire des choses avec peu de moyens, même si on perçoit des subventions de la part du ministère de la culture. Cet aspect-là est également important pour éviter que la culture soit privatisée et qu’on continue à recevoir de l’argent public.

Votre dernier album est aussi beaucoup plus rock…
C’est une volonté, on avait envie d’un son plus rock tout en gardant les machines. Les morceaux ont été construits avec des instruments acoustiques avant de les retravailler sur ordinateur. Cette démarche est assez nouvelle pour nous car, jusqu’à présent, on fonctionnait à l’inverse.

L’aspect visuel est aussi important que la musique. Pouvez-vous nous parler de cette démarche artistique ?
Depuis 2002, on a mis en place des écrans sur scène avec des bandes vidéo. Du coup, on n’avait que peu de marge de manœuvre car il fallait se caler sur le début et la fin de la vidéo. Puis, pour le CD-Rom de l’album “Naphtaline”, Yann a inventé un logiciel qui est relié aux pads des batteries et aux claviers. Ainsi, à chaque pression sur les instruments, on agit sur les images. C’est un concept assez inédit, sans contraintes, qui laisse beaucoup plus de marge à l’improvisation. On pense qu’on est vraiment au début de ce système-là et qu’on peut aller plus loin.

Toucher d’autres publics

Cette inventivité est-elle un moyen de palier à la crise du disque ?
La démarche est vraiment artistique car les disques ne nous font pas vivre. Par contre, on vend de plus en plus de CD, ce qui nous étonne beaucoup ! Je pense que les gens ne sont pas cons et ils savent que pour soutenir les groupes indépendants, il faut acheter les disques. Mais d’après les experts, il n’y aura plus de CD d’ici cinq ou dix ans.

Quels sont vos projets à venir ?
On tourne jusqu’à la fin de l’année en essayant d’aller à l’étranger sans pour autant chercher de grosses salles comme les Zéniths. Si on peut se faire connaître et en profiter pour voyager et découvrir de nouvelles choses, nous serons gagnants. Par ailleurs, au mois d’août, on va travailler avec un groupe d’artistes contemporains et faire la musique d’un spectacle pour le Festival d’Aurillac. Puis pour l’année prochaine, on prépare un spectacle multimédia.

Quelques mots sur votre prochain concert à Toulouse ?
On est bien contents que le Bikini soit toujours là car on n’avait pas eu l’occasion de jouer là-bas. Tous les groupes qu’on a rencontrés nous ont dit que c’est la meilleure salle de France et qu’elle déchire. Alors que les gens viennent pour passer un bon moment !

Justement, quel est le profil de votre public ?
Il y a vraiment un mélange avec même des quarantenaires et des cinquantenaires qui viennent avec leurs enfants. Les 17-25 ans restent majoritaires mais le public est de plus en plus large. C’est une fierté de faire cohabiter des personnes d’univers, d’âges et de classes sociales divers. C’est pour cela qu’on essaie de sortir des salles de concert, pour toucher d’autres publics.

Propos recueillis
par Sophie Orus

EZ3kiel
+ Anakronic Electro Orkestra
+ After (befor Festival Electro Alternativ 4)
Vendredi 23 mai à 20h30
Au Bikini


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