Exposition aux Jacobins ; Hommage aux artistes de la “ Retirada”

Jusqu’au 6 avril prochain, l’Ensemble Conventuel des Jacobins présentent “Toulouse et les artistes espagnols de l’exil” en commémoration des 70 ans de la “Retirada”. Une exposition de mémoire en hommage à 26 peintres et sculpteurs qui, en raison d’un contexte politique particulièrement difficile, ont dû quitter leur pays en 1939 et ont eu des rapports privilégiés avec Toulouse. Plus d’une centaine d’oeuvres au total dont soixante treize peintures et dessins et une très belle série d’une trentaine de sculptures réalisées dans des matériaux les plus divers, bronze, marbre, calcaire, granit, bois exotique ou ciment, liège et fer forgé, prêtées par les artistes eux-mêmes, leurs descendants, différents musées, galeries ou collectionneurs, forment une véritable rétrospective de la production de ces artistes de l’exil durant la seconde moitié du siècle dernier. Pour la commenter et nous la faire découvrir, rencontre avec Monique Rey-Delqué, Conservateur du Patrimoine, Directeur de l’Ensemble Conventuel des Jacobins, et Chargée du Patrimoine Historique de la ville de Toulouse.

 
Monique Rey-Delqué, quelle dimension cette exposition revêt-elle pour vous ?
Ma mission est de présenter des patrimoines en général : ceux de notre propre ville et ceux d’autres cultures. C’est ainsi que nous avons proposé des expositions telles que “Cultures du monde”, “La Slovaquie”, tout en faisant également “Toulouse sur les chemins de Saint Jacques”, ou encore “Toulouse et les Croisades”… Et l’exposition actuelle s’inscrit à double titre dans la politique culturelle des Jacobins puisque d’abord Toulouse est parfaitement concernée comme nous allons le voir mais ce que l’on a voulu montrer également, c’est que ces artistes exilés font partie intégrante de notre patrimoine toulousain et national.

On peut dire que Toulouse est véritablement au cœur de cette exposition souvenir ?
Oui, cette exposition s’inscrit comme vous le savez, dans le cadre des manifestations-témoignages organisés par la Mairie de Toulouse à l’occasion du 70ème anniversaire de la Retirada. C’est en effet une exposition du souvenir où l’accent est mis sur le rôle essentiel qu’a joué Toulouse, véritable capitale de l’exil, dans l’accueil des Catalans et Espagnols depuis 1939.

C’est aussi un hommage aux 26 artistes, peintres et sculpteurs qui la composent ?
Oui, je dirais même, un vibrant hommage à ces artistes qui, en raison d’un contexte politique particulièrement difficile, ont dû quitter leur pays pour la France et ont eu des rapports privilégiés avec notre cité, soit qu’ils s’y soient installés en y faisant souche, soit qu’ils s’y soient formés ou qu’ils aient participé à trois grandes manifestations organisées en leur honneur : en 1947 à la Chambre de Commerce de Toulouse, en 1958 au Palais des Beaux Arts, en bord de Garonne et enfin celle qui a eu lieu en 1977, à la galerie Alós, route de Revel.

 

Une paix retrouvée

Cette exposition a un fil conducteur…

Oui. L’Espagne, l’exil, Toulouse bien sûr, et la création picturale de chacun de ces artistes. Je prends l’exemple de Fenosa qui est venu à Toulouse en 1920, avant la Retirada, pour des raisons politiques. C’est ici qu’à 20 ans, il a modelé sa toute première figurine en argile. Il a gardé un attachement très fort pour notre ville et à chaque fois est venu exposer dans les trois manifestations que l’on vient d’évoquer.

A-t-elle été compliquée à mettre en place ?
Oui parce que ces artistes ne formaient pas de véritable école. Chacun travaillait séparément, dans son coin. En fait les trois expositions précédentes ont été la base de ma recherche pour effectivement en retracer et en refaire jaillir l’atmosphère.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement intéressée dans ces œuvres ?

J’ai voulu montrer deux types de production artistiques. Certaines œuvres véhiculent un très fort message politique, avec des titres magnifiques tels que de “Beau temps pourchassant la tempête” de Fenosa, “Oppression” de José Subirà-Puig, ou pour Antoni Clavell père, “La bêtise humaine”, un monstre hybride qui crache la colombe de la paix. Et d’un autre côté, des artistes tels que Hilarión Brugarolas, Daura, ou Francisco Forcadell-Prat, plus sensibles eux, à retranscrire la paix des paysages. Comme une paix retrouvée après tous ces événements qui ont été extrêmement durs.

 

Un désir inassouvi de créer

Il est de tradition de distinguer deux générations d’artistes espagnols de l’exil…
Oui. Ceux qui composent la “première génération” sont nés au tout début du XXe siècle, viennent en France à l’âge adulte, ayant déjà eu une activité reconnue dans leur pays. À peine arrivés dans les camps, poussés par un désir inassouvi de créer, ils participent aux animations culturelles et artistiques qui y sont organisées et présentent les modestes oeuvres qu’ils réalisent avec des matériaux de fortune, fil de fer barbelé, carton, emballage, écorce ou argile.
Lors de leur installation à Toulouse, ils doivent enchaîner des petits boulots pour subsister, ce qui les empêche le plus souvent de s’adonner à leur passion. Mais la volonté de sauvegarder et de transmettre leur identité culturelle leur permet de cultiver leur art, en dépit de grandes difficultés. Ceux qui forment la “deuxième génération” sont, eux aussi, nés en Espagne. Ils ont quitté leur pays encore enfant, ont acquis leurs connaissances et une formation artistique sur leur terre d’accueil, certains à l’école des Beaux-Arts de Toulouse. Ils sont parfaitement intégrés et leur production est le fruit des deux cultures.

Vous avez déclaré «Quel autre lieu plus emblématique que les Jacobins pour qui connaît l’histoire de ce bâtiment, aurait pu organiser une telle exposition ?» Justement, quel lien existe-t-il entre les Jacobins et cette exposition ?
Pendant le vingtième siècle, il y a eu beaucoup de réunions politiques dans le Réfectoire des Jacobins, notamment des réunions du PSOE. C’est donc un clin d’œil qui leur est fait aujourd’hui.

L’exposition se termine le 6 avril. Qu’en adviendra-t-il par la suite ?
L’essentiel des prêts venant des familles ou de collectionneurs particuliers, elles réintègreront bien sûr leurs lieux d’origine, tout comme les œuvres qui ont été prêtées par des musées.

Propos recueillis
par Claire Manaud

Retirada, du mot “retraite” en espagnol, fait allusion à l’exode des réfugiés espagnols de la guerre civile.


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