Exclusif Eva Joly prête… à jeter l’éponge

C’est, dans tous les cas, ce qui se murmure de plus en plus au sein de son parti, comme auprès des spécialistes. Elle-même déclarait voilà peu que si fin janvier, dans les sondages, elle ne passait pas la barre des 8 %, elle ne voyait pas le sens donné à sa candidature, estimant de fait, aucune légitimité à sa présence dans cette présidentielle.

 
Comme elle n’est créditée, en moyenne, que de 3 % d’intentions de votes, certains n’hésitent plus à dire que la messe est dite. Un pessimisme ambiant nourri par le ressenti de l’ancienne juge d’instruction, qui pense qu’elle s’est faite rouler dans la farine, par Cécile Duflot, voire même par les ex-socialistes du mouvement. Ceux qui lors de la primaire chez les Verts, ont “grenouillé” pour elle dans le seul but d’éliminer un Nicolas Hulot reconnu comme nettement plus dangereux qu’elle pour n’importe lequel des candidats PS et surtout pour François Hollande… Mais surtout d’avouer aujourd’hui que le but de cette candidature était de négocier des postes aux législatives, comme on le verra avec le parachutage parisien de Cécile Duflot. Ceci, disent-ils, afin de pouvoir constituer un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. En fait quoi de plus légitime aussi pour un mouvement qui a besoin d’une vitrine nationale pour faire valoir ses vraies valeurs comme ses prétentions politiques…

Une candidature encore une fois pour rien ?

Autre forme d’hésitation avec José Bové qui affirme encore aujourd’hui, même si François Hollande caracole en tête des sondages, que s’il y avait un «risque de reproduction du 21 avril 2002, il faudrait que la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts se retire». Du côté de Daniel Cohn-Bendit, on ré-entonne le refrain contre la direction actuelle du parti : «Le fonctionnement interne d’Europe Ecologie, nous le trouvons inadapté. Plus qu’hier, l’esprit d’Europe Ecologie s’est dilué dans l’esprit d’Europe Ecologie-Les Verts et on en revient aux Verts classiques. Et à l’arrivée ça fait du 1,5% à la présidentielle»*.
Eva Joly dit ne pas être femme à cultiver l’ambiguïté… Et aujourd’hui, il n’est pas dit que la candidate des Verts ait l’intention de suivre les directives du parti qui voudrait qu’elle se “couche” devant les exigences du PS et de son candidat François Hollande, si d’aventure ce dernier était dépassé par Nicolas Sarkozy… Voilà même que la dame de fer des Verts pense qu’il serait plus logique et plus responsable de soutenir l’autre François… En l’occurrence Bayrou qui «lui a vraiment la carrure d’un présidentiable» dira-t-elle pour enfoncer le clou. Une position que le PS ne peut prendre à la légère car rappelons qu’avant de rejoindre les Verts, Eva Joly était pressentie pour représenter aux dernières Européennes… le MoDem !
Alors, quand des journalistes insisteront pour savoir si elle appellera à voter pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, elle se contentera de préciser simplement : «Je ne me trompe pas d’ennemi. Mon objectif est de battre Nicolas Sarkozy…»  
Ce à quoi répond, le porte-parole non-déclaré du PS, Daniel Cohn-Bendit qui ne peut admettre d’avoir été écarté de tout rôle : «Eva Joly fait les mauvais choix politiques. Il est légitime qu’elle veuille marquer la différence entre les écologistes et le PS. Sauf si elle ne fait pas la différence entre concurrents (…) et adversaires, qui sont les candidats de droite et d’extrême droite».
Quant à Noël Mamère, pourtant en apparence un inconditionnel d’Eva Joly, comme à son habitude, il ne prend pas de gants pour clamer haut et fort sa désapprobation : «Si elle ne dit pas maintenant qu’elle soutiendra François Hollande au second tour, elle fera campagne sans moi».  
Pour Dominique Voynet qui a connu en 2007 les mêmes déconvenues et comprend mieux que quiconque le combat de la candidate des Verts : «Avec des amis comme Jadot et Cohn-Bendit, Noël Mamère, Eva Joly n’a pas besoin d’ennemis».  
Reste la question qui est posée sur toutes les lèvres, les dirigeants des Verts et Cécile Duflot ont-ils utilisé l’arme de la candidature présidentielle pour négocier des sièges, abandonnant de fait le programme voté par les militants ? Quel avenir pour Eva Joly si d’aventure elle persistait à refuser de changer de ligne ? Sera-t-elle obligée dans quelques semaines à renoncer ? Les questions sont posées. Qui pour y répondre ? Eva Joly et le plus rapidement possible.
Sinon nombreux seront ceux qui penseront que le petit monde de l’écologie politique apparaît, à l’évidence, comme un panier de crabes, où s’exacerbent, de plus en plus en pleine lumière, les rivalités et les ambitions personnelles. A cent lieues de l’image d’une politique vertueuse à laquelle certains voudraient s’identifier.
Une imposture ?



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