Etudiants toulousains : comment sortir de la galère ?

Toulouse, première ville de France où il fait bon étudier selon le magazine l’Etudiant, compte 90 000 étudiants, soit environ 11% de sa population totale. La réputation de ses universités, le soleil du sud, et la fameuse place Saint-Pierre sont autant d’arguments attractifs pour tous les jeunes de l’Hexagone et d’ailleurs. Pourtant, la précarité étudiante est bien là, la crise aggravant les problèmes caractéristiques de cette tranche de vie : manque de ressources, cumul de petits jobs, soucis de logement… Comment sortir de la galère ? Par Coralie Bombail. En partenariat avec Fun Radio.

 

 

Mathieu : étudiant, cherche emploi, sécurité sociale et bourses

 

«Je ne suis plus boursier, alors que l’an dernier je bénéficiais de l’échelon maximum». Voilà ce qui arrive quand on n’a pas validé un semestre de première année. En seconde année de Socio-économie, Mathieu a fait un petit détour en histoire avant de revenir dans sa voie initiale. Comme il lui reste un semestre à valider, il est privé de bourses pour le reste de l’année. En attendant, Mathieu se nourrit grâce à l’épicerie sociale de la faculté. «Pour un euro par semaine, je choisis dix produits. Heureusement qu’il y a ça». Mais tout le monde n’a pas droit d’y faire ses emplettes, il faut en faire la demande via l’assistante sociale de l’université, qui prend sa décision en fonction des ressources. En outre, l’épicerie est uniquement réservée aux étudiants du Mirail, seule faculté de Toulouse à disposer d’un tel service. Et de plus en plus de personnes y ont recours. «Il y a une file d’attente impressionnante, ce qui prouve que beaucoup d’étudiants sont précaires» remarque-t-il. Pour s’en sortir, l’étudiant avait commencé, en début d’année, à travailler à Carrefour City, ce qui s’est vite avéré compliqué. «Me lever à cinq heures tous les matins pour mettre en rayon, et enchaîner avec les cours l’après-midi, c’était vraiment trop dur. Je dormais en cours et je n’étais pas efficace à mon boulot» raconte-t-il. Résultat : il s’est fait licencier pendant la période d’essai. En perdant son emploi, Mathieu se retrouve également sans couverture santé. Lorsqu’il s’est inscrit à l’université, il justifiait d’un CDI, qui le dispensait de payer la sécurité sociale étudiante, et il n’a pas travaillé assez longtemps pour bénéficier de l’assurance maladie en tant que salarié. «Je prie pour qu’il ne m’arrive rien, car je n’ai pas les moyens de payer les 200 euros de la sécu étudiante». Aujourd’hui, il recherche un emploi dans n’importe quel secteur d’activité, mais les offres se font rares, surtout si l’on cible un travail qui pourrait se combiner avec l’emploi du temps de la faculté. «Sur le site du CRIJ, il y a beaucoup d’annonces qui concernent l’aide à la personne ou qui proposent du baby-sitting. Dans le premier cas, ça prend beaucoup de temps et dans le second, on est pénalisé quand on est un garçon» explique Mathieu. En tous les cas, il va falloir trouver rapidement. Déjà à découvert, sa situation financière va s’aggraver d’ici la fin du mois lorsque le loyer va tomber. Le jeune homme vit en collocation depuis février dernier, ce qui permet de réduire les factures et d’échapper aux couloirs glauques des cités étudiantes. «Avant j’étais à Daniel Faucher, dans des conditions pas terribles, mon lavabo était bouché, sans compter les odeurs de poubelles dans ma chambre. Mes colocataires étaient à Chapou où il fallait supporter les rats dans les couloirs et l’eau froide». Avec trois autres personnes, il décide donc de se lancer dans la course au logement. Mais sur le petit groupe d’amis, seule une personne est en mesure d’avoir une caution parentale. Les agences immobilières se montrant un peu réfractaires, et ils mettront des mois à trouver une solution convenable. Une petite maison non loin de la fac, avec un loyer de 900 euros par mois. Divisé en quatre, et en soustrayant les APL, Mathieu doit débourser environ 100 euros par mois pour se loger. Un prix très accessible, «mais heureusement qu’on était un groupe mixte, car quatre garçons, les agences nous ont dit clairement qu’elles ne le voulaient pas». Pour la garantie, les seuls parents disposant de ressources suffisantes, se sont portés caution pour l’ensemble du loyer, ce qui a permis de débloquer la situation. Mathieu a un toit sur la tête à moindre frais, néanmoins les problèmes financiers ne sont pas réglés pour autant. «La facture de gaz et d’électricité a beaucoup augmenté. Quand on a souscrit le contrat, on payait 90 euros, aujourd’hui la facture est passée à 150 euros» signale-t-il. Tant qu’il n’aura pas trouvé de «job», il sera impossible pour Mathieu de continuer à participer aux frais de la maison.

 

 

Rappel juridique : Aucune caution ne peut être demandée par le propriétaire qui a déjà souscrit une assurance garantie des risques locatifs (GRL) ou une assurance privée. En revanche, lorsque le propriétaire est une personne morale, une caution peut être demandée si le logement est loué à un étudiant non bénéficiaire d’une bourse de l’enseignement supérieur.

Bon à savoir : Une épicerie sociale étudiante à l’université du Mirail : Un euros par semaine, pour dix produits de première nécessité.

 

Quelles solutions possibles ?

 

Il existe un panel de dispositifs mis en place par les collectivités ou le milieu associatif. Bien souvent, les étudiants ne sont pas au courant des aides à leur disposition, ni même de leurs droits. C’est le rôle du CRIJ, d’informer et de guider les jeunes dans leur parcours du combattant. «On  les accompagne vers l’autonomie dans tous les aspects de la vie courante» explique Jean-Pierre Margaix, directeur du CRIJ Midi-Pyrénées. Logement, emploi, santé, loisirs, mobilité, orientation, toutes les problématiques sont abordées, jusqu’aux questions d’addictions et de dépression. «Le manque de ressources et la question du logement sont des difficultés récurrentes pour lesquelles on nous sollicite». Le CRIJ accueille environ 300 000 personnes à l’année.

 

Trouver un toit

 

«Le loyer est le poste budgétaire le plus important pour les étudiants» signale Jean-Pierre Margaix. Résidences étudiantes, cités universitaires, logements sociaux, les solutions sont multiples. Mais les places manquent, et les démarches administratives sont parfois longues et complexes. Ceci étant dit, des progrès ont été réalisés en la matière. «La région a participé à rénover et à construire près de 4000 logements étudiants» rappelle son Président Martin Malvy. «Nous avons également créé une caution pour les étudiants dont les parents n’ont pas les moyens financiers de se porter garants» ajoute-t-il. Aujourd’hui 23 000 étudiants Midi-Pyrénéens en profitent. La ville de Toulouse propose, quant à elle, d’avancer le premier mois de loyer, sans conditions de ressources. C’est le «Pass Log», mis en place en 2009.

Mais pour réduire les coûts, nombreux sont ceux qui choisissent la colocation. «Il y a quelques années, c’était un phénomène de mode. Aujourd’hui c’est une solution économique, et qui permet une vie sociale plus riche» précise Jean-Pierre Margaix. Et comme le logement ne se partage pas forcément entre amis, le CRIJ organise des «cafés colocations», où «les jeunes peuvent se rencontrer et trouver des partenaires pour une future cohabitation» explique le directeur du CRIJ. En outre, de nombreux sites internet se sont emparés du phénomène, comme toulouse-colocation.com, ou encore ma-colocation.com.

Reste encore une solution peu usitée : louer une chambre chez l’habitant. L’association Accueil en région Toulousaine (ART), propose d’aider les étudiants à trouver une «famille d’accueil», qu’elle a choisie de manière rigoureuse. Le loyer revient à 360 euros par mois, ou 23 euros par nuit, le petit-déjeuner compris. Pas de frais d’agence, pas de frais d’aménagement, pas de besoin d’avoir des garants, cette option est intéressante à plusieurs points de vue. Les offres proposées par cette association sont très diverses, «ce peut être une chambre ou un petit studio, et nous faisons également du logement intergénérationnel» explique Isabelle de Saint Victor, présidente de l’association. Dans ce dernier cas l’étudiant peut être hébergé gratuitement ou «contre un prix modique pour l’eau et l’électricité», en échange de menus services. Contrairement aux idées reçues, cette dernière option n’est pas très contraignante, «le plus souvent, c’est juste une présence qui est recherchée» précise Isabelle de Saint Victor. ART peut être le bon moyen de trouver LA bonne affaire sur Toulouse, «par exemple j’ai un petit studio près d’Esquirol à 200 euros par mois, ou un appartement de 60 mètres carré à 450 euros». Mais le plus important pour Isabelle est de trouver la solution «la plus chaleureuse pour tout le monde. Quand je place un étudiant dans une famille, j’y mettrais mon enfant» souligne-t-elle.

Enfin, dans certains cas extrêmes, la précarité est telle que toutes ces solutions de logement sont inaccessibles. Le syndicat Sud Etudiant témoigne, «il nous arrive d’orienter certains étudiants vers le DAL (association Droit Au Logement) ou vers le RAJ (Relai Accompagnement Jeunes), qui se chargent de trouver une solution d’urgence pour la nuit» explique Pauline, membre du syndicat.

 

Comment concilier petit job et études ?

 

«Au Mirail, 50% des étudiants déclarent un emploi à l’inscription, mais en réalité, c’est beaucoup plus si on compte ceux qui commencent un travail en cours d’année, et ceux qui ne l’ont pas signalé à l’inscription» selon Pauline. De manière générale, «il y a de moins en moins de jeunes qui peuvent compter uniquement sur l’aide de leurs parents» précise Jean-Pierre Margaix. Le CRIJ propose des petites annonces d’emploi sur son site. Des contrats temporaires, le plus souvent dans les secteurs de l’aide à la personne, de l’animation, ou de la restauration. Le service «job étudiant» du Crous met également en relation les étudiants avec des employeurs qui proposent des postes à l’année ou pour les vacances. Le Crous et le CRIJ proposent le même type d’offres qui permettent de se faire une première expérience professionnelle mais qui ne sont pas forcément adaptées à la vie étudiante. «On est dans un contexte où l’on ne choisit plus vraiment son travail» regrette le directeur du CRIJ. C’est à l’étudiant d’être vigilant sur ses choix et ses horaires afin de s’assurer de pouvoir tout concilier.

 

La santé passe à l’as ?

 

«20 % des étudiants renoncent à se soigner faute de moyens» souligne Martin Malvy. Un problème auquel la région s’est attelée en créant le «Pass mutuelle». Une aide destinée aux étudiants boursiers qui souscrivent une mutuelle étudiante. Elle équivaut à 100 euros par an, et concerne potentiellement 33 000 jeunes en Midi-Pyrénées. Sachant qu’une complémentaire étudiante varie entre 60 et 500 euros par an. En outre, si un étudiant a besoin d’une consultation, il ne faut pas oublier que toutes les universités de Toulouse disposent d’un service interuniversitaire de médecine préventive. «C’est gratuit et anonyme, mais les étudiants ne le savent pas. Pourtant, ils font du super travail» souligne Jean-Pierre Margaix. Ces services permettent de consulter sur rendez-vous, un médecin généraliste et même des spécialistes. Dermatologue, gynécologue, tabacologue, spécialiste de la nutrition ou encore psychologue et psychiatre sont à disposition des étudiants. Une  assistante sociale fait également partie du service.

Si le statut d’étudiant rime bien souvent avec galère, certains avantages rendent la vie du quotidien plus facile. Les transports toulousains, par exemple, sont les moins chers de France, pour les jeunes de moins de 26 ans. Des facilités pour accéder à la culture et aux loisirs sont également prévues par la mairie. Mais finalement, le meilleur avantage est certainement… d’être jeune.

 

Coralie Bombail

Le mot d’Alexandre de Saint Aignan, journaliste à Fun Radio

 

Trois jeunes sur quatre estiment qu’il est difficile d’avoir 20 ans aujourd’hui. C’est le résultat d’un sondage CSA/Fondation Total publié mardi dernier.
Et pourtant, la vingtaine, c’est l’âge d’or. L’âge où rien n’est impossible. Passer la nuit en boîte, enchaîner sur les cours ? Easy. Faire le tour de l’Europe en auto-stop ? Fastoche. Manger des pâtes pendant un mois et s’offrir une place au concert de Rihanna ? Sans problème.
La vingtaine, c’est l’âge des envies, mais aussi celui des premiers sacrifices. Parce qu’on commence à se prendre en charge, mais qu’on a rarement le salaire qui va avec.
Alors on se débrouille, on cherche des solutions. Elles existent. Aide au logement, prêts étudiants à taux zéro, ou autres, ne refusez jamais un coup de pouce. C’est ce qui peut vous permettre de passer du rêve à la réalité.
Foncez, n’ayez ni remords, ni regrets. Ayez de l’audace ! La vie a tellement de chose à vous offrir. A nous offrir. Nous sommes la jeunesse. Nous sommes l’avenir.

 

 

 

Patrick Aubin remet en cause le système

«Ce que je constate, c’est qu’aujourd’hui il n’y a plus vraiment de sélections. Et d’ailleurs au final, avec ou sans diplôme, c’est presque identique. L’égalitarisme amène les étudiants à aller dans des filières dont ils ne savent pas si cela débouchera sur un futur métier. Elle est sans doute là la cause du malaise du monde étudiant, dans cette problématique de l’orientation. L’offre Education nationale ne correspond plus au marché de l’emploi. Le système leurre donc nos jeunes, et l’Etat se satisfait sans doute de la situation pour ne pas «grossir» davantage les chiffres du chômage. L’étudiant n’est qu’un outil pour arranger les statistiques. Il faut aussi savoir reconnaître que le niveau est beaucoup plus faible qu’il y a quelques années… D’ailleurs c’est qui explique le succès des filières privées. Le privé compense la faillite du secteur public.»



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