Etre senior aujourd’hui

Notre société change, nos populations et la démographie du pays évoluent. Les seniors d’aujourd’hui sont-ils les seniors d’hier ? Comment les retraités du 21e siècle occupent-ils leur temps, quelles sont leur conditions de vie, quelle est leur place dans la société ? Reportage.

 

Les seniors en chiffres

 

En 2011, l’espérance de vie s’établit à 84,8 ans pour les femmes et à 78,2 ans pour les hommes. En constante évolution positive depuis les années 90, les femmes gagnent en moyenne deux mois par an et les hommes trois d’espérance de vie.

La population française vieillit, 13 267 600 personnes ont 60 ans et plus soit 21.12% de la population. Midi-Pyrénées ne fait pas exception, même si en Haute-Garonne la part des personnes âgées de 60 ans ou plus est inférieure à 20%, contrairement aux autres départements de la région (où cette part oscille entre 24 et 29%). La Haute-Garonne comptabilise 221 068 personnes âgées de 60 ans et plus dont 75 100 vivant à Toulouse. Malgré le fait que la Haute-Garonne est le département le plus jeune de la région, c’est aussi celui où l’augmentation de la part des 60 ans et plus a été des plus significatives sur les dix dernières années : +9.9%. En Haute-Garonne, 30% des personnes de plus de 65 ans vivent seules, ce chiffre grimpe à 36% lorsqu’on passe les 75 ans. Les perspectives dégagées par l’INSEE montrent que la part des 65 ans et plus s’élèvera à 30.8% en 2030 et franchira les 35% à l’horizon 2040.

 

 

 

 

 

 

Ces retraités qui travaillent toujours

 

Si certains de nos seniors préfèrent voyager, s’occuper de leurs petits-enfants, d’autres continent à travailler. Par choix ou par obligation, la vie professionnelle se poursuit. Nous avons rencontré Georges, 72 ans. Après une carrière de mécanicien, il prend sa retraite à 65 ans avec un peu d’appréhension mais des projets de voyage plein la tête avec son épouse. Le décès prématurée de celle-ci le laisse désœuvré et sans motivation. Il rebondit alors en décidant de devenir bricoleur. Il choisit le statut d’auto-entrepreneur et se lance dans du dépannage-bricolage auprès des particuliers. Une façon pour lui de «s’occuper et d’être toujours utile dans ce monde, en plus je rencontre des gens, je discute» raconte-t-il. Jeanine, elle, a 85 ans. La boulangerie familiale a été vendue et elle a fait partie du lot ! Toujours derrière le comptoir, elle explique lorsqu’on lui demande pourquoi elle ne prend pas sa retraite : «Mais si je m’en vais, la boutique fermera, je ne peux pas partir.»

 

 

Rencontre avec Cécile Ramos

 

Cécile Ramos est adjoint au maire en charge de la délégation des seniors. Elle qui n’a pas encore atteint la quarantaine, tient à mobiliser les forces municipales sur les questions de l’âge, de la place des seniors dans la ville et la fragilité.

 

Cécile Ramos, vous êtes en charge des seniors à la ville de Toulouse. Quels sont vos axes de travail ?

 

Nous développons une politique en plusieurs axes. Pour commencer, il y a le soutien des clubs des aînés que nous poursuivons. Ces clubs ont vocation, pour beaucoup, et de plus en plus à accompagner des gens âgés voire très âgés qui ne se déplacent plus que dans leurs quartiers. Ce sont des structures auxquelles je tiens tout particulièrement parce que s’il n’y avait pas de clubs du troisième âge, il y aurait aujourd’hui plus de 5 000 personnes qui resteraient isolées chez elles. Ces clubs rompent le phénomène d’isolement. Il faut soutenir ces associations car elles agissent très concrètement en proposant de nombreuses activités, des lotos, des jeux, des repas. Des activités qui font du lien.

 

Vous avez créé le conseil des seniors en 2009…

 

Oui, le conseil des seniors compte aujourd’hui 250 personnes et continue à se réunir. Deux fils directeurs orientent les travaux du conseil : le décloisonnement et l’intergénérationnel. Notre objectif est de faire converger les différents axes des délégations municipales pour intégrer les seniors. Par exemple, la délégation socioculturelle propose des activités auxquelles des seniors participent, mais ce n’est pas pour autant que ces derniers viennent dans les clubs ou au conseil des seniors ou même tout simplement se considèrent comme tel.

 

Aujourd’hui, pour vous, qui sont les seniors ?

 

Je dis que ma délégation concerne les seniors et les personnes âgées. Aujourd’hui ceux qui ont 60 ans avaient 20 ans en 1968, et ont la super pêche ! En revanche, ceux qui ont 75 ans, sont d’une toute autre génération. Aujourd’hui à Toulouse on a cinq générations. On ne peut pas mettre toutes les personnes de plus de 60 ans dans le même sac, car elles n’ont pas les mêmes préoccupations. Viendrait-il à l’esprit de quelqu’un de proposer à un enfant de six ans la même chose qu’à un pré-ado ou un ado ? La question ne se pose même pas et il doit en être de même pour les seniors. La caractéristique de la vieillesse est la perte d’autonomie, l’amenuisement des forces physiques. En général, sauf accident de la vie, cet amenuisement est lié à l’âge. Les seniors ont des comportements différents en fonction de leur âge, de leur état de santé. Certains ont décidé qu’ils vivraient avec leur temps. Ils se mettent à l’informatique, bougent, font du sport. D’autres considèrent qu’ils ont fait leur temps, les problématiques sont très diverses.

 

 

«On ne peut pas mettre toutes les personnes de plus de 60 ans dans le même sac !»

 

Quelle est la place des seniors dans la ville ?

 

C’est une question que nous travaillons chaque fois que nous le pouvons avec le conseil des seniors. Les grandes villes aujourd’hui sont pensées plus pour la population active et jeune. Il faut impérativement aujourd’hui intégrer la question de la vieillesse dans les grands projets comme celui du réaménagement de la ville mené par Joan Bousquets. La question du mobilier urbain par exemple est très significative. Aujourd’hui j’aimerais par exemple qu’un banc public soit pensé pour les personnes âgées en priorité. Cela ne pénalise pas les autres générations qui seront bien assises aussi ! A contrario, si vous faites un banc à 40 cm du sol, une personne âgée ne voudra pas s’y asseoir car elle ne pourra pas y rester longtemps assise et aura peut-être même du mal à se relever. Ce sont des sujets qui peuvent paraître anecdotiques mais qui pour moi, sont fondamentaux. Il faut que les gens puissent se sentir bien dans l’espace public. Le mobilier urbain doit être au service du plus grand nombre. Il faut prendre en compte la réalité de cette génération, envisager du mobilier urbain évolutif qui tient compte des enjeux du vieillissement. Il faut montrer à nos seniors que nous les aimons ! Arrêter de voir cette génération de façon négative.

 

La municipalité a lancé une campagne de réhabilitation des logements de personnes âgées…

 

La réflexion sur le mobilier urbain peut s’appliquer à la question du logement. La ville se densifie, on construit. Aujourd’hui, il faut arrêter de mettre des baignoires dans les appartements en construction. Il serait bien plus pertinent de mettre des siphons de sol, ce serait moins dangereux et plus respectueux de l’environnement. On parle de maintien à domicile, qui passe par un logement adapté. Il faut adapter les logements dès leur construction et ne pas se trouver la tête dans le guidon devant l’obstacle. C’est maintenant qu’il faut penser à penser la construction du logement avec en tête les problématiques du vieillissement. Anticipons ! Pour la campagne de réhabilitation des logements de personnes âgées, nous avions un budget de 200 000€ en 2012. Pour 2013, il s’élèvera à 350 000€. Un effort est fait, mais si nous anticipons suffisamment, nous n’aurons plus de budgets à débloquer en urgence.

 

La question de la fragilité vous interpelle particulièrement…

 

Oui, la détection de la fragilité est un enjeu. Je m’y accroche, je mets toute mon énergie à travailler avec le Gérontopôle. Le principe est de détecter les premiers signes de la dépendance pour la retarder, de vivre de plus en plus longtemps en bonne santé et dans de bonnes conditions, comme l’ont fait les pays du nord il y a une vingtaine d’années. La détection de la fragilité s’appuie sur quatre grands signes simples à observer. Les médecins généralistes peuvent orienter leurs patients vers la plateforme du Gérontopôle pour une détection et le cas échéant des préconisations, puis un suivi un an plus tard. Tout ceci sous le contrôle du médecin généraliste. Ainsi nous pourrons évaluer l’utilité de ce principe de détection et ses possibles évolutions.

 

 

Point Info Seniors Toulouse

Un numéro vert : 0800 042 444.
Accueil public du lundi au vendredi, 8h30 – 16h45

Hôtel de ville, cours Henri IV, rez-de-chaussée porte 10

 

 

 

Plate-forme d’évaluation des fragilités et de prévention de la dépendance

Ouverte depuis septembre 2011, à l’hôpital Garonne de Toulouse, la Plate-forme d’évaluation des fragilités et de prévention de la dépendance a pour objectif de retarder le processus d’entrée dans la dépendance des personnes âgées fragiles. Les patients sont orientés par leur généraliste. Les quatre signes de fragilité sont : une perte de poids involontaire, une sensation d’épuisement, la diminution de la force musculaire, une vitesse de marche lente.

 

Marie-Agnes Espa



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