[Et maintenant ?] Ils veulent faire décoller le covoiturage quotidien

PARTAGE. L’incontournable Blablacar vient d’ouvrir une ligne Toulouse-Montauban pour développer le covoiturage du quotidien. Aujourd’hui, seuls 3 % des salariés pratiquent le covoiturage domicile-travail. Des mesures d’incitations pourraient lever les freins à cette conduite économique et écologique. 

covoiturage domicile-travail
Crédits : Coovia

Chaque matin, 250 000 voitures empruntent la rocade de Toulouse. Occupés la plupart du temps par le seul conducteur, ces véhicules disposent d’un potentiel d’un million de places libres. Pourtant, selon la dernière étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), seuls 3 % des salariés covoiturent pour aller au travail, malgré les intérêts économiques et écologiques de cette pratique. « Les plateformes de covoiturage du quotidien enregistrent souvent plus de passagers que de conducteurs, car ce n’est pas commode pour ces derniers, relève Cécile Clément, directrice d’études au Cérema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). Il faut être ponctuel, régulier, s’imposer des contraintes quotidiennes qui peuvent décourager. Un conducteur acceptera 5 minutes de détour pour aller chercher des passagers lors d’un trajet de 4 heures, mais pour un trajet de 20 minutes, non. »

Lancée depuis 2012 sur ce créneau à Toulouse, Coovia s’adresse directement aux entreprises pour tisser des réseaux de covoiturage. « Les salariés n’ont souvent pas idée du nombre de voisins qui travaillent dans la même zone qu’eux », observe David Larcher, le gérant de Coovia. « Travailler avec plusieurs entreprises d’une même zone permet d’augmenter les probabilités de partager sa voiture. » Avec 7000 salariés et 8 entreprises (Actia, Airbus, etc.) ou institutions (Sicoval, Préfecture, etc.) inscrits, la jeune entreprise toulousaine est encore loin des 15000 salariés enregistrés, par exemple, sur la plateforme de partage de véhicules de Nantes Métropole. « Les entreprises devraient se fédérer entre elles pour créer des réseaux », estime David Larcher qui prêche pour sa paroisse. « La loi impose aux sociétés de plus de 100 salariés de mettre en place un plan de mobilité avant le 1er janvier 2018. Beaucoup n’ont pas pris la mesure de cette obligation. »

De l’avis de Cécile Clément, « réserver aux conducteurs des places de stationnement près des gares ou les autoriser à circuler dans des zones restreintes et lors de pics de pollution » permettrait de développer le partage de véhicules au quotidien. Bordeaux vient d’ouvrir les voies de bus à cette solution. « Une voie réservée sur le périphérique toulousain serait un signal fort et pourrait fluidifier le trafic », affirme David Larcher. De plus en plus perçu comme un mode de transport en commun complémentaire, le covoiturage pourrait aussi faire l’objet d’incitations financières. « La ville de Beauvais a mis en place une ligne de covoiturage et rémunère les conducteurs qui l’empruntent avec des passagers », expose Cécile Clément. « Comme pour les transports en commun, les entreprises pourraient rembourser 50 % des frais de covoiturage de leurs salariés », conclut David Larcher. « Vu le prix du m², cela leur reviendrait moins cher que d’entretenir un parc de stationnement. »



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