Esprit, es-tu là ?

Coup dans les murs, apparitions mystères, soudaine agressivité ou maux inexpliqués par la médecine… Ces bâtisses et individus qui n’en font subitement qu’à leur tête sont-ils hantés ? Possédés ? Envoutés ? Peut-on expliquer ces étranges manifestations de manière très rationnelle ? Enquête sur ces phénomènes des plus surprenants qui touchent aussi la ville rose et rencontre avec les professionnels… de tous horizons. Par Aurélie Renne et Claire Manaud.

Elle a longtemps fait parler d’elle à Toulouse. La fameuse maison dite « du bourreau » sur les allées Paul Feuga (quartier Saint-Michel). Inhabitée, on l’a crue hantée. Mais cette hypothèse n’a pas fait long feu. Le scientifique toulousain, spécialiste du paranormal, Yves Lignon, s’est penché sur le sujet et pour lui, ce lieu n’a vraiment rien d’extraordinaire : « Les étranges taches lumineuses qu’on voyait derrière les fenêtres quand elle était inhabitée ont une explication simple : le feu allumé par des SDF. D’ailleurs, depuis qu’elle a été remise à neuf et découpée en appartements, on parle beaucoup moins de cette belle maison. Mais son plus beau titre de gloire n’est-il pas d’avoir inspiré le célèbre écrivain Patrick Cauvin pour son roman « Hautepierre », une histoire de maison hantée dont je suis d’ailleurs l’un des personnages » sourit Yves Lignon. Plus généralement pour l’auteur notamment de « Les phénomènes paranormaux » (éditions Milan), les maisons hantées dévoilent vite leurs secrets, même si des doutes subsistent quelquefois : « En bientôt quarante ans, j’ai étudié des dizaines de récits de maisons hantées en provenance de toute la France. Dans la majorité des cas, il y avait une explication, parfois même une explication simple à laquelle personne ne pensait pourtant. Reste quelques cas qui déroutent et suffisent pour interpeller un scientifique. L’une se trouve dans une petite commune du Lauragais. Vous comprendrez que je n’en dise pas plus lorsque j’aurai ajouté que le propriétaire n’était autre que le garde-champêtre. »

 

La science peut expliquer la plupart des phénomènes

Il n’empêche. Dans une maison, « il peut se passer des choses étranges pour des raisons que l’on peut imputer à la nature : présence d’une source, d’une faille, de radioactivité ou autre magnétisme, » rapporte Philippe Andréoli. Auteur-éditeur du livre « Les origines de la Tradition », il est géobiologue depuis 23 ans : « J’ai toujours cherché à comprendre comment et pourquoi étaient construits les temples, les pyramides, les cathédrales, les sites celtiques comme Stonehenge par exemple ou le Machu Picchu, qui ont traversé le temps et l’espace. » Et même si une définition de la géobiologie « tarde à venir », Philippe Andréoli la résume ainsi : « il s’agit de l’étude de l’influence de l’environnement sur la santé des êtres vivants : les plantes, les animaux et les hommes. Le géobiologie va comprendre un lieu, en décoder le langage et adapter la construction à ce lieu.» Maisons, mais aussi entreprises, exploitations agricoles même, Philippe Andréoli dit recevoir au quotidien des sollicitudes de « toutes sortes » : « On me demande d’intervenir parce qu’au travail, il y a des problèmes d’absentéisme important, de relationnels avec les clients… Dans le domaine privé, ce sont souvent des gens qui se sentent mal dans leur maison : rien ne fonctionne, ils se lèvent fatigués, les enfants se retrouvent à l’envers dans leur lit, ils ne font rien à l’école, etc. Il arrive très fréquemment que les gens arrivent en me disant carrément qu’ils sont envoûtés ou que leur maison est hantée.» Alors que pour le géobiologue, l’explication à ces différents phénomènes, est plus terre-à-terre, liée à la mémoire du lieu. Il raconte le début de sa carrière à Albi : «Quand j’ai commencé, j’ai réalisé une étude, rue de la maladrerie. Il y avait un micro-lotissement dans lequel tous les occupants étaient « malades » : perte d’emploi, cancer généralisé, suicide, internement en psychiatrie, meurtre. Sous ces maisons, il y avait un énorme passage d’eau qui déstabilisait complètement le lieu. Des injections électriques avec de mauvaises prises de terre se faisaient sur cet endroit. On avait des courbes électriques de champ électromagnétique totalement aberrantes, ce qui expliquait le malaise qui pesait sur ces gens. » Aidé du cadastre, Philippe Andréoli fait alors des recherches : «c’était un endroit où il y avait eu des batailles, une léproserie, une prison et un tribunal. On finit toujours par regrouper les informations qui prouvent que le lieu porte bien son nom.»

« La médecine ne traite pas les lieux, la géobiologie, si. »

 

Quand il ne se passe rien dans une maison, c’est finalement qu’elle est « bien positionnée, sur un endroit correct », il ajoute que « le cursus de l’occupant joue un rôle important. » Une harmonie à trouver en quelque sorte. Monique Fabre, médecin généraliste a elle-même fait appel à Philippe Andréoli. « J’avais des troubles du sommeil et des maux de tête au levé », explique-t-elle, « il a détecté qu’une faille passait sous la maison au niveau de la tête de lit. » Le géobiologue pose alors des piquets pour empêcher les nuisances liées à cette faille. Depuis, plus rien. « Les lieux vivent, or la médecine ne traite pas les lieux, la géobiologie et la médecine sont tout à fait complémentaires. » termine-t-elle. Face à ces manifestations diverses, Philippe Andréoli prévient : « la première des solutions, c’est le bon sens. Si un lit n’est pas bien positionné, on s’arrange pour modifier sa position. Si on a un problème de câbles électriques qui rayonnent dans une cloison, parce que la télé l’inonde d’un faisceau électromagnétique, je m’arrange pour qu’on la sorte. De même, on va systématiquement enlever tous les appareillages électriques des chambres, (chaîne hi-fi, portable, radio réveil électrique) et vérifier que la prise de terre est de bonne qualité. On va aussi demander à EDF de déplacer un poteau ou un transformateur trop près d’une chambre… » Les demandes seraient de plus en plus nombreuses, bien que la discipline ne soit pas adoubée par tous. Pour Yves Lignon, la géobiologie n’ayant pas fait l’objet d’études scientifiques, il est encore difficile d’émettre un jugement : « ça a l’air cohérent mais on ne sait pas si cela marche vraiment

 

« Un lieu intègre la mémoire des événements et la ressort n’importe quand de façon intempestive. Pour celui qui est sensible cela peut devenir invivable »

 

Malgré tout, il arrive que sur certains sites, Philippe Andréoli reste démuni : «je ne suis pas le bon dieu et n’ai pas envie de le devenir ! (rires) Il y a des choses qui nous dépassent encore.» Il évoque notamment cette maison dans le sud, où les propriétaires lui avaient confié ressentir -outre un malaise général- de soudaines variations de températures et quelques apparitions surprenantes : « c’était un homme habillé en blanc type garçon de café. » Le géobiologue avoue lui –même avoir eu l’impression d’être dans un café la première fois qu’il est entré dans la maison, avant même que les propriétaires ne se confie à lui. Après enquête, les archives ont révélé que la maison était un ancien café… « Je ne suis pas médium mais en tant que géobiologue outre la partie très rationnelle qui nous permet de confirmer nos sentiments grâces à des outils de mesures, une partie de notre travail est basée sur l’émotionnel, la sensibilité. » Une vertu qu’il dit travailler au quotidien et qui «se développe avec l’expérience. » Loin de se revendiquer médium, il explique : « notre travail consiste à comprendre le parcours d’un lieu, et à voir si dans son histoire, les gens l’ont respecté ou non, s’ils ont commis des actes visant à compromettre sa sérénité. Impossible pour moi de dissocier le ressenti de la démarche scientifique, qui est là pour appuyer mes impressions. Comme le jour où en arrivant sur un chantier (il est lui-même maître d’œuvre) j’ai vu ce pendu au bout d’une corde derrière mon client. » L’endroit se révéla être une ancienne abbaye, où le père abbé aurait été pendu par les protestants. Les tombes de tous les moines avaient été retrouvées sauf la sienne : « je garde évidemment certains ressentis pour moi, même lorsque c’est troublant, un lieu intègre la mémoire des événements et la ressort n’importe quand de façon intempestive. Pour celui qui est sensible, cela peut devenir invivable. » S’il défend une autre forme de géobiologie et explique que sa manière de travailler n’est pas basée sur ces phénomènes, il déclare « qu’il faut savoir reconnaître qu’une collaboration avec d’autres est nécessaire sinon judicieuse… » Et nous apprend que son répertoire téléphonique comprend « plusieurs numéros » pour les cas où le mal-être de ses clients dépasse ses compétences.

 

« J’étais possédé »

 

Marie, Julie et Sébastien ont tous les trois acceptés de témoigner sur un sujet souvent controversé. Sébastien a d’ailleurs encore du mal à prononcer le mot mais il finit par le dire tant il est reconnaissant : « j’étais possédé, c’est la raison pour laquelle je suis allée consulter Pierre Dulong. » Réputé dans le sud-ouest, ce guérisseur exorciste, qui exerce à Ligardes (32), village dont il est aussi maire, reçoit des personnes qui viennent le voir pour de simples douleurs ou des problèmes qui relèvent de l’envoûtement ou de la possession. « On m’appelle de plus en plus, la société va mal. » Il explique que les gens viennent du monde entier pour ses prières. Si sa notoriété dépasse les frontières, c’est aussi parce qu’il est l’un des seuls à accepter d’être médiatisé. Ancien agriculteur, prenant conscience de son don, il s’est fait ordonner prêtre de l’église galicanne pour pouvoir soigner. De son cabinet, ce sont des hurlements, râles et autres cris gutturaux que l’on peut entendre. Revêtu de son aube, il répète des prières au plus vite s’adressant à une personne allongée sur un lit et maintenue par plusieurs autres. Elle se débat de toutes ses forces contre les quatre personnes qui la maintiennent. C’est ce que nous racontent nos témoins encore bouleversés. Julie est venue en séance chaque semaine pendant deux ans : « je suis devenue agressive d’un coup. Mes proches me le reprochaient, je me réveillais sans cesse la nuit avec une sensation de présence. » Elle ajoute hésitante que ses paupières fermées, c’est une autre paire d’yeux qu’elle voyait à l’intérieur d’elle-même. « A la fin je me sentais vraiment mal, lors de la dernière séance, mon visage s’est déformé, formant une pointe au front et comme un bec de lièvre. Lorsque Pierre Dulong a posé son crucifix sur moi, j’ai éructé trois grosses boules de la taille d’une clémentine, de couleur rougeâtre. » D’un coup, c’est la libération. Sébastien se défend d’appartenir à ce genre de croyance et annonce la couleur dès le début : « lorsque mon père a voulu m’amener voir un exorciste, j’ai refusé disant que c’était des conneries tout ça. » Pourtant lui qui a subitement du mal à manger et se retrouve à peser 45 kg pour 1m80, a été contraint d’arrêter son activité professionnelle. « J’avais aussi des crises d’étouffement : j’ai passé un an d’hôpital en hôpital et la médecine n’a jamais rien pu expliquer. » Il finit par se laisser convaincre : « ça a duré un an, c’est sûr que parfois on se demande si on ne se fait pas escroquer, car c’est quand même 45 euros la séance, mais aujourd’hui je lui dois ma santé. » Lors de la dernière séance, qui est d’une « violence inouïe », il sent qu’il se passe quelque chose. « La nuit suivante, je me suis vu mourir, j’ai cru que c’était la fin. » Le lendemain, c’en était fini. Sébastien a aujourd’hui retrouvé un poids et une activité normaux. Les témoignages sont pléthoriques, et se ressemblent beaucoup, à chaque fois le démon sort physiquement du corps par un orifice naturel. Cris, jurons, utilisation rapide de langues mortes inconnues des personnes concernées, etc. « L’exorcisme ne s’ébruite pas, cela fait trop peur aux gens », explique Pierre Dulong qui explique avoir un don : « cela peut durer longtemps, en général le démon ne veut pas lâcher prise, c’est un combat. » Question de croyance et de vécu, Yves Lignon dit de l’exorcisme qu’il est « avant tout et seulement une cérémonie religieuse catholique. Son sens et sa pratique sont souvent détournés par des charlatans. » Il préconise prudence et modération dans l’utilisation de ces procédés.



UN COMMENTAIRE SUR Esprit, es-tu là ?

  1. JOLIMOY dit :

    Je suis catholique est je sais que dans chaque diocèse il y a un prêtre exorciste. Je n’ai jamais assisté à des séances d’exorcisme, mais il paraît que cela est très dur et très éprouvant tant pour l’exorciste que pour l’exorcisé, mais après ce dernier et dans une espèce de béatitude.
    Je crois qu’il y a des esprits tordus qui sont capables d’envoyer des “mauvais sorts” a des personnes à qui ils veulent du mal. Prier est déjà un rempart contre cela.

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