Epiceries de nuit ; Toulouse, deux poids, deux mesures

Depuis de nombreuses années, les épiceries de nuit toulousaines sont dans le collimateur des politiques. Jacques Gony est le gérant de quatre de ces établissements dans le centre de la ville dont deux sont sous le coup de fermetures administratives. Il livre son expérience alors que le maire de Toulouse, Pierre Cohen, a annoncé avoir pris deux arrêtés municipaux lors du dernier conseil municipal du 24 juin afin d’encadrer la consommation et la vente d’alcool à emporter.

 
Entre les politiques et les épiceries de nuit, le «Je t’aime moi non plus» a, semble-t-il, toujours mené la danse à Toulouse. Jacques Gony ne cesse d’en faire l’expérience ; lui qui possède quatre établissements de ce type dans la ville. «Quand j’ai installé mes magasins, j’ai décidé de ne pas le faire justement dans l’hyper-centre. Par exemple, il y a vingt ans, j’ai refusé de prendre un local Place des Puis-clos à proximité d’une discothèque parce que j’ai pensé que tôt ou tard, cela amènerait le type de problèmes qui sont pointés du doigt aujourd’hui». Depuis de nombreuses années en effet, le tapage nocturne empoisonne de plus en plus la vie des riverains qui sollicitent des mesures de la part des municipalités successives, notamment en direction des épiceries de nuit accusées de tous les maux. Sans toutefois de résultats probants. Jacques Gony évoque une situation “ubuesque” : «Quand elle était au Capitole, la droite nous disait qu’el-le était opposée à notre activité pour satisfaire son électorat mais elle n’a jamais entamé de démar-che à notre encontre. Et depuis 2008, il ne se passe rien non plus…»

Des brebis galeuses

Pourtant, lors du dernier conseil municipal du 24 juin, le maire de Toulouse Pierre Cohen a annoncé avoir pris deux arrêtés municipaux, le premier prévoyant d’interdire la consommation d’alcool sur l’espa-ce public dans tout l’hyper-centre. Jacques Gony qui est aussi le représentant régional de la Fédération Nationale de l’Epicerie, des Cavistes et des Fruitiers de luxe (FNDE), approuve d’ailleurs cette initiative : «Si des nuisances, liées ou pas d’ailleurs, aux épiceries de nuit ou d’autres commerces, sont constatées, c’est le rôle du législateur d’agir pour que celles-ci cessent ou tout au moins soient diminuées.» D’autant qu’il considère, «comme dans toutes autres professions», qu’il y a des brebis galeu-ses. En 2003, il a ainsi voulu aller plus loin en créant une association dont l’objectif était de regrouper les commerçants de la nuit. «On s’est heurté rapidement à un problème entre ceux qui ont une éthique, et d’autres qui vont profiter de l’aubaine en montant vite fait bien fait un petit commerce.»
De même, le deuxième de ces arrêtés annonce la fermeture de tous les établissements de vente à emporter, à 2 heures du matin en semaine et à 3 heures dans la nuit du samedi au dimanche. Jacques Gony est surpris, sans l’être. Il tient à dire qu’il applique pour sa part cette règlementation depuis plus de vingt ans en ouvrant le soir à 19h, jusqu’à deux heures du matin, «qu’il y ait ou pas des clients». Mais il ajoute encore une fois que «d’autres ne travaillent pas comme ça… S’ils ont du monde, ils vont fermer plus tard que d’habitude, sans parler du phénomène des sandwicheries, croissanteries et kebabs qui eux aussi débitent de l’alcool et ne ferment pas du tout.»

 

Une mesure qui n’est pas nouvelle

Alors pour lui, cette mesure municipale n’est pas nouvelle : «Cela montre que la mairie a lu le projet de charte d’engagement qualité que nous (la FNDE, ndlr) lui avons confié il y a trois ans. C’est une des propositions que nous avions faites et dont une première version avait été présentée à Jean-Luc Moudenc (ancien maire de Toulouse, ndlr). A partir du moment où les bars peuvent vendre de l’alcool jusqu’à  une certaine heure mais pas au-delà, il est normal que ce soit la même chose pour nous.» Quant à la charte de la Vie nocturne que propose aujourd’hui le maire de Toulouse et qui vise à «développer des actions de santé publique et de prévention des addictions et encourager les bonnes pratiques chez les professionnels», Jacques Gony assure n’avoir pas (encore ?) été contacté à ce sujet. «A Lille, Martine Aubry a pris le problème à bras-le-corps et les choses se sont faites relativement vite, alors qu’ici ça n’avance pas.»
Mais un autre combat attend ce gérant, sous le coup, avec ses treize salariés, d’une septième et huitième fermetures administratives concernant deux de ses magasins, pour avoir vendu de l’alcool après 22h. «Bien sûr, nous ne respectons pas cette interdiction» explique Jacques Gony, «sinon, nous ne serions plus là. Nous vendons de l’alcool quand nous sommes ouverts.» Au cours de l’été 2010, une pétition a circulé en soutien à ces épiceries de nuit, en faveur de la de- mande de libéralisation de la vente d’alcool. 22 300 signatures ont été recueillies. «A part nous, trois autres sociétés ont également subi une ou deux fermetures. C’est tout» s’interroge Jacques Gony qui ajoute : «Il y a 70 épiceries de nuit à Toulouse…» Les deux arrêtés municipaux entreront en vigueur le 15 août prochain.



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