Enseignement catholique ; Fin de la récré !

Retrait d’emplois, fermetures de classes, l’enseignement catholique dénonce une situation «intenable» pour la rentrée 2011 et lance un appel d’urgence aux pouvoirs publics pour 2012/2013.

 
Il fait d’ordinaire peu entendre sa voix. Mais depuis plusieurs mois, l’enseignement catholique a décidé de changer de ton. Tout en donnant crédit aux décisions gouvernementales en matière d’emplois publics, ses représentants ont expressément convié la presse ce mardi, pour décrire une situation devenue «intenable», voire «tendue» : «Nous sommes conscients des contraintes économiques, budgétaires qui pèsent sur l’Etat. Il a décidé de faire de la réduction de l’emploi public une priorité, en posant comme principe le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Nous l’acceptons pour l’Education nationale y compris pour l’enseignement catholique» assure Eric de Labarre, secrétaire général de l’enseignement catholique. Mais aujourd’hui trop c’est trop et «le redéploiement d’enseignants (1 400 emplois depuis 2007) a atteint ses limites» surenchérit Hervé Bonamy, directeur interdiocésain de Toulouse et Pamiers et Secrétaire général du Comité Académique de l’Enseignement Catholique Midi-Pyrénées (CAEC).
Actuellement, 14.29 % des élèves de l’académie de Toulouse sont scolarisés dans les établissements catholiques. Or ce sont 53 emplois que le privé dans notre région va devoir «rendre» pour la rentrée 2011/2012 (1 533 au niveau national) et «autant de clas-ses en moins dans le premier degré» indique Abel Barthelemy, directeur diocésain de Cahors et Rodez-Vabres. Autres conséquences locales de ces restrictions : des “non ouvertures” comme le CAP hôtellerie restauration à Montauban, l’incapacité à développer les filières STI et STL ou une fermeture, celle du lycée professionnel Montalembert à Toulouse.
Alors qu’au contraire, les besoins sont importants : «Il nous faudrait 112 emplois sur l’ensemble du territoire dont 5 dans l’académie de Toulouse» précise Eric de Labarre.
D’autant que l’enseignement catholique fait chaque année et de plus en plus, le plein : depuis 2005, ses effectifs ont augmenté selon ses porte-parole de 25 000 élèves et le nombre d’inscriptions non satisfaites annuellement en raison du déficit de capacité d’accueil, se situerait lui entre 30 et 40 000. «Sur le Grand Toulouse, nous refusons entre 2 et 3 000 élèves par an», ajoute Hervé Bonamy.

 

Urgence pour 2012/2013

D’ici deux ans, l’enseignement catholique pronostique qu’il aura ainsi rendu entre 5 et 7 000 emplois. Ce qui provoquerait encore une fois la fermeture sur l’ensemble du territoire, de 1 000 écoles, d’une centaine de collèges et presque autant de lycées. «On va créer de véritables déserts éducatifs» dénonce Eric de Labarre. «C’est inconcevable et contraire au principe de libre choix des familles.» Parce qu’il considère qu’il y a urgence et des «économies à faire», l’enseignement catholique veut amener sur la table des négociations pour la rentrée 2012/2013, des propositions alternatives comme la réduction du volume horaire d’enseignement, «l’un des plus élevés d’Europe» souligne Eric de Labarre, la réduction du nombre d’options dans le second degré «très consommatrices d’heures d’enseignement pour des effectifs très réduits», ou encore le développement de l’enseignement à distance.
Ne cherchant pas à «tailler des croupières à l’enseignement public», il espère trouver un écho rapide et favorable au cœur de cette pré-campagne présidentielle. Sinon, il n’exclut pas de descendre dans la rue, vingt-sept ans après la fameuse manifestation parisienne dont l’objectif était déjà la défense l’école libre. De leur côté, les parents d’élèves évoquent un véritable «ras-le-bol» et se disent «solidaires» de la mobilisation. «Cette semaine, les responsables des pays de Loire, de Bretagne et du Nord, les trois bastions de l’enseignement catholique français les plus traditionnels, se rencontrent pour préparer cette rentrée 2012», conclut Eric de Labarre, qui prévient : «Une cote d’alerte est atteinte et nos partenaires feraient bien de nous entendre avant qu’il ne soit trop tard.»

Claire Manaud


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