Enjeux environnementaux; Regards croisés sur le monde

Un Inuit, un Berbère et un Amérindien à Toulouse ? Les guides des trois expéditions de Stéphane Lévin, dans le cadre des Voyageurs des Sciences, étaient en visite dans la Ville rose pour retrouver les jeunes aventuriers et évoquer leur quotidien dans la lutte contre les catastrophes naturelles. Une bien belle leçon d’humilité pour les citadins toulousains.
 


Stevie, l’Inuit du Nunavut.
Cet autochtone de la banquise perçoit au quotidien les impacts du réchauffement climatique et donc de la fonte des glaces, véritable danger pour les populations et la biodiversité : «Durant les dix dernières années, nous avons constaté une augmentation évidente de la disparition des neiges sur les terres et les crêtes montagneuses. Avant, du début de l’hiver au début de l’été, nous voyagions de nuit avec les traineaux et les chiens. Désormais, ce n’est plus possible. Il y a un vrai décalage sur la prise de la banquise qui se fait de plus en plus tard. L’année dernière, pas moins de 37 000 km2 de banquise ont disparu pour laisser place parfois à du slushy, cet espèce de neige ramollie, comme de la soupe.» Cette fonte des glaces a des conséquences sur le paysage mais aussi sur le mode de vie des Inuits : «C’est une véritable catastrophe naturelle car des millions d’hectares de forêts s’affaissent. Le littoral qui était à l’origine congelé est attaqué par les vagues et nous devons sans cesse reconstruire les villages en pénétrant plus loin dans les terres mais le territoire s’amenuise. Nos maisons construites sur pilotis, et donc sur sol dur, sont aujourd’hui obsolètes.» La faune est elle aussi menacée et en mutation : «Nous sommes envahis par les mouches et les moustiques car les modifications dans la colonisation des espèces se font également en latitude. Les zones de pêche ne sont plus les mêmes et les chiens de traineaux souffrent des modifications des sols. Ils ont le dessous des pattes très abîmés.» Des sols désormais atteints par la pollution alors qu’aucune industrialisation ne pointe à l’horizon. En effet, les jeunes Voyageurs des Glaces ont prélevé une grande quantité anormale de nitrate dans la banquise. Un constat inquiétant.

 

Enor, Amérindien d’Amazonie. Les actions non responsables des hommes évoquées par Mohamed le Berbère ont également de grosses conséquences sur la forêt guyanaise. Ainsi, Enor, Amérindien vivant en osmose avec son environnement, constate tous les jours les dangers qui guettent sa forêt, véritable poumon pour notre planète : «La faune et la flore tendent à disparaître à cause du braconnage. D’ici dix ou vingt ans, il n’y aura plus d’animaux. En ce qui concerne les arbres, nous sommes inquiets car si des ouragans arrivent jusqu’en Guyane, tout sera arraché. Les arbres ont des racines très peu profondes.» Mais les Amérindiens s’adaptent et vivent en harmonie avec la nature. Si les hommes continuent à déforester, toute une population perdra ses repères : «Nous savons survivre en forêt, chasser, reconnaître les plantes comestibles car beaucoup sont toxiques ou hallucinogènes. On fabrique des sacs en feuilles de palmier et des échafaudages de lianes qui peuvent tenir durant des siècles.» Autant dire que les technologies modernes sont des moyens obsolètes pour ces autochtones. Malgré tout, les jeunes Voyageurs des Fleuves ont expérimenté de nouvelles techniques de cartographie afin de mieux cerner la topographie de certains lieux, difficilement accessibles par les satellites : «Il est très important de se pencher sur ces zones de la planète difficiles d’accès. Si ce système de cartographie avait été étendu à certains pays, les secours auraient été beaucoup mieux guidés lors des tsunamis ou des tremblements de terre observés ces dernières années», explique Stéphane Lévin.

 

Mohamed, le Berbère du Sahara. Au Maroc, sur 15 sécheresses historiques depuis 1980, les 8 plus sévères ont eu lieu entre 1998 et 2007. Autant dire que le réchauffement climatique s’accélère et que les zones arides s’étendent. Mohamed, visage buriné des hommes du désert mais toujours le sourire aux lèvres, vit ces phénomènes comme une véritable catastrophe : «La désertification avance considérablement, entraînant des sécheresses. La seule solution pour arrêter le sable est de cultiver les terres mais nous manquons d’eau et de moyens pour le faire. Il ne nous reste plus qu’à prier Dieu tous les jours pour que la pluie tombe !» Aucun moyen donc de se sédentariser. Les populations sont fatalement toutes nomades : «Les gens vivent en suivant les orages car les villages sont constamment victimes d’ensablement. Chez nous, vous n’avez pas besoin d’escaliers pour monter sur la terrasse des habitations. Vous n’avez qu’à escalader une dune de sable !» Le Berbère ne se départit jamais de sa bonne humeur, alternative indispensable peut-être pour relativiser une situation qui devient alarmante : «On retrouve dans le désert les vestiges de plantations qui ne datent que de 20 ans. La végétation ne survit pas car les arbres doivent posséder des racines qui atteignent les nappes phréatiques. En un an, un million de palmiers a disparu dans une seule vallée. Les animaux aussi commencent à disparaître. Avant, on pouvait apercevoir des gazelles, des mouflons ou des chacals. Aujourd’hui, ils ne peuvent pas survivre et une seule espèce d’oiseau parvient à s’adapter dans le désert.» Cette désertification n’est pas seulement due au réchauffement climatique mais le résultat de la main de l’homme : «L’avancée des déserts est un problème qui touche le Maroc mais aussi l’Algérie, la Mauritanie… Il est également le fruit de la déforestation.»

Sophie Orus.


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