En prise avec elle

Ces dernières semaines, j’ai pris conscience de l’importance du rôle de “la prise” sur chacun d’entre nous. Il en est ainsi pour la prise de possession de ce merveilleux temps de vacances qui, pour nombre d’entre nous, débute au moment de la prise de la Bastille pour se terminer au moment même de l’Assomption, lorsque la Vierge prend son envol pour l’au-delà. Dans ce laps de temps, devront être mis en exergue et donc pris en compte tous les grands moments de bonheur. Attendus durant l’année écoulée, imaginés et cajolés pendant le dur labeur, ces instants pris au vol, permettent – enfin – de réparer la prise électrique du salon. Certains – je suis membre du club – ne comprennent rien au système, confondent  prise de terre et prise de masse, et jurent mais un peu tard qu’on ne les prendra plus à ce jeu-là. Ils ne mettront plus les mains dans les prises de courant ou dans les prises d’eau. Dans ce dernier cas, je vise ceux qui récemment, en réparant chez eux, une conduite d’eau près de chez moi, m’ont montré qu’ils avaient les moyens de faire jaillir d’un seul coup, un geyser, haut comme le jet du lac Léman. Il y a aussi ceux qui, lors de ces instants de joies estivales, se sentent pousser des ailes de bâtisseurs pour rapidement constater que le ciment ou le plâtre prennent plus vite que les œufs battus en neige. Leur seul recours consiste à prendre leur mal en patience dans l’attente du pro qui se gaussera par une belle prise de rire entre collègues. Oui, c’est vrai. Quoi qu’il en soit, ces vacanciers bidouilleurs ont fait – ou essayé de faire – ce qu’ils croyaient bon de faire…

 
Epris de culture

Bien sûr, les plus malins, durant cet intervalle de loisirs prennent leur pied, ailleurs que dans l’arrière boutique de Monsieur Bricolo. Ils prennent de “vraies vacances”, béatement. Cela étant, ces gens-là, que d’aucuns traiteront d’égoïstes forcenés puisqu’ils restent insensibles tant aux conseils et considérations des voisins qu’aux demandes incessantes de leur compagne ou de leur maman chérie, ne doivent pas être décomptés dans l’énumération : ils sont dénués de tout sentiment. Ils ne présentent aucune aspérité. Ils sont sans point d’appui. Ce sont de pauvres êtres sans prise. On ne peut pas les prendre et ils ne prennent rien, sauf le soleil. Les jaloux les prennent à partie alors qu’ils sont plus à plaindre qu’à blâmer puisque dans l’oisiveté ils ne manqueront pas de prendre du poids. A cause justement de ce surcroît d’embonpoint, les envieux persistent à dire qu’il s’agit de piètres citoyens puisque cette prise de poids les mènera vers une prise en charge par la Sécurité Sociale, qui se verra contrainte de rembourser leur prise de sang sans préjudice de toutes leurs de prises de tête qui tiennent au fait qu’ils ont pris du ventre. Oui, c’est vrai, mais je dirai pour les dédouaner qu’ils auront, au moins, pris du bon temps…
Il y a aussi ceux qui durant leurs vacances, prennent du champ ou parfois du gîte s’ils prennent la mer. Ils sont en prise directe avec le monde entier. Ce sont les champions de la prise de vue. Ils se déplacent à reculons devant tous les monuments pour avoir dans l’œil la bonne prise. Ils pourront la montrer à leurs copains en revenant d’un périple périlleux accompli avec un guide armé d’un parapluie qui lui donne l’autorité de pourfendre la foule prise en tenaille devant un guichet d’entrée pris d’assaut par d’autres hordes avides de prendre connaissance du sujet. Oui, c’est vrai, mais ces épris de culture auront pris l’essentiel de ce qu’ils attendaient de prendre…

Prises de bec

Incontestablement nous vivons quotidiennement – et peut-être plus pendant l’été que le reste de l’année – au contact de cette “prise” qui nous colle à la peau comme disent les pêcheurs. (Autant ceux des étangs que ceux ainsi qualifiés devant l’Eternel). A noter que ces derniers évoquent une “belle prise” lorsqu’ils sont en contact avec la chose prise. Quant aux adeptes de la mode qui consiste à “prendre une prise de tabac”, ils pourront dire, eux, que la prise est tellement forte qu’elle colle aux dents. Certains signalent que ce nouvel usage est aux prises avec des interdits. Je n’en sais rien mais je crois me souvenir que “priser” était déjà une habitude des temps passés. Je vous dis cela parce que j’ai déjà pris de la bouteille…
Nous sommes pris en otage par cette fameuse “prise” qui parfois nous conduit à une prise de parole ou à une prise en mains de notre destinée, laquelle prend même des chemins détournés lorsque nous sommes épris par celle qui nous prend dans ses bras pour notre plus grand bonheur. C’est le grand jeu qui prend l’amour au hasard des prises de la vie. Lorsque tout va bien, on appelle cela être en prise avec elle. Parfois, c’est vrai, elle peut aussi nous prendre en grippe. (Cette dernière est partout aujourd’hui alors même qu’elle ne se prend pas. Elle s’attrape ou au mieux, elle se donne).
Qu’on se le dise, pour éviter la situation extrême, celle qui vous contraint à la prise de nerfs, il est indispensable de prendre position et, en vertu du principe de précaution, il convient d’installer des prises d’air qui éviteront les prises de bec.

Gérard Gorrias


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.