Elisabeth Husson-Barnier à nouveau exclue du MoDem

De drôles de vœux dont elle se serait bien passé. Elisabeth Husson-Barnier, ex-figure de proue du MoDem 31 vient, sous la forme d’un nouvel avis de suspension, d’être exclue de son mouvement pour deux ans. Explications.

 
Elisabeth Husson, vous avez été une première fois exclue du MoDem suite aux municipales de 2008. En juin dernier, François Bayrou vous “réintègre” et aujourd’hui, vous êtes à nouveau suspendue du mouvement pour deux ans. Votre réaction face à ces nombreux revirements de situation vous concernant ?
Le plus surprenant est que ces revirements interviennent sans qu’aucun élément nouveau ne soit apparu dans la situation ou dans mon attitude et que cette décision concerne un passé un peu lointain. Le deux poids – deux mesures est par ailleurs surprenant. Nous étions un certain nombre à ne pas nous engager sur la liste MoDem derrière le candidat de François Bayrou et je suis la seule aujourd’hui lourdement sanctionnée. Je n’ai aucune explication ou justification quant à cette discrimination me concernant.

Avez-vous essayé de le joindre pour lui demander des explications ?
J’ai immédiatement exprimé à François Bayrou ma surprise devant cette décision sans doute un peu disproportionnée et décalée par rapport à ce que nous vivons (crise, tempête, grandes inquiétudes pour l’avenir). Je lui ai appris la nouvelle qui l’a étonné, et je suis de mon côté surprise qu’une sanction disciplinaire de cet ordre qui engage son nom et sa responsabilité puisse être prise sans qu’il l’ait personnellement validée et sans qu’il en ait été informé.

De quelle manière vous a-t-on exclue du MoDem ?
Par lettre recommandée avec AR. La preuve nous est donnée que le dialogue et la concertation ne caractérisent pas le mouvement “démocrate”. De la même façon, point de discussion avant et après les municipales par exemple où les décisions sont tombées depuis Paris, par voie de presse et non par le canal interne généralement privilégié par respect pour les fédérations. Les militants n’ont eu qu’à se conformer aux instructions.

Nouvelles élections départementales

Quels sont les motifs que l’on vous a donnés pour votre exclusion ?

Ma présence sur une liste opposée au choix politique du Mouvement Démocrate lors des élections municipales à Toulouse. Sauf que ce choix ne s’est pas fait dans les conditions prévues par les statuts du MoDem, c’est-à-dire selon le vote des militants après débat sur la stratégie et sur les candidatures. Comment peut-on sanctionner quelqu’un quand soi-même on ne respecte pas la règle ? L’exemplarité doit venir du sommet.

Quels sont selon vous les véritables motifs ? Le soutien à Jean-Luc Moudenc aux dernières municipales ? Le MoDem vous craindrait-il et pour quelles raisons ?
Un soutien des plus vigoureux a été apporté à Jean-Luc Moudenc par le candidat MoDem et ceux de ses colistiers qui ont rejoint sa liste au second tour après que je me suis moi-même engagée derrière le maire sortant dès le premier tour. Je ne crois pas que cela puisse être le motif. En revanche, une certaine crainte pourrait expliquer l’acharnement dont je suis victime. La fédération vient d’être mise sous tutelle des autorités nationales, la direction collégiale est dissoute et de nouvelles élections départementales vont être organisées. La nostalgie du temps où nous étions aux affaires avec mon équipe s’est exprimée ces derniers temps et j’ai été sollicitée pour reprendre du service et proposer à nouveau une contribution qui avait semble-t-il produit des résultats appréciés. Ma candidature pouvait contrarier les intérêts de ceux qui multiplient les efforts pour tenter de m’éliminer depuis plus d’un an. Ils savent que je ne m’inscris pas dans certaines pratiques ni dans les phénomènes de cour que nous dénonçons d’ailleurs au MoDem. Si j’entretenais de très bonnes relations avec le président national, je n’ai pour autant jamais sollicité son adoubement et j’ai toujours agi avec la légitimité que le soutien de nos militants me conférait. D’autres s’en remettent systématiquement à François Bayrou et sont dans la perpétuelle recherche de la faveur présidentielle.

 

Des militants qui tremblent

Quelle attitude Rémi Daillet, votre successeur à la tête du MoDem 31, adopte-t-il à votre égard ?

Nous avons des relations très rares mais toujours courtoises. Il était le président départemental lorsque la sanction m’a été signifiée. Je l’en ai informé car je pensais que l’information n’avait peut-être pas été transmise à la fédération et c’était le cas.

Recevez-vous aujourd’hui des soutiens ? Lesquels ?
De nombreux soutiens qui me font très plaisir parmi les militants comme parmi nos électeurs et me font penser par leur nombre et leur contenu que le MoDem dysfonctionne et ne remplit pas l’objectif qu’il s’était fixé : rassembler des personnes de tous horizons pour bâtir avec elles un projet de société humaniste alliant subtilement impératifs sociaux et économiques. Nous étions invités à faire de la politique “autrement” en tournant le dos aux pratiques anciennes et à la compromission. Nous devions être des militants libres et écoutés dans un parti libre et ouvert. Je suis confiante de nature mais si exprimer une position différente et courageuse doit amener une suspension ou une exclusion… Si toutes les idées sont recevables à condition d’être les mêmes que celle du chef… Aujourd’hui, je vois des militants qui tremblent ou qui s’en vont parce que les têtes un peu fortes sont coupées sans autre forme de procès. Le malaise est grand parce que les mesures autoritaires et agressives envers ceux qui se battent sur le terrain sont toujours mal perçues.

A votre connaissance, ce genre d’agissements est-il propre à la Haute-Garonne ?
J’ai cru comprendre qu’il y avait beaucoup de problèmes sur l’ensemble du territoire national. Cela devrait logiquement amener les responsables parisiens du mouvement à s’interroger.
Je suis convaincue que les bannissements pourront difficilement museler l’expression des militants et des responsables. François Bayrou dit souvent en parlant de sa belle région qu’est le Béarn que “dans cette contrée, on ne plie pas” En Haute-Garonne, pays des “mémés qui aiment la castagne”, il n’en est pas autrement. On a des convictions, on les défend, on entend faire respecter les personnes et les idées.

Les vrais centristes sont désemparés

Avez-vous l’intention de vous opposer à cette éviction d’une manière quelconque ?

Il semblerait qu’il y ait un point d’illégalité. C’était déjà le cas la dernière fois et j’avais obtenu gain de cause. Franchement, repartir dans des procédures ne m’attire pas beaucoup. A cinq mois de la prochaine échéance, l’européenne centriste que je suis, préfère livrer son prochain combat sur ce terrain-là. Pour militer convenablement, il est impératif de se sentir bien et la bénévole que j’ai été durant quinze années dans ce parti avait une exigence en contrepartie du temps et de l’énergie qu’elle donnait sans compter : être respectée dans son engagement. J’ai besoin de cohérence pour avancer et je ne sais pas tricher avec mes convictions. Aujourd’hui, au sein du MoDem, comme beaucoup d’autres, je ne retrouve plus ce que j’ai porté et défendu, d’où mon silence des derniers mois. Je ne suis pas la seule : les vrais centristes sont désemparés.

Qu’allez-vous faire demain ? Changer de parti, en créer un nouveau ? Abandonner la politique ?
Continuer bien entendu, sur le même chemin. Moi, je n’ai changé ni de place ni de valeurs. Il n’y a plus de centre véritable dans notre pays et l’urgence est à le reconstituer autour d’un projet politique réaliste et ambitieux. Il y a actuellement des personnalités qui travaillent courageusement à la réunification des centres et de tous les centristes afin de permettre à notre famille de pensée de peser dans le débat national et de rendre nos idées et nos propositions incontournables. Nous nous sommes engagés pour cela et pas pour être à la remorque d’un grand parti ou d’un autre selon les circonstances et le moment. Arrêter la politique ? Je pense que la passionnée que je suis ne le pourrait pas même si elle le décidait et ce n’est pas le cas aujourd’hui. François Bayrou dit que la politique “c’est le combat de sa vie”. C’est aussi le mien, avec mes enfants, car je me suis engagée pour eux et pour l’avenir des nouvelles générations. Vous voyez que je suis encore capable de partager quelque chose avec le président national du MoDem !

Propos recueillis
par Claire Manaud


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