Elisabeth Davy-Bouttier ; Le temps d’une pause dans la course effrénée du temps…

Jusqu’au 25 février, la Galerie G3G accueille les œuvres d’Elisabeth Davy-Bouttier pour un voyage dans ce pays très particulier qu’est l’art naïf. Un monde dans lequel la tristesse et la noirceur n’ont pas de place comme l’explique cette artiste remarquée par la Galerie Pro Arte Kasper.

 
Elisabeth, pouvez-vous nous dire quelques mots de votre parcours ? Pourquoi l’art naïf ? S’est-il imposé à vous comme une évidence ou est-il le fruit d’une longue maturation artistique ?
J’ai travaillé dans la Communication pendant une vingtaine d’années. J’ai commencé à peindre en 1994 parallèlement à mon travail. Ce passe-temps dans un premier temps est devenu très vite un besoin, une passion. A partir de 1998, j’ai décidé de me consacrer exclusivement à la peinture. Le naïf n’a pas été un choix, il s’est très vite imposé à moi comme une évidence : besoin de liberté dans ma création, envie de couleurs, oubli des règles académiques, et surtout formidable exutoire vers un monde où la tristesse et la noirceur n’ont pas de place.

Vous avez été “découverte” par une Galerie suisse. Depuis vous exposez régulièrement en Espagne et aussi au Canada. Votre présence à l’International est très remarquée, dans des pays où le “naïf” est un art très vivant…
Effectivement, c’est Lia kasper de la Galerie Pro Arte Kasper (référence internationale dans le monde de l’art naïf) qui remarque mon travail et me donne ma chance en m’offrant ma première exposition personnelle. Depuis ce jour, je participe à de nombreux salons internationaux et réalise des expositions personnelles en France : Paris, Lourmarin, Albi, Pau, Toulouse, Canet, Antibes, Sarlat, Andrésy, Verneuil, Colmar mais aussi à l’Etranger : Espagne (Madrid et Barcelone), Hollande (Nuennen), Israël (Tel Aviv), Suisse (Morges), Italie (Crevalcore, Levizzano), Canada (Montréal)… En 2006, la Région Midi-Pyrénées m’a demandé de réaliser le visuel pour les 150 ans de la Gare Matabiau et acquis ma toile. Mais je suis aussi présente dans de nombreuses collections privées et Musées en France et à l’Etranger.

Il semble que la peinture naïve soit encore considérée par certains comme un art mineur, pour les enfants … Qu’en pensez-vous ?
Je pense qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre l’art naïf et le dessin enfantin. Le peintre naïf est un adulte avec un vécu et sa propre technicité au contraire de l’enfant. Il est bon de rappeler ainsi que l’a fait Sandrine Ben David du Jérusalem Post sur l’art naïf francophone que le terme “naïf” a été employé pour la première fois à la fin du XIXe siècle, pour qualifier les jungles exotiques aux luxuriantes végétations du Douanier Rousseau et, par la suite, pour décrire les plages, les palmiers et les tahitiennes de Paul Gauguin. La première exposition d’art naïf a été organisée à Paris en 1928 par Wilhem Uhde. Elle réunit les oeuvres de 5 peintres dit “du Coeur Sacré” : Le Douanier Rousseau, Louis Vivin, Séraphine de Senlis, André Bauchant et Camille Bombois. A la même époque, le mouvement naïf a commencé à se développer aux Etats-Unis, en ex-Yougoslavie et à Haïti. Depuis cet art ne cesse de s’étendre à travers le monde. Il n’est aujourd’hui plus considéré comme un genre mineur mais comme un art authentique. Les artistes dits naïfs sont pour la plupart autodidactes et issus de milieux modestes. Leurs tableaux sont des produits de l’instinctif, de l’empirique et du spontané, reflétant leur sensibilité propre. Ils refusent de se conformer à une théorie artistique, et ne se réclament d’aucune influence. Les oeuvres naïves sont marquées par une innocence et une sincérité du regard. Les couleurs éclatantes, l’aplatissement de la perspective et souvent une “maladresse” du trait évoquent, pour certains, le dessin enfantin. Mais l’art naïf, sous sa désinvolture, cache des conventions techniques et optiques très élaborées, une stylisation et une volonté de structuration et d’harmonie visuelle dont l’enfant ne s’embarrasse guère. Certains préjugés ont assimilé longtemps cette école à l’insuffisance technique, créant l’idée que la maladresse est à l’origine du genre. En réalité, le genre s’accommodant de la maladresse et la simplification est aussi un moyen de dépassement pour les artistes qui s’en servent pour imprégner leurs créations d’un pouvoir signifiant.

Propos recueillis par Marie Marcara
Galerie G3G
9 bd des Minimes, 31200 Toulouse
ixceart@orange.fr


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