Durée du travail en France : affaire d’Etat

Un peu d’histoire

En France, au XVIIe siècle, il y avait 164 jours chômés dans l’année. Les corporations imposaient alors des règles qui permettaient de nombreuses périodes durant lesquelles le travail (mot venant du latin tripalium, torture) salarié était proscrit : absence le dimanche et le lundi suivant la paye, nombreuses pauses quotidiennes, travail à temps partiel pendant les récoltes, restriction du travail des enfants, etc.À la fin du XVIIIe siècle (et donc de la Révolution), les employeurs, qui avaient acquis, grâce aux lois “libérales” d’Allarde et le Chapelier (1791), la possibilité de fixer la durée du travail, ont accru les horaires et employé des enfants plus jeunes en supprimant les contraintes imposées par les corporations. La révolution industrielle battait son plein et le temps de travail est l’enjeu de luttes sociales récurrentes en raison d’une libéralisation progressive des règles qui a conduit à accroître considérablement la durée du travail des salariés.Au XIXe siècle, le temps de présence des ouvriers sur leur lieu de travail était de l’ordre de 4 500 heures par an (soit 15 à 16 heures par jour, 6 jours par semaine). Une durée plus importante que celle des agriculteurs des sociétés traditionnelles, estimée entre 1 800 et 2 000 heures.

Diminution du temps de travail

La durée du travail a néanmoins diminué régulièrement tout au long du XIXe siècle, au fil des luttes sociales. La loi de 1841 a limité le travail des enfants de moins de 12 ans dans les industries mécanisées à huit heures. Elle est cependant restée très peu appliquée pendant une longue période. Ce n’est qu’en 1906 que le repos hebdomadaire a été définitivement institué. La journée de 8 heures et la semaine de 48 heures, tempérées par de nombreuses dérogations, se sont imposées en 1919, tandis que les 40 heures hebdomadaires et les deux semaines de congés payés ont été instituées en 1936. Quatrième et cinquième semaines de congés payés sont respectivement imposées, par voie légale, en 1956, 1963 et 1982. Enfin, la durée légale du travail a été fixée à 35 heures dans (presque) toutes les entreprises en 2002. Cette histoire n’est pas franco-française puisque des luttes sur cette question ont eu lieu dans tous les pays industriels (en 1842, Lord Ashley fait interdire le travail des femmes et des enfants de moins de dix ans au fond des mines de Grande-Bretagne. La fête du Travail, célébrée mondialement le 1er mai commémore les morts liés à une grève en 1889 à Chicago pour travailler 8 heures par jour.

Durée du travail : un argument politique…

Dans la mémoire française, la durée du travail occupe une place importante et fait depuis longtemps l’objet de débats politiques. Sans remonter plus loin, en 1936, le Front populaire de Léon Blum institue les 40 heures. Depuis plus d’un siècle, toute l’histoire de l’industrie, c’est la diminution continue du temps de travail associée à l’élévation constante de la production, de même que la diminution continue des prix de revient associée à l’élévation continue des salaires. Cela peut sembler un double paradoxe à première vue. Et cependant, depuis qu’il y a une grande industrie dans le monde, ces deux phénomènes contradictoires en apparence se sont produits simultanément et sont même dépendants l’un de l’autre. En 1981, les premières années Mitterrand fixèrent la durée hebdomadaire du travail à 39 heures. Des conquêtes sociales auxquelles s’ajoutèrent des avancées sur la durée des congés (payés). En France, la durée annuelle du travail est passée de 2 024 heures en 1960 à 1 434 heures en 2005. Le passage aux 35 heures y a accentué le rythme de diminution de la durée du travail par rapport à nos principaux partenaires. Entre 1998 et 2004 la durée annuelle moyenne du travail de l’ensemble des salariés a diminué au rythme annuel de 1 % en France, contre 0,1 % aux États-Unis, 0,2 % en Espagne, 0,4 % au Royaume-Uni et 0,9 % en Allemagne.

 


Matraquage médiatique

A grands coups de matraquage médiatique, la majorité présidentielle nous rebat les oreilles de slogans de type : «La France ne travaille pas assez ! Il n’y a qu’un moyen de relancer la croissance et d’augmenter le pouvoir d’achat : travailler plus ! Par rapport à nos voisins, nous sommes le pays qui travaille le moins, il faut que ça change !». Mais au-delà de la propagande quelle est la réalité des faits ?

Mensonge d’Etat ?

C’est grossièrement faux. Léon Mercadet, journaliste à “La matinale de Canal +”, a rétabli les faits dans sa chronique titrée La France bosse fort ! Pour remettre les choses à leur place, il suffit de consulter les chiffres 2006 d’Eurostat, le très officiel Office statistique des Communautés européennes, qui donne une vision différente de la réalité du terrain. Dans l’ordre croissant en nombre d’heures travaillées par semaine, on trouve d’abord les Pays-Bas puis la Norvège, le Danemark, l’Allemagne, l’Irlande, la Suède, la Belgique, le Royaume-Uni et la Finlande. Vient ensuite la moyenne européenne, à 37,9 heures. Le premier pays à travailler plus que ladite moyenne, de justesse (38h tout rond) est la France. Viennent derrière l’Italie, la Lituanie, le Portugal, l’Espagne, l’Estonie, la Croatie, la Slovénie… Les plus gros travailleurs sont enfin les Bulgares, Lettons, Tchèques et Grecs (42,7 heures). Le tableau ci-dessus concerne la durée hebdomadaire mais on observe la même chose en se basant sur la durée annuelle, qui prend en compte vacances et jours fériés : elle  est en France de 1 545 heures, contre 1 445 en Allemagne, 1 499 au Danemark, les Pays-Bas étant le pays où l’on travaille le moins avec 1 340 heures.

 


Mensonge délibéré pour supprimer les 35 h ?

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, ce sont les pays où l’on travaille le moins qui sont les plus avancés, les plus performants économiquement et socialement. Si on va en bas de classement, on s’aperçoit que les cancres sont ceux dont le PIB par habitant est le plus faible. Tout se passe comme si plus on est un pays moderne, plus on est un pays économiquement performant, moins on travaille ! Allez savoir pourquoi, mais moins l’on travaille et plus le PIB par habitant est élevé, c’est comme ça que ça se passe en Europe. Alors quand les ministres et les porte-paroles du gouvernement nous répètent que nous ne travaillons pas assez, est-ce par ignorance ou est-ce un mensonge délibéré ? En tout cas, c’est de l’idéologie, ce ne sont pas des faits.

Répétez un mensonge et il devient vérité !

Nous sommes dans une société où le contrôle de l’information est devenu un enjeu de pouvoir essentiel. Le but est semble-t-il simple : un mensonge cent fois répété finit par devenir une vérité. Alors dans quel but cette distorsion des faits ? Il y a une réponse évidente: c’est pour supprimer les 35h. Pourquoi supprimer les 35h ? Parce que c’est la durée légale. Ca veut dire quoi ? C’est le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Donc les Français travaillent déjà plus de 35h – on est à 38 – mais si on fait sauter les 35h, on n’a plus besoin de payer entre 35 et 38 au tarif des heures supplémentaires.

 


Avis de démocrate

Le problème est simple : quelle société voulons-nous pour demain ? Des jeunes au chômage jusqu’à 25 ou 30 ans et qui devront travailler jusqu’à 70 ans ou plus, ou bien donner les moyens aux aînés de profiter de quelques années d’un repos mérité avant que l’usure du temps ne fasse son œuvre. Notre société va mal et ce n’est pas la faute aux 35 h, ce n’est pas Mme Aubry qui est responsable du dérapage des prix et du fossé qui se creuse entre ceux qui ont du mal à nourrir leurs enfants en fin de mois et ceux qui croulent sous les stock options. Nous sommes dans un contexte dans lequel une petite minorité, sous couvert de liberté des prix et de libéralisme s’enrichit honteusement au détriment de ceux qui pourtant se lèvent de plus en plus tôt et vivent de moins en moins bien. Notre modèle libéral, comme l’a été celui du communisme nous amène dans le mur. Citoyens réveillez-vous….



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