DSK, comète médiatique

En ces temps de finale (Paris transformée en Ovalie-sur-Seine par la grâce du Stade Toulousain et de Montpellier ; Paris au méridien Federer-Nadal et appelé Roland-Garros sur fond de BNP Paribas et de dizaines d’heures de direct à la télévision) quatre points forts structurent l’actualité (de l’Ascension comme celle à venir) : la comparution lundi 6 juin de DSK, la sécheresse en France, la bactérie tueuse qui tient tête aux chercheurs après avoir éliminé le concombre et la tomate du marché sur la foi de fausses informations, enfin le climat politique en pleine pré-campagne présidentielle.

 
DSK va sûrement plaider non-coupable : à défaut d’acquittement dans six mois à un an lors du procès qui se tiendra, DSK pourrait subir les conséquences de l’égalité en procédure pénale, c’est-à-dire que les gens de statut social élevé doivent purger les mêmes peines que les autres, y compris des peines lourdes de prison. Un certain nombre d’universitaires américains posent dans les colonnes des médias français les bonnes questions : «DSK ou l’ombre du Lynch», «DSK séducteur ou violeur», «comment un winner devient un loser», «l’affaire DSK symptôme de notre temps». L’avocat Daniel Soulez-Larivière n’hésite pas à souligner que le justiciable – DSK – «encourt le danger immédiat réel d’une destruction préventive avant jugement» ajoutant «si DSK devait être acquitté, la réparation des dommages qu’il a subis paraît impossible» ; Hubert Lesaffre ajoutant : «il faut cesser de croire aux ojnis (objet juridique non identifié), la rigueur juridique commande, à ce jour, qu’il n’y ait ni victime ni coupable mais un accusé et une accusatrice. Seule l’issue du procès dira qui des deux était finalement la victime de l’autre». Faut-il ajouter que les conséquences sur la désignation du candidat PS aux Présidentielles consiste désormais à combler ce vide, à tenter de récupérer les “Strauss-Kahniens” et à s’approprier le “Strausskahnisme”.
La France confrontée à la sécheresse, plus terrible encore que celle de 1976 selon Bruno Le Maire (l’usage de l’eau est limité dans 60 départements) qui en appelle à la solidarité européenne plutôt qu’à un nouvel impôt sécheresse, propose d’avoir des retenues d’eau plus conséquentes et de développer des cultures moins consommatrices d’eau. Quant à Nathalie Kosciuscko-Morizet, ministre de l’Ecologie, elle présentera, fin juin, «un plan national d’adaptation aux changements climatiques» comprenant «des mesures structurelles de notre consommation en eau».
Un espoir ; ne pas immédiatement donner raison au philosophe Michel Serres qui écrivait : «L’espèce humaine a perdu son lien avec la terre, avec la planète, ses rythmes, ses limites et ses dangers ; les politiques ne sont pas armés intellectuellement pour affronter la crise climatique». Ne faudrait-il pas en effet, dans la gouvernance contemporaine, penser l’action publique dans le temps long et le catastrophisme éclairé afin d’éviter les impasses de l’immédiateté, donc la réaction dans la précipitation.
Réaction aussi face à la bactérie tueuse : le nombre de personnes touchées s’élève à 1 500 dans toute l’Europe ; on recherche l’identification de la source de la contamination ; une seule certitude : la contamination n’a pu se faire que par les déjections fécales d’animaux. Reste à savoir par quel vecteur (eau, terre, engrais naturel) et à quel moment de leur transport les légumes ont-ils été souillés ? Il se passe quelque chose entre la ferme et la fourchette mais… Les légumes sont cultivés dans un pays, nettoyés dans un autre ; empaquetés dans un troisième… L’enquête revient à chercher une aiguille dans une botte de foin !
Quatrième moment fort de cette actualité : le climat délétère dans lequel baigne de plus en plus la vie politique française : après l’affaire DSK, l’affaire Tron au goût prononcé pour le pied féminin et l’affaire Ferry, ex-ministre et philosophe qui vient propager des accusations de pédophilie contre un ancien membre du gouvernement dont il a tu le nom. Au train où vont les choses, on risque soit une grève des journalistes politiques saturés de médiocrités – mais cela n’est guère envisageable surtout en période de pré-présidentielles – soit un déballage permanent de la vie intime et sexuelle de notre classe politique – avec les conséquences sur l’abstention et le vote FN que l’on connaît au son du fameux «Tous pourris» – soit un “nettoyage des écuries d’Augias” à la sauce twitter ou internet avec la nécessité non de réviser la Constitution mais de changer de régime politique. Le temps du rappel de quelques principes de base est venu face au tsunami des affaires : respect de la vie privée, refus de la rumeur et de la calomnie, présomption d’innocence et non de victime afin que l’homme politique puisse rapidement se défaire de sa nouvelle tunique de Nessus (harceleur et prédateur) incompatible avec les exigences républicaines de notre démocratie.

Stéphane Baumont


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