Dostoïevski : à relire

Au-delà de la victoire enfin obtenue en football par les “bleus” de Laurent Blanc (deux buts de marqués et voilà l’après-Domenech qui s’impose) ; au-delà des aventures souterraines et surmédiatisées – à cause justement du caractère souterrain et de l’enfermement qui en résulte – des mineurs chiliens et du géologue français qui suscitent une émotion publique continue ; au-delà des Prix Nobel (de confirmation de grand talent avec le romancier péruvien Vargas Llosa), un ennemi des idéologies dont les droits de l’homme sont la priorité ; de symbolisme de la liberté pour le Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo condamné en décembre 2009 à onze ans de prison pour avoir fait circuler un texte en faveur de la démocratisation en Chine, la “Charte 08” ; plus que le premier anniversaire de la disparition de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss et des deux expositions Monet qui se font concurrence à Paris ce sont les “haines d’Alsace”, l’Affaire Kerviel (en tout cas son volet condamnation) et le petit jeu hebdomadaire des pronostics pour Matignon sur fond de grèves reconductibles ou pas contre la réforme des retraites qui tissent les points forts d’une actualité qui sera marquée cette semaine par la sixième journée d’action contre les retraites le 12 octobre, de la rencontre Avocats-Garde des Sceaux le 15 octobre mais aussi par le colloque Emmanuel Mounier (disparu il y a soixante ans) sur le thème “Penser notre crise actuelle” avec ce philosophe (le personnalisme peut-il apporter à notre société civile comme à notre société politique ?)

 
Les “Haines d’Alsace” tout d’abord. Ce sont des profanations, des actes de vandalisme, des graffitis à caractère xénophobe, raciste, antisémite ou islamophobe qui secouent Strasbourg depuis des mois. Au point que certains se demandent si nous ne sommes pas en présence de clignotants d’une situation socio-économique tendue, si ce ne sont pas les «premiers plombs qui pètent». Il ne faudrait pas que l’on se retrouve dans le climat des “Têtes rondes et têtes pointues”, une pièce parodique de Brecht sur la montée du nazisme, où un populiste monte une communauté contre une autre en la rendant responsable de tous ses maux ; il ne faudrait pas que le débat sécuritaire débouche sur des radicalités et des manichéismes peu propices à un vrai et fécond débat démocratique ; parce que le temps semble tristement revenu à la question de Raphaël Drai, «La république brûle-t-elle ?»
L’Affaire – ou plutôt le jugement – Kerviel suscite émotion, étonnement, stupeur comme si là aussi la République avait en quelque sorte subi l’influence et la pression du système financier et bancaire (Comment la Société générale, affirme un chroniqueur, peut-elle s’exonérer de ses propres fautes et notamment de ses contrôles inopérants ?) Parce que le mystère reste entier : on n’a toujours pas la moindre idée du pourquoi du comment (Comment avoir pu conduire une telle aventure, prendre de tels risques, avoir une telle créativité et un tel mental, conduire sa propre banque à la possible faillite) ; d’autant plus qu’il est question dans les rapports d’une «personnalité équilibrée». Faut-il dès lors lire et relire “Le joueur” en allant au Casino de Roulettenbourg avec Dostoïevski : «Je me souviens très bien que je fus soudain réellement envahi par une soif de risque démentielle… Peut-être après être passée par tant de sensations, l’âme ne parvient-elle plus à se rassasier… Et je ne mens pas, si les règles du jeu avaient permis de miser cinquante mille florins d’un coup, je les aurais certainement misés. On criait autour de moi que j’étais fou.» Dostoïevski, un auteur à relire !
Nos “premier ministrables” (Borloo, Lagarde, Baroin, Copé, Alliot-Marie et Fillon) sont-ils, eux aussi, envahis par “une soif de risque” de gouvernance au moment où il est de moins en moins question de régime primo-ministériel, de plus en plus de guerre de succession (pour… 2017), de possible pluralité de candidatures à gauche (Royal et Fabius se positionnant de plus en plus dans la bataille des primaires aux côtés de Aubry, DSK, Hollande et Vals), d’interrogations sur le mouvement revendicatif (grèves ou non reconductibles ?), d’attaques ciblées sur TF1, de désir de Serge Dassault d’acquisition du “Parisien” alors même que l’ancienne plume de Jean-Pierre Raffarin s’alarme de la résurgence en France d’une «société d’Ancien Régime».

Stéphane Baumont


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