[Edito] Et toi, c’est quand ton dernier harcèlement ?

harcèlement de rue
®Hélène Ressayres/JT

C’est une histoire que n’importe quelle femme pourrait raconter. La mienne se déroule dans le métro toulousain. J’ai 19 ans. Un homme d’une quarantaine d’années entre dans la rame. Je suis debout contre un des strapontins. L’affluence est forte mais pas au point que les voyageurs soient collés les uns contre les autres.

L’homme se place à côté de moi, contre les portes. La rame se met en route. Puis, au fil des ballotements du métro, je sens un objet se rapprocher de mes jambes. Cela vient de cet homme. Il tient dans la main des documents enroulés et vient de les frotter contre ma cuisse. «Ça doit être involontaire», me dis-je. Puis, nouvelles secousses et ses feuilles remontent un peu plus haut. Je continue de penser qu’il ne fait pas attention. D’autant qu’il regarde dans une autre direction, le visage impassible. Puis vient un troisième contact, cette fois clairement dirigé vers mon entrejambe. Je me tourne de 3/4, tente de pousser son document de la main. Il ne regarde toujours pas. J’entame un monologue intérieur.

-          «Bon, je fais quoi ? Je lui crie dessus ? Je fais un scandale ?»

-          «Attends, s’il ne fait pas exprès, tout le monde va me prendre pour une folle. Ce n’est pas possible d’être aussi pervers. Ça doit être involontaire…»

Revoilà les feuilles cherchant mon entrejambe. Je pousse sa main plus violemment. Je bouillonne intérieurement. Mais aucun son ne sort de ma bouche. Toujours pas de réaction de sa part. Toujours ce regard dans le vide. Arrive ma station. Je sors. Honteuse de n’avoir osé rien dire.

Une histoire comme celle-ci, toutes les utilisatrices des transports en commun en ont une. Comment ont-elles réagi ? Probablement par évitement, par un silence gêné. Ce jour-là dans le métro, j’aurais aimé avoir du courage et des outils pour me défendre.

Heureusement, aujourd’hui, la parole se libère, dans les discussions et sur les réseaux sociaux. Les pouvoirs publics commencent à se saisir de la question. Des associations se créent. Des ateliers permettent d’apprendre à réagir à ces situations. De quoi espérer que la honte change enfin de camp.



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