[Dossier] Smartphone, et si on décrochait ?

©Franck Alix/JT
©Franck Alix/JT

 

DOUDOU –  77% des Français possèdent un smartphone. Pour la première fois, ce chiffre dépasse celui des détenteurs d’ordinateurs portables. Nous le consultons partout, tout le temps. Au travail, dans le bus, au lit ou aux toilettes. Avec une bonne excuse : aucun mode d’emploi ne nous apprend à bien utiliser ce nouveau joujou. Face à ce constat, psychologues, designers, kinésithérapeutes, sociologues, ou avocats ont décidé de passer à l’action et nous aident à couper le cordon.

Ils servent de portefeuille, de ticket de cinéma, de billet d’avion, d’agenda, de réveil, de coach sportif, de carte routière, d’appareil photo… « Aujourd’hui, les smartphones absorbent et dématérialisent une myriade de services que l’on trouvait ailleurs auparavant », analyse Damien Douani, expert en nouveaux médias. Un États-Unien vient même de commercialiser un porte-biberon pour smartphone. L’objet permet d’envoyer des SMS tout en nourrissant son bébé. « Là- bas, ils utilisent l’expression ‘’Smoke your mobile’’ (en français, fume ton téléphone, ndlr) » explique Michael Stora, cofondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines.

« Les smartphones sont conçus pour retenir notre attention »

La France n’est pas en reste. En 2017, un adulte passe environ quatre heures par jour sur son portable, selon l’institut eMarketer. Un chiffre en constante augmentation puisqu’en 2013, il s’élevait à deux heures et 47 minutes. « Les entreprises du secteur ont intérêt à ce que l’on passe du temps dessus. Les smartphones sont conçus pour retenir notre attention », explique Damien Douani. Et pour cela, les stratégies sont nombreuses : le design de l’objet, des applications qui nous envoient des notifications tout au long de la journée… « La couverture haut débit et les forfaits plus abordables jouent aussi leur rôle », ajoute-t-il.

Pour le psychologue Michael Stora, « la pratique la plus courante n’est finalement pas de téléphoner, mais d’aller sur les réseaux sociaux ». Selon lui, le smartphone est une interface vers d’autres pratiques addictives. Ce type d’applications déclencherait chez nous des mécanismes comme ce qu’il nomme le ‘’Narcissisme branding’’ : la recherche de reconnaissance par le fait d’être ‘’liké’’, commenté, retweeté. « Il est prouvé que cela procure la même décharge de dopamine que lorsque nous gagnons à un jeu d’argent », assure-t-il. Mais l’utilisation excessive de notre portable pourrait aussi être un moyen de fuir la réalité, une stratégie d’évitement : « Si dans un couple, en pleine soirée romantique, l’un des deux sort son smartphone, on peut en déduire qu’il est addict. Mais aussi qu’il n’est pas forcément heureux », ajoute Michael Stora.

Le syndrome du “cou SMS”

Selon Damien Douani, les conséquences d’une surutilisation de nos portables peuvent ainsi aller « de l’impolitesse pardonnable à l’isolement social, en passant par l’augmentation du stress et une perte d’attention ». À cela s’ajoutent des symptômes physiques :une récente étude démontre que passer plus de cinq heures par jour sur son smartphone augmenterait le risque de syndrome de canal carpien, c’est-à-dire la compression du nerf médian du poignet. De même, des recherches publiées dans la revue “Surgical Technology International” assurent qu’un usage abusif nuirait à la colonne vertébrale, et destravauxpubliés dans la revue “The Spine Journal”, parlent de “Text Neck” (en français, “le cou SMS”). Les utilisateurs de smartphone, en se positionnant mal lorsqu’ils rédigent un texto, auraient ainsi des douleurs dans la nuque. L’étude qualifie ce syndrome de « possible épidémie de l’ère moderne ».

Pour ne pas en arriver là, inutile d’aller jusqu’à jeter son smartphone à la poubelle. « C’est l’usage disproportionné qu’il faut remettre en question. Nous pourrions, par exemple, apprendre à bien l’utiliser, comme on le fait pour le code de la route », conclut Damien Douani.


 

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