[Dossier] Le bracelet, le prix de la liberté

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Deuxième chance. Alternative à l’incarcération, le bracelet électronique permet au détenu d’évoluer hors des murs de la prison, tout en étant perpétuellement localisable. Une liberté conquise grâce à pour bonne conduite mais qui semble difficile à assumer. Paul raconte son quotidien, son «boulet» à la cheville.

« C’est une grosse balance qui me suit partout ! » lance Paul. Debout dans son salon, il pointe du doigt le boitier gris et noir vissé à sa jambe. Un bracelet électronique dont il ne peut se séparer sous peine de retourner en prison. Mais il reconnaît que sans lui, il serait encore entre quatre murs. Une relation ambivalente entre l’homme et l’objet. Après avoir vécu une période de semi-liberté, Paul a bénéficié d’un aménagement de peine il y a cinq mois : sous réserve qu’il trouve un emploi et un logement, il a pu sortir de prison avec un bracelet électronique. «J’ai décroché un job, via Pôle emploi, aux Restos du cœur des Izards, où je suis aide-cuisinier», explique celui loue un appartement social à l’association L’Oustal qui héberge des personnes sortant de prison ou sous main de justice. Les conditions remplies, Paul peut ainsi entamer son processus de réinsertion. Non sans difficulté. Il a d’abord fallu se réhabituer à la société, réapprendre à interagir en collectivité : «Après 36 ans d’incarcération, on m’a lâché dans la nature sans me préparer à la vie extérieure. Je ne savais pas comment me comporter car, en prison, on a des codes, des façons de parler qui ne correspondent en rien à ceux de la société.» Il découvre les files d’attente, les papiers administratifs… mais aussi la gestion d’un budget et la tenue d’une maison. Il témoigne de son quotidien dans son 40m² à la décoration sommaire, sans télé ni radio: «Je n’avais jamais vécu seul quand je suis arrivé dans mon appartement. Je n’avais que la prison pour repère. Le premier jour, j’ai même attendu que quelqu’un vienne m’ouvrir la porte de l’extérieur pour me permettre de sortir», se rappelle-t-il en souriant.

 « Le bracelet m’a permis d’entrevoir une vie comme tout le monde »

Quand il sort désormais, c’est pour aller travailler et se balader dans Toulouse, ville qu’il ne connaissait pas et qu’il apprécie tous les jours. Mais attention, les horaires durant lesquels il peut s’absenter de chez lui sont strictement limités : de 7h à 19h, du lundi au samedi, et de 10h à 19h les dimanches et jours fériés. Un planning qu’il doit respecter sans condition, et qui reste une source d’angoisse pour lui. Il sait qu’une épée de Damoclès pèse sur sa tête s’il ne rentre pas à l’heure. Et lorsque celle-ci approche, Paul ne lâche plus l’écran de son portable des yeux, plus précisément de l’affichage digital de l’heure, pour être certain de rentrer avant 19h. «Il m’est arrivé de rentrer chez moi en retard et de devoir aller à Tisséo pour qu’il me délivre un justificatif faisant état d’une panne du métro ou d’une grève des bus. Car le bracelet alerte immédiatement au service de probation si je ne suis pas rentré à l’heure. Il m’appelle de suite et je dois expliquer où je suis et pourquoi», explique Paul. Il regrette alors de ne pas avoir le temps d’aller boire un verre en terrasse, après le travail, mais il mesure les avantages de ce bracelet qui lui permet, autant qu’il interdit. «Grâce à ce dispositif, je travaille, je me suis fait des amis, petit à petit, je me construis une vie normale… enfin presque !» Il n’oublie rien et les yeux dans le vague, certains souvenirs s’imposent à lui, mais il veut croire en sa deuxième chance : «Le bracelet m’a permis d’entrevoir une vie comme tout le monde. Je sais maintenant que j’en suis capable. Je veux un emploi durable, un logement, et pourquoi pas une compagne… bref, une renaissance ! Je souhaite vivre ma vie, normalement.» Le 27 avril prochain, il passera en liberté conditionnelle. Une étape qu’il attend avec impatience, après avoir appris que « la liberté, ça se gagne et ça se mérite !»

 

 

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