[Dossier] Et si l’on apprenait à écouter la ville ?

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ATTENTIFS. Bruit ou son ? Tout est question de point de vue. Certains passionnés ont appris à considérer notre environnement sonore comme une richesse et une ressource. Ils se baladent dans les rues et les sentiers pour les enregistrer. Rencontre avec des amoureux des bruits qui captent la rumeur de Toulouse et des Pyrénées.

Par Delphine Tayac

« Tatata dam ». « Alors ça, c’est le son de la gare SNCF de Toulouse », indique Pierre-Alain Pedebernade. Il clique sur une autre piste audio. Un « Vrrrrr… », suivi de tintements métalliques et d’une voix féminine : « Et à votre droite le Capitole…» « Ca, c’est le petit train touristique », précise-t-il. Sur sa grande console installée dans un studio de France Bleu Toulouse, cet ingénieur du son passe en revue la centaine de sonorités qu’il a compilée au fil des années. « Quand j’ai du temps, je prends mon enregistreur et mon micro et je vais me balader pour enregistrer les sons de la ville ». Dans sa bibliothèque sonore, des centaines d’ambiances : les rires et les clapotis de l’eau de la pataugeoire de la piscine Nakache, l’ambiance du marché Saint-Sernin et sa cloche caractéristique. Et même le son du Carnaval de Toulouse enregistré en 3D, un dispositif qui permet d’entendre les sons devant, derrière et sur les côtés, comme si l’on y était.

Ces heures de quête ont aiguisé son oreille. « Chaque ville a son identité sonore. Je dirais que le son de Toulouse est assez villageois. Le centre-ville est relativement calme. Il n’y a pas de hautes façades qui font se réverbérer les bruits, pas de grandes avenues avec de la circulation intense, les eaux du Canal sont calmes. Chaque ville a aussi son allure. Ici, les pas des gens sont plus lents qu’à Paris ». Une identité sonore qu’il cherche à capter pour son travail. « La différence est subtile mais un son qui n’est pas capté ici sonnera faux. Celui de l’ambiance d’un match du Racing n’est pas celle d’un match du Stade Toulousain. Idem entre l’Olympia et la Halle aux Grains ».

Porter un regard différent sur le bruit c’est aussi l’ambition de Patrick Avakian. Cet autodidacte passe des heures à enregistrer son environnement et en particulier les Pyrénées. Son but : créer « une carte postale sonore pour se projeter dans les paysages ». Depuis vingt ans, il part en randonnée avec son enregistreur Nagra et capte toute une palette de bruits. « Le manteau neigeux à la fois poudreux et verglacé », le son de la pluie ou de la neige qui fond… Puis, il mixe ces enregistrements avec quelques notes de musique électronique et les diffuse dans une émission baptisée H1000, notamment sur radio Campus Toulouse, Canal Sud et Radio FMR.

Un travail motivé par sa passion de la montagne mais aussi par une ambition pédagogique. « Ce n’est pas une émission pour méditer, un truc pour bobos », lâche-t-il, « je souhaite plutôt aiguiser la curiosité de ceux qui vivent en ville. Nous sommes dans un flot perpétuel de bruit de fond. Cela déforme notre manière d’entendre ».

Selon lui, il est possible de se laisser transporter par ses oreilles, même à Toulouse. « Le cloître de l’université du Capitole est très intéressant à la pause déjeuner. Il y a un écho naturel. On y entend les voix des étudiants qui se mélangent au chant des étourneaux. J’aime aussi aller sous le Pont Neuf, il y a une vibration particulière entre la réverbération des passages des voitures sur le pont, le flot de la Garonne et le chant des mouettes. Si avec cette émission, je réussis à donner envie aux gens d’aller se promener dans une forêt, ou même un jardin public simplement pour écouter, alors j’aurai au moins gagné quelque chose ».


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