Dormir n’est pas une perte de temps

Nous sommes passés en heure d’été ce week-end. Quel impact ce changement a-t-il sur notre organisme ? Suite à la 11e journée du sommeil qui s’est déroulée dans toute la France le 18 mars dernier, le Docteur Michel Tiberge, spécialisé dans les troubles du sommeil, nous informe sur l’importance d’une nuit complète. Il nous donne les clés pour un repos de qualité et nous alerte sur nos mauvaises habitudes au coucher.

 
Docteur, ce week-end, nous avons changé d’heure, et avons perdu une heure de sommeil. Quel est l’impact sur notre sommeil et notre horloge biologique ?
Une heure n’a aucun impact sur l’horloge biologique. En revanche, cela touche la qualité du sommeil. Les gens vont se coucher plus tard avec les jours qui rallongent. Mais nous allons nous réveiller à la même heure, et donc manquer de sommeil. Celui de la deuxième partie de la nuit, que l’on nomme sommeil paradoxal (de rêve). Très important pour les enfants notamment, il intervient dans tout ce qui est processus de mémorisation, et d’apprentissage. Une privation de sommeil paradoxal n’est pas très bonne pour la récupération psychique de l’organisme.

Notre mode de vie a fait diminuer le temps de sommeil moyen, l’augmentation du temps de transport, l’impact des horaires décalés et du travail de nuit. Que faut-il faire concrètement pour pallier à ces changements et retrouver un sommeil adéquat ?
Nous ne pouvons échapper à ces contraintes quotidiennes ! Votre rythme se crée en fonction de vos heures de travail et de votre typologie : si vous êtes du soir ou du matin. Si vous êtes quelqu’un du soir, quelques soient vos horaires, il vous sera difficile de vous coucher tôt. Il faut se coucher quand on a sommeil. C’est important. Et ne pas s’activer au moment d’aller se coucher.

 

L’électronisation de la chambre à coucher

Pour les enfants et les adolescents, quelles sont les habitudes à prendre et celles à supprimer ?
Il faut éviter les activités électroniques qui stimulent le soir. On parle “d’électronisation” de la chambre à coucher. Cela implique surtout les techniques de communication, les ordinateurs, les téléphones portables. L’enfant ou l’adolescent va monter dans sa chambre à 22h30. Vous croyez qu’il dort mais en fait il va chatter jusqu’à une heure, deux heures du matin. Il faut trouver un compromis entre son besoin d’autonomie et sa physiologie. Le week-end, il faut les laisser dormir pour qu’ils récupèrent. S’ils font la grasse matinée, c’est qu’ils sont en manque de sommeil. Les enfants sont concernés mais les adultes le sont tout autant. Le sommeil n’est pas du temps perdu, il sert à bien récupérer sur les plans physique et psychique. Il faut le ménager.

Quels sont les symptômes qui doivent nous alerter face aux pathologies liées au sommeil ?
D’une part, quand vous avez envie de dormir et que vous ne le souhaitez pas. D’autre part, lorsque vous vous réveillez après une nuit qui, apparemment est suffisante en nombre d’heures de sommeil, et que vous êtes fatigué. Cela prouve que la qualité de votre sommeil est peut-être altérée. Il se passe donc quelque chose et il faut en parler à son médecin. Par contre, il faut bien distinguer somnolence et fatigue. Beaucoup de personnes se disent fatiguées mais elles ne sont pas somnolentes, leur sommeil est suffisant. La fatigue, peut être due à une autre cause médicale. Souvent les personnes ne font pas la différence entre les deux.
 
Les médecins doivent-ils aussi plus sensibiliser leurs patients ?
Je le pense. Le problème, c’est la formation. Peu d’heures sont consacrées à l’enseignement du sommeil dans les études médicales et les formations continues. C’est donc un sujet qui est encore méconnu. On en parle très peu.

Propos recueillis
par Laura Mezergues


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