Dominique Baudis; Retour gagnant ?

Les Elections Européennes présentent pour notre pays et particulièrement pour notre région, des enjeux économiques, culturels et sociaux incontournables. Notre pays, notre région ont un rôle capital à jouer à Bruxelles comme à Strasbourg. Encore faut-il que les Français soient derrière eux et ne se dérobent pas lors des élections de juin prochain avec une participation des plus décevantes. Pour notre région il ne faudra pas se tromper de combat et surtout de ne pas oublier que les capitales de ce grand Sud-ouest que sont Toulouse, Bordeaux et Montpellier vivent au quotidien et quelque soit le domaine abordé, au rythme de l’Europe. L’Europe spatiale, aéronautique, scientifique, agricole et même culturelle ; autant de défis qu’il faudra savoir défendre et bonifier dans les différents parlements.
Alors il n’est pas surprenant qu’à travers ce rendez-vous européen, l’ancien maire de Toulouse Dominique Baudis prépare son grand retour en politique. Un retour dans le Sud-ouest et à la tête de la liste UMP pour un come back qui se veut particulièrement ambitieux. L’avenir nous dira si cela n’est pas le combat de trop.  

  
Dominique Baudis, en 2000, le Président Chirac vous propose de prendre la tête du CSA et vous décidez de vous retirer de la vie politique. Pourquoi ce choix à l’époque ?
Tout d’abord permettez-moi de rectifier l’ordre des événements. J’ai décidé, après 18 ans à la tête de la mairie de Toulouse, de ne pas solliciter un 4ème mandat. Quand j’ai été élu la première fois, à 36 ans, j’étais déjà convaincu que je ne ferai pas plus de trois mandats. Il m’a fallu du temps pour réaliser le métro, éteindre la dette ou diminuer les impôts locaux. J’estimais que j’avais fait mon travail et que je devais être raisonnable. J’ai alors posé ma candidature pour la présidence du CSA car j’étais un ancien journaliste. Mais surtout car je pouvais me prévaloir d’une certaine expérience, pour avoir vécu de l’intérieur les évolutions du monde audiovisuel et notamment à Toulouse avec la création de la première télévision régionale TLT.

Pourquoi revenir en politique aujourd’hui ? C’est Nicolas Sarkozy qui vous a décidé ?

Beaucoup de Toulousains m’ont demandé de m’engager à nouveau dans leur ville et particulièrement à l’occasion de ces élections. Conscients qu’ils sont que l’Europe peut faire beaucoup pour notre région, pour notre grand Sud-ouest. Mais il est vrai que le Président de la République me l’a proposé suite à des sondages d’opinion. Ma candidature lui paraissait utile.

 

Quelque soit le domaine abordé, vous n’avez plus rien à prouver à personne. N’avez-vous pas peur que cette candidature aux élections européennes soit le combat de trop ?
Il s’agit d’un combat pour des idées auxquelles je crois profondément. A l’instar de la Catalogne, nous avons besoin d’une région forte pour exister à travers l’Europe. C’est là que se jouent et se joueront les grands enjeux du XXIème siècle ; comme la régulation pour éviter le cataclysme que nous vivons aujourd’hui. De là seront données les réponses convergentes des pays européens pour endiguer les conséquences de la crise économique que nous vivons. Mais aussi en ce qui concerne aussi bien les questions du dérèglement climatique, que de la paix au Proche-Orient.

Justement, que peut faire l’Europe pour endiguer la crise ?

Il faut des mécanismes de régulation et en parallèle lutter contre les paradis fiscaux et l’opacité dans les échanges qu’ils entraînent. Voyez, en matière de commerce, on se faisait la guerre au XIXème siècle. Aujourd’hui, tout est régulé par l’Organisation Mondiale du Commerce. La preuve que des règles peuvent exister. Or dans la finance, il n’y en a jamais eu aucune et des gens comme un Madoff peuvent intoxiquer le monde entier. Dans tous les cas, la France ne peut seule régler le problème. 

 

TGV Grand Sud-ouest : la priorité

Peut-on avoir deux langages : promouvoir l’Europe et miser sur le protectionnisme en temps de crise ?
Les citoyens attendent une protection de l’Etat et de l’Europe. Le président Sarkozy a réuni les pays de la zone euro pour limiter les dégâts et tout le monde a reconnu qu’il avait présidé l’Union de façon très efficace. Quand l’Etat permet à Renault de franchir les difficultés en lui prêtant de l’argent, je le répète, en prêtant de l’argent, il préserve les emplois en France mais aussi en Slovénie, en Tchéquie ou en Bulgarie. Ces entreprises, à l’image d’EADS, sont sur le marché mondial et font travailler des gens dans l’Europe entière. Nous sommes dans une période extraordinaire et il faut savoir prendre des mesures extraordinaires.

Quelle peut être la solution dans le conflit au Proche-Orient. L’Europe a-t-elle sa carte à jouer ? Jérusalem une capitale mondiale, une ville lumière qui n’appartienne à personne ?
Ce conflit ne finira que lorsque l’on aura deux Etats distincts. Mais l’on ne parvient pas à aboutir à une solution que pourtant tout le monde connaît. Ce conflit dure depuis si longtemps que plus personne n’arrive à se parler. Et là, l’Europe peut jouer un rôle en réunissant autour d’une table tous les interlocuteurs. Rappelez-vous, le 13 juillet dernier, le président Nicolas Sarkozy est parvenu, à Paris, à réunir à la même table les présidents égyptien, syrien, palestinien et israélien. Aujourd’hui, tous les pays de la région s’accordent à dire qu’Israël doit rendre les territoires conquis en 1973. Il faut renouer le dialogue car nous ne sommes pas face à une rupture inéluctable.

 


Revenons à notre région. Quels sont les dossiers à défendre pour le grand Sud-ouest ?

La circonscription Sud-ouest bénéficie d’une vraie cohérence territoriale. Celle du Sud-est, par exemple, va de Saint Etienne à Bonifacio en Corse ! Dans le Sud-ouest, les trois régions (Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Aquitaine, ndlr) ont beaucoup de choses en commun : elles sont frontalières avec l’Espagne, sont concernées par la question du massif des Pyrénées, comme par des éléments de patrimoine comme le Canal du Midi. Il faut par exemple réfléchir à une ligne de TGV Grand Sud-ouest de l’Atlantique à la Méditerranée. C’est l’un des enjeux les plus importants à défendre au niveau européen car il implique une solution à l’engorgement des grandes villes et offre un axe de communication avec l’Espagne.

Quels sont les dossiers à défendre particulièrement pour Toulouse ?
Avant de vous répondre, je préfère attendre que toute l’équipe soit constituée. Elle aura des représentants de chaque territoire et ensemble nous élaborerons un plan d’action capable de favoriser au mieux notre identité de Grand Sud-ouest au sein d’une grande Europe.

 

Faire aimer l’Europe

Justement, avez-vous carte blanche pour constituer votre liste ? Comprendra-t-elle Christine de Veyrac et Alain Lamassoure ? Et dans quelle position ?
Tout sera décidé sur le plan national par une commission d’investiture qui se réunira dans les prochaines semaines. Il est vrai qu’en tant que tête de liste, je vais faire des propositions mais je ne décide rien. La circonscription compte 17 départements et la liste comprendra 20 noms. Elle sera la plus équilibrée possible et particulièrement sur le plan géographique. Je saurai trouver une harmonie pour obtenir un candidat par département susceptible de garder le lien avec la population et de faire remonter les propositions. J’aurai l’opportunité de vous en parler ces prochains jours.

En 1994, aux mêmes élections européennes, vous étiez déjà tête de liste pour le RPR et l’UDF. A l’époque vous aviez fait un très bon score de 25,7 %. Cette année, quel objectif visez-vous ?

Je ne veux pas parier sur les scores. Je souhaite faire suffisamment de voix pour obtenir au moins trois élus au Parlement contre deux actuellement. Je vais travailler en équipe avec les responsables économiques, politiques, sociaux et culturels de la région. Là se trouve la seule vérité…

Comment faire aimer cette Europe à nos concitoyens ?
C’est une question très pertinente car dans les années 50 et 60, il y avait un enthousiasme à construire l’Europe, surtout chez les jeunes. Aujourd’hui, cet engouement s’est effiloché. Tout d’abord parce que l’Europe apparaissait au départ comme protectrice contre nous-mêmes. C’était une assurance de la fin des guerres avec l’Allemagne. D’autre part, l’Union Soviétique constituait une menace militaire contre l’Europe. A partir de la chute du Mur de Berlin, on a le sentiment que les dangers et les périls ont disparu. Aux yeux des gens, l’Europe perd donc de son utilité première. Mais aussi, pourquoi accepter la bureaucratie tatillonne de Bruxelles ? Il y a eu une crise de confiance, entre le citoyen et son représentant au Parlement Européen. Alors qu’au même moment on redécouvre aujourd’hui que le monde est aussi dangereux que dans les années 50 ! La crise financière, résultant d’une loi de la jungle dans le monde de la finance, a provoqué un désastre aux conséquences économiques et sociales lourdes. L’on ne mesure pas encore leur portée. Il faut donc amortir le choc et créer des mécanismes pour prévenir de tels événements. Pour moi, sur des questions si importantes, la réponse ne peut être qu’européenne.

Allez-vous axer votre campagne sur cette pédagogie vis-à-vis des citoyens ?
Absolument. On reproche à l’Europe de ne pas être assez démocratique. Mais si elle est dirigée par des technocrates, c’est que les politiques ont laissé filer et que la population ne s’en est pas suffisamment occupée. Il existe un Parlement européen et on peut donc choisir ses députés, mais encore faut-il participer aux élections. Il faut faire comprendre à nos con-citoyens les en-jeux et leur dire qu’il ne faut pas se tromper de scrutin. Une élection européenne n’est pas un sondage, mais un choix issu d’un débat.

Dans un autre domaine, selon vous, pourquoi la droite a-t-elle perdu Toulouse lors des dernières élections municipales ?
Rien n’est jamais gagné d’avance…

Lundi débute le procès AZF. Qu’en attendez-vous ?
Je vais suivre ce procès de très près car les débats seront très complexes.

Propos recueillis
par André Gallego
et Sophie Orus


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