Dominique Baudis, l’homme de l’euro-Méditerranée

Au lendemain des élections européennes, les chiffres illustrent le succès de la liste conduite par Dominique Baudis dont c’était le grand retour sur la scène politique depuis son départ volontaire (et regretté de son électorat) de la Mairie de Toulouse : 26,79 % en Midi-Pyrénées, 26,73 % en Aquitaine, 27,27 % en Languedoc Roussillon (alors que le PS fait respectivement 18,88 %, 18,10 % et 15,64 %) ; 30,07 % à Toulouse, 33,02 % à Rodez, 27,20 % à Albi, 24,50 % à Montpellier, 31,54 % à Bordeaux (alors que la liste Kader Arif faisait 16,96 %, 16,06 %, 19 %, 17,10 %). Manifestement Baudis l’Européen (il fut député européen de 1984 à 1988 puis de 1994 à 1997 ; éditorialiste pro-européen dans la revue France-Forum des années 1965-1970 ; soucieux en tant que Maire de Toulouse d’inscrire sa ville au cœur de l’économie européenne notamment avec Airbus) a réussi son retour. Peut-on pour autant parler “d’effet Baudis” ? Ce fameux effet qui le vit entraîner avec lui une vraie dynamique permettant sur des terres acquises à la gauche de remporter et de garder la Mairie de Toulouse mais aussi de gagner la Région avec un bataillon de hussards emportant des positions fortes dans des départements jusqu’alors imprenables aux Régionales et aux législatives ?

 
Plus qu’un effet Baudis comparable à celui de l’âge d’or du “Baudisme” lorsqu’il personnalisait autant qu’il personnifiait la ville de Toulouse qu’il a su incarner avec charisme et hiératisme, on peut, sans nul doute, avancer que le retour est réussi sur fond d’effet Sarkozy.

Come back réussi

Malgré le renouvellement de l’électorat toulousain (12 000 nouveaux arrivants par an depuis une dizaine d’années), les épreuves à affronter dans une affaire cauchemardesque et pathétique, la persistante incompréhension de ses amis face à son départ, selon eux insuffisamment expliqué, Dominique Baudis par son engagement politique et pour le coup à nouveau européen a su s’inscrire dans la réussite nationale de l’UMP, imposer sa figure historique dans le concert contemporain interrégional mais aussi toulousain (il fait toutefois 1,5 % de moins qu’à Bordeaux) et donner du grain à moudre à un électorat qui se cherche un leader de nature et de force à concurrencer ardemment et avec succès un maire socialiste qui malgré la une que lui consacra L’Express (Édition Toulouse) n’a pu être d’un grand secours au leader PS, Kader Arif, bien seul un soir de défaite malgré le triumvirat socialiste qui tient la Mairie de Toulouse, le Département de Haute-Garonne et la Région Midi-Pyrénées ; souverainetés territoriales et politiques incapables de résister aux effets conjugués Baudis-Sarkozy et José Bové et devant bientôt faire face à leur propre renouvellement. Une victoire donc pour un homme politique réussissant son “come back”. Mais pour quoi faire ? Claude Llabres écrivait dans Le Monde du 23 avril 1994, alors que Dominique Baudis était tête de liste RPR-UDF aux Européennes : «… Il ne sortira pas indemne de l’Europe. Ou il se confirme comme le dirigeant intra-muros de Toulouse ou il s’en sort et c’est un nouveau départ pour Baudis l’Européen».

« Destin politique inachevé »

Nouveau départ pour Baudis “l’euro-méditerranéen” serions-nous aujourd’hui tentés d’écrire quand on sait qu’il peut et veut aujourd’hui décliner ensemble, dans une complémentarité novatrice et dans le sillage d’un des volets de la géopolitique sarkozyste, l’Institut du Monde Arabe qu’il préside et le mandat de député européen. “L’homme d’Europe” (selon le mot de Paul Valéry) pourrait être aussi l’homme de “l’Euro-Méditerranée” et donner à son mandat une dimension volontariste, politique et civilisationnelle, s’ancrant aux racines de Rome, de Jérusalem et d’Athènes et élargissant l’Union Européenne des 27 vers la Méditerranée et tous ces pays désireux sûrement de troquer une nouvelle Pax Europea à des guerres fratricides qui empêchent la constitution d’une nouvelle confédération de l’avenir.
En 2001, nous écrivions du destin de Dominique Baudis, que c’était «un destin politique inachevé» (Editions Privat par S. Baumont, 2001). Par son retour, il nous donne raison aujourd’hui en élargissant et en étendant à d’autres objets du Politique ce qui fut sa passion (politique et existentielle) pour Toulouse.

Stéphane Baumont


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