Dieudonné se produira-t-il à Toulouse ?

Il est des lieux où le scandale Dieudonné résonne tout particulièrement. Toulouse en est l’exemple. Récemment meurtrie par un quadruple crime perpétré dans une école juive, la ville rose redoute la venue de l’humoriste controversé le 22 février prochain au Zénith. Sera, sera pas ?

En quelques mois, il a atteint le statut d’ennemi public numéro un. Le nom de Dieudonné M’bala M’bala est sur toutes les lèvres et l’humoriste fait actuellement son beurre d’un scandale qu’il a largement attisé. A Toulouse, Christophe, David et Karim adhèrent à « l’humour Dieudonné » depuis des années et assument : « On n’a pas encore nos places car on a vraiment peur que ce soit annulé », regrettent-ils évoquant la prise de position du ministre de l’Intérieur et des préfets de plusieurs grandes villes françaises. Fan de la première heure, Karim suit Dieudonné M’bala M’bala depuis ses débuts : « c’est un génie de l’humour, le meilleur de sa génération et je ne suis pas le seul à le penser. » Entre eux trois pourtant, les désaccords fusent parfois, à l’image du tapage actuel entourant la personnalité : « il dit du politiquement incorrect. Parfois je suis d’accord, d’autres fois non, des fois cela ne me fait même pas rire», dit l’un, « pourtant il est très fort car il parle de sujets grinçants en restant toujours à la limite », rapporte l’autre.  Mais s’ils s’accordent à dire que parfois l’humoriste est flou et cultive une ambiguïté certaine, « est-ce que l’homme est réellement en train de se politiser ? Et les personnalités fascistes et négationnistes desquels il s’entoure, est-ce simplement de la provocation ?» aucun d’entre eux n’estime que l’homme devrait se justifier publiquement. La polémique ne les étonne guère et va parfois jusqu’à semer le doute dans leurs têtes. Karim avoue : « C’est un peu Docteur Jekyll et Mister Hyde, l’humoriste est un génie mais l’homme est détestable. » Pourtant d’après Christophe et Karim le danger est bien réel mais il ne se trouve pas là où on le pense : « interdire un spectacle, c’est créer des clivages et du communautarisme, l’antisémitisme, on est en train de le façonner là et pas ailleurs. »

«L’humoriste qu’il a été ne fait plus rire personne »

A Toulouse comme ailleurs en tout cas, la polémique enfle. Pourtant ici, le sort de Dieudonné n’a pas encore été tranché. Le maire a saisi le préfet pour appeler les services de l’Etat à procéder à un examen des plus « vigilants de la tenue du spectacle afin d’éviter tout trouble ou atteinte à l’ordre de la république. » Au moment où nous bouclons le Journal Toulousain, Pierre Cohen demandait clairement au préfet d’interdire le spectacle, il déclarait à nos confrères de l’AFP : « si on conjugue nos efforts et si j’ai à le faire, il n’y a pas de raison que je ne bouge pas dans les jours qui viennent. » En attendant, de nombreux Toulousains voient rouge et les lettres de dénonciation s’accumulent sur les bureaux des réactions des médiaux locaux. A l’image des associations, comme la Licra Midi-Pyrénées, vice-présidée par Éric Zerbib : « il est hors de question que Dieudonné vienne déverser ses paroles ici. Sous ses airs rigolards, il est nauséabond et blâmable pénalement », déclare cet avocat de profession. « Pour nous Toulousains, la quenelle devant l’école Ozar Hatorah (Ohr Torah, ndlr) a été insupportable, les politiques doivent prendre leurs responsabilités. Dans le cas contraire, des manifestations pacifistes seront organisées», prévient-il d’ores et déjà. La communauté juive toulousaine, menée par Arié Bensemhoun surenchérit : « Aujourd’hui ce n’est plus un humoriste mais un homme politique qui a choisi de porter sur la place publique la pire des propagandes qui soit contre les juifs, Israël et au-delà de ça, contre le système. On est dans la dialectique de l’extrême droite traditionnelle. Il n’est rien d’autre qu’un fasciste de plus qui se cache derrière l’image de l’humoriste qu’il a été un jour, mais aujourd’hui il ne fait plus rire personne, à part les salauds qui viennent et ont conscience que ce sont des attaques en règle contre les juifs. » Le paradoxe est bien là : ceux qui soutiennent Dieudonné M’bala M’bala sont pourtant certains que toutes les populations, ethnies ou classes sociales sont attaquées sans exception dans ses propos, pourtant Eric Zerbib insiste : « on n’a jamais vu une quenelle devant une mosquée… »

La quenelle de la discorde

Le tapage médiatico-politique entourant Dieudonné semble avoir pris de l’ampleur avec l’appropriation par certains individus de « la quenelle », ce geste inventé par l’humoriste qui devient d’après Arié Bensemhoum « un geste de ralliement politique. Au départ le salut nazi a aussi été détourné…  Aujourd’hui la quenelle s’impose dans une société où les gens ont perdu leurs valeurs et leurs repères. » Il réclame la vigilance car « Mohammed Merah était un petit jeune des quartiers avant de devenir le terroriste islamiste, qui a grandi dans un environnement où il a été sevré par la haine. Au début ce sont les mots qui tuent. » A mi-chemin entre humoriste au génie incompris et négationniste au charisme indéniable, aujourd’hui la personnalité publique récolte tous les qualificatifs : « Dans une ville comme Toulouse meurtrie récemment, on ne peut pas laisser faire ça. Dieudonné, est un délinquant, un escroc, probablement un malade mental. Il doit être arrêté et condamné et ceux qui participent à ce spectacle doivent comprendre qu’ils se rendent complices d’apologie de crime contre l’humanité », termine Arié Bensemhoun. Côté fan pourtant, David prévient : « aujourd’hui il y a deux camps et si demain on me demande de choisir, c’est fait. Ils perdront à vouloir interdire les spectacles. Derrière « Dieudo » ça suit, je l’ai vu. Et de toute manière, ils peuvent lui enlever le Zénith, on l’invitera chez nous pour qu’il joue. » L’avenir nous dira qui de l’homme ou de l’artiste est le plus intelligent.

Aurélie Renne



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