Dérapage non contrôlée à la manifestation

crédit-PASCAL-PAVANI–AFP

Deux mille personnes ont participé samedi à une manifestation de « soutien à l’égalité », dénonçant l’homophobie et l’antisémitisme, en réponse aux tags apparus dans la ville rose une semaine auparavant. Dans cette configuration pacifiste -mais sur fond de campagne électorale- les choses ont largement dérapé.

« Je n’ai pas eu peur, mais je suis en colère », clame Nicole Yardeni, présidente du Crif Midi-Pyrénées. Lorsqu’elle se rend à la manifestation, une trentaine d’individus portant le signe NPA et pour certains le masque Anonymous la reconnaissent et l’agressent verbalement : « Yardeni casse-toi, le Crif, fascistes, sionistes, cassez-vous ! » Nicole Yardeni explique : « Je suis la représentante laïque du Crif et je suis venue à ce titre-là, de manière informelle. » Pourtant la manifestation devient à ce moment précis « un rassemblement antisioniste », ajoute-t-elle.

Manœuvres politiques ?

Prise de colère, c’est à Jean-Christophe Sellin, tête de liste Front de gauche, qu’elle s’adresse. Il est signataire de la manifestation suite à la découverte de tags homophobes et antisémites sur son local de campagne. La présidente du Crif l’accuse alors d’avoir «mis du poison dans la tête de vos troupes et vous ne les tenez plus. » Pour elle, pas de doute, le combat électoral s’est joué ce samedi. « Les associations organisatrices se sont faites rouler dans la farine car Jean-Christophe Sellin les a noyautées : il a récupéré un événement pour sa propre gloire dans le but de faire 10% aux élections. » Le candidat concerné dit « regretter que l’événement soit résumé à ce dérapage, car ça n’a pas vraiment dégénéré, il semblerait que Madame Yardeni ait été prise à partie par quelques personnes, qui n’étaient même pas signataires de la manifestation : des groupes d’extrême gauche, qui ne sont en aucun cas des militants du Front de gauche. Pour nous, c’est inacceptable mais il ne faut pas résumer la manifestation à cet incident. D’ailleurs à chaque fois qu’un juif sera attaqué par rapport à ses origines, on sera à ses côtés. Et cela n’a rien à voir avec la défense de la politique de l’Etat Israël. »

« Un Notre-Dame-des-Landes sur le dos des juifs et des homosexuels »

On sent pourtant la pression électorale peser sur les épaules du candidat qui ne manque pas de signifier  la présence du candidat UMP, venu sans être signataire : « Les attitudes sont contradictoires. Jean-Luc Moudenc a été pendant des mois contre l’égalité des droits alors c’est un peu surprenant… » Le candidat UMP n’a pas hésité à donner sa version des faits : « Cette manifestation, portée par l’extrême-gauche, s’est transformée en manœuvre politique. Des slogans haineux ont été scandés contre le Crif ou l’UMP. » Nicole Yardeni partage son analyse : « L’antisémitisme est un outil pour fédérer des gens, qui n’ont rien à voir entre eux, de façon négative. Ils voulaient faire un petit Notre Dame-des-Landes ici, sur le dos des juifs et des homosexuels…» Côté association, on est un peu embêté, c’est le moins que l’on puisse dire. Et si les communiqués de presse se multiplient pour dénoncer ce dérapage et rappeler « le combat à mener contre toute forme de discrimination », impossible pour autant de se prononcer quant à une explication face à ce débordement : « On ne dira rien sans réunion du conseil d’administration préalable quant à la présence des politiques à la manifestation », annonce Florence Bertocchio, trésorière de l’association Arc-en-ciel Toulouse. A noter qu’un collectif d’associations est à l’origine de l’événement, et qu’aujourd’hui au sein du Conseil se pose la question de « poursuivre dans des démarches d’inter-organisations. »

Aurélie Renne



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