Démocratie protagoniste

Au-delà des interrogations médiatisées sur la santé de Jacques Chirac, dont le procès pourrait être reporté (sine die ?) lors même que le second tome de ses Mémoires est annoncé et impatiemment attendu pour 2011 ; au-delà de l’épopée de l’équipe de France de hand-ball qui n’en finit plus de gagner en contestant ainsi le doute et la déploration qui escortent souvent les commentaires des chroniqueurs ; plus que le Tour de France, orphelin de ses maîtres avec la suspension d’Alberto Contador (Le Tour mérite-t-il encore un vainqueur quand on constate que chacun d’entre eux est sanctionné pour dopage ?) ; plus que le désormais rituel forum de Davos débattant sur le “handicap” des démocraties face à leurs dettes publiques avec des situations budgétaires non durablement tenables ; plus que tous ces éléments d’actualité, c’est l’immense aspiration qui parcourt quotidiennement le bassin méditerranéen (le “Sirocco” démocratique) qui fait “la une des unes” depuis la Révolution tunisienne qui tente d’éviter l’écueil d’un Thermidor à la révolte-révolution égyptienne qui fait vaciller le pouvoir de Moubarak manifestement débordé par un mouvement populaire qui défie (hier à Tunis, aujourd’hui au Caire, à Suez et à Alexandrie) le mur de la peur (peur d’un arbitraire systématique, peur d’une violence d’Etat laissé à la discrétion d’un clan restreint mais omnipotent et assuré de son impunité).

 
Et les nations occidentales, à défaut de soutenir explicitement ce soulèvement populaire, d’en appeler au dialogue et à la retenue (France), ou au respect des droits de l’homme universels (Barack Obama… L’homme du discours du Caire) sans oser tirer de son tiroir de rhétorique argumentative, le bouclier contre l’Islamisme que constituait la présence au pouvoir de “proconsuls” autoritaires voire dictatoriaux, les intellectuels musulmans français sortant de leur réserve en dénonçant le “rapt” de l’Islam par le terrorisme islamiste, en souhaitant qu’on en finisse «avec l’image du musulman avec un couteau entre les dents» et que l’on montre des «modèles positifs». Début de réponse à l’islamophobie qui sera au cœur ardent de la prochaine campagne présidentielle (pour le meilleur et pour le pire ?). Le mouvement en marche (déjà le Yémen et la Jordanie ; à quand le Maroc, l’Algérie et la Lybie et si l’Euro-méditerranée existe pourquoi ne franchirait-il pas le mur pour venir porter ses vagues dans nos vieux Etats-Nations, malades de démocratopathies) peut devenir un véritable tsunami géopolitique : déjà Jean-Noël Jeanneney, jugeant urgent de légiférer sur les conflits d’intérêts (très utile rapport Sauvé) n’hésite pas à nous prévenir : «Prenons garde à la France qui gronde». Et chacun de suivre à défaut d’accompagner l’histoire en se demandant quel nouvel équilibre géopolitique il faudra trouver en espérant secrètement que l’on n’est pas en train d’assister à la mise en place d’une conception de la démocratie “à la Chavez” c’est-à-dire “la démocratie protagoniste” remplaçant la démocratie représentative en créant les instruments de la démocratie directe comme les lois d’initiative populaire, les referendums consultatifs et révocatoires ou encore les Assemblées populaires, en se focalisant sur la participation. Après l’absence absolue de démocratie dans le monde arabe, assiste-t-on à un big-bang conduisant à l’ivresse temporaire d’une hyper démocratie (qui ne serait en fait qu’une pseudo-démocratie) créant une nouvelle pathologie de la démocratie dont notre pays pourrait à son tour faire les frais (ce sont en effet les classes populaires qui sont au centre de toutes les convoitises et qui détiennent la clé du scrutin de 2012). Mais comment procéder au mieux quand on constate, selon Yves-Charles Zarka que les «politiques sont en panne d’idées» ; «à gauche comme à droite, les partis compensent leur vide idéologique par un bricolage intellectuel qui détourne les concepts philosophiques, violés de leurs sens et profondeur». Une métamorphose républicaine a urgemment besoin des réflexions et du recul d’un vrai Politique. Mais qui ?

Stéphane Baumont




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