Demandeurs d’asile : la procédure infernale

Treize réfugiés tchétchènes ont investi un campement de fortune à proximité de l’OFII, ce n’est qu’un cas parmi des centaines de demandeurs d’asile qui se heurtent, en arrivant, au mur de « la procédure officielle ».

Depuis une semaine, une famille tchétchène a établi un campement de fortune à la station de métro la vache. Un « squattage » intempestif qui fait beaucoup de bruit car situé à proximité de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration). Pourtant,  le cas de cette famille est loin d’être isolé. Rencontre avec un bénévole, Samuel H. qui accompagne à ses heures des réfugiés parachutés en France sans contact, ni papier ou même notion quelconque de français. Il nous amène sur le chemin escarpé des demandeurs d’asile, comme en quête d’un graal souvent inatteignable.

« La difficulté majeure, c’est que les familles débarquent et ne parlent la plupart du temps aucun mot de français… les passeurs les déposent soit à la préfecture soit à l’OFII ils sont alors pris en charge mais dans une moindre mesure », lance Samuel H. tout de go. D’après nos informations, ces réfugiés payent plusieurs milliers d’euros pour passer les frontières et débarquent épuisés par un voyage long et difficile, sans le sou. « Première difficulté il leur faut une adresse de domiciliation afin de pouvoir recevoir du courrier et lancer la procédure  de demande d’asile : les étrangers sont donc envoyés à l’espace social du Grand Ramier si un tiers ne peut pas les loger. » Et c’est le début d’une kyrielle de non-sens qui s’enchaînent : « Il leur faut sans cesse traverser la ville pour aller manger, se laver, chercher des documents, se présenter aux rendez-vous, faire des photos d’identité, mais sans argent, ils cumulent les amendes… » Une fois l’adresse établie, un rendez-vous à la préfecture est fixé environ un mois et demi après. « Ces formalités ont pour objectif de déterminer si la France est responsable de leur demande (convention Dublin) », indique-t-on à la préfecture, « si tel est le  cas, c’est à partir de ce moment qu’ils pourront déposer leur demande d’asile auprès de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et bénéficier d’une autorisation provisoire de séjour. » Pourtant d’ici à ce rendez-vous, aucune prise en charge n’est prévue. « Il y a une guéguerre constante pour savoir qui doit payer pour ces demandeurs d’asile « en transit » et depuis le mois de juillet, il semble que la prise en charge des nuits d’hôtel ne soit plus effectuée par la préfecture, ce qui était le cas auparavant», souligne Samuel H. C’est évidemment une question de budget, poursuit-il « mais c’est quelque chose que l’on voit de manière récurrente, l’Etat craignant qu’un accueil confortable fasse appel d’air…» Dans le cas de la famille tchétchène, la préfecture confirme « quelle s’est présentée le 24 juillet dernier. A cette occasion, elle s’est vue remettre le guide du demandeur d’asile, un dossier d’admission au titre de l’asile à renseigner et une convocation à se représenter le 29/08/2013 pour que l’entretien d’asile soit effectué. » En attendant : néant. C’est le parcours du combattant que rencontre actuellement cette famille tchétchène, dont les treize membres (et un nouveau-né) ont dormi « à tour de rôle » dans les deux tentes une place mises à leur disposition avant d’en récupérer une plus spacieuse…

L’hébergement est plus que saturé au niveau local

A l’OFII, on nous indique que des pistes sont évoquées selon les situations notamment des partenariats avec les œuvres caritatives, le secours populaire, par exemple, le restaurant bébé ou le restaurant social au Grand-Ramier qui permettent parfois une arrivée moins catastrophique. Le problème ? En août, les vacances concernent aussi la sphère sociale. «A cette période, les réfugiés trouvent porte close partout. » Notre bénévole nous raconte notamment qu’auparavant l’OFII travaillait directement avec les foyers, ce qui n’est plus le cas. Aujourd’hui des intermédiaires compliquent largement la donne. Ironie du sort dans leur recherche d’un toit, on propose tous les jours à des étrangers qui ne parlent pas français d’appeler le 115. « Des arrivées, il y en a toute l’année, ce qui change je crois c’est que de plus en plus de familles- et nombreuses- arrivent, ajoute Samuel. H. Au sein des organismes dédiés à l’accueil des demandeurs d’asile, quelques bonnes âmes laissent parfois trainer un document ou une adresse qui pourrait aiguiller les réfugiés vers un toit qui n’est pas officiellement recensé…» Car si la loi sur le logement opposable prévoit de proposer un hébergement, les capacités locales sont plus que saturées. Déjà l’année dernière à l’automne, le 115 avait fait valoir son droit de retrait, fatigué de n’avoir aucune solution à proposer aux arrivants (les demandeurs d’asile n’en étant qu’une partie ndrl) : « À ce moment on refusait 85% des demandes, aujourd’hui le chiffre est monté à 95%. Il s’agit  en moyenne de 33 familles par jour qui appellent le 115 et qui n’obtiennent pas de prise en charge par manque de moyens de l’Etat. »

 

Bâtiments réquisitionnés et autres squats

 

Résultat, les familles se débrouillent par leurs propres moyens, alimentant en flux incessant les squats les plus insalubres, parfois aux mains des marchands de sommeil.  Comment ne pas évoquer les Castalides, au Mirail dont la centaine d’habitants doivent être expulsés le jour où nous bouclons ce journal. Dans un service social toulousain, on confirme que les procédures sont rendues complexes et les moyens alloués, de plus en plus maigres. « On leur conseille parfois de manière induite d’aller à la gare ou au Grand-Ramier pour rencontrer des compatriotes et espérer entraide et solidarité », indique Samuel H. Mais parfois les familles s’entassent à 15 dans un f1, s’ensuivent les problèmes de voisinages, de dettes, et la solidarité fini par un clash. Des associations comme le CREA (Collectif pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion) veillent au grain et hébergent des dizaines de familles de manière plus ou moins légales dans des locaux « réquisitionnés ». Au 115 on entend que « les expulsions de ces habitats précaires représentent 350 personnes qui ont trouvé une solution de mise à l’abri par leurs propres moyens, dont 60 enfants environ, et qui se retrouvent à la rue.» Ainsi l’ancien immeuble de l’OFII, rue Lapujade avait-t-il été transformé en habitation de fortune. On nous indique par ailleurs qu’il a été évacué vendredi dernier (23/08) et qu’à cette occasion, craignant des représailles de la part de la CREA, les locaux de l’OFII (à la Vache) étaient exceptionnellement fermés.

 

Aurélie Renne

 

 

En chiffre

Au 20 août, on recense 364 demandes d’asile pour la Haute-Garonne (32 concernant des ressortissants russes). Il en était de même en 2012 pour la même période. En matière de statistiques, au 20/08/2013, Même si la demande reste stable, il convient de préciser que la procédure d’examen d’asile dure en moyenne 18 mois. (source : préfecture)



UN COMMENTAIRE SUR Demandeurs d’asile : la procédure infernale

  1. blue dit :

    ces gens là ne sont pas plus des demandeurs d’asiles politique mais économique ,qui viennent profiter des subventions…donc a expulser.

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