Demain tous ruinés ?

Quand la crise de la dette et les doutes sur l’avenir de l’euro affolent les marchés, quand le plan de sauvetage de l’euro ne suffit pas à les rassurer, quand l’euro est au plus bas depuis octobre 2008 et la faille de Lehmann Brothers, quand le conseiller économique d’Obama n’exclut pas une «désintégration de l’euro», quand La Maison Blanche considère que cette crise est mondiale et qu’elle menace Wall Street, il est dès lors utile, plutôt que de céder à la panique et à l’effroi, de tenter de mieux comprendre l’avenir à l’aune des analystes des temps qui viennent.

 
Pour Patrick Artus la capacité à s’en sortir de l’Espagne est «la clé de tout» parce que «si Madrid devait connaître une crise du financement, l’intervention de la BCE ne suffirait pas à stabiliser les marchés» ; pour réduire son déficit de 96 milliards d’euros il faudrait «aligner la taxation des revenus du capital sur celle du travail» – cela pourrait remporter 100 milliards d’euros.
Pour Pierre-Antoine Delhommais «la plus grande victoire des marchés est politique : avoir fait comprendre aux dirigeants européens que, sans évolution rapide vers le fédéralisme, sans politique budgétaire commune, l’union monétaire était vouée à disparaître ; la perspective de voir la Commission donner préalablement son aval aux budgets nationaux fera plus pour assurer l’avenir de l’euro que les 750 milliards débloqués».
Pour Alain Minc, l’un des seuls optimistes du moment, «l’Europe vient de clouer le bec à tous ceux qui depuis des années raillaient sa lenteur, sa complexité… L’Europe budgétaire est en train de se faire de manière naturelle et non pas supranationale. À moyen terme, tous les pays européens vont devoir faire des efforts pour contenir la dette et réduire les déficits publics.»
Pour Mathieu Pigasse, Vice-Président de la Banque Luzard pour l’Europe «ce plan est un signal clair de la détermination européenne qui devrait permettre d’enrayer l’effet domino de la cirse grecque. Il faut vite “plus d’Europe” et “mieux d’Europe”.»
Pour l’essayiste Nicolas Baverez, «ce ne sont ni les marchés, ni les spéculateurs, ni les agences de notation qui sont responsables mais bien les dirigeants européens dont la lenteur et l’indécision ont transformé le risque de défaut grec en choc systémique… Le meilleur antidote aux tensions qui minent la zone euro, c’est le coup d’arrêt aux replis nationaux et la relance de l’intégration économique et politique autour d’une capacité européenne de gestion des crises.»
Pour Jacques Attali, plus pessimiste, «nous serons tous ruinés dans dix ans… aucun ménage, aucune entreprise ne survivrait s’ils devaient négocier chaque année des emprunts d’un montant égal à quinze mois de leurs revenus et vingt mois de leurs dépenses.» Pour l’économiste et essayiste «le fonds créé n’a pas assez de moyens pour financer la dette des pays en première ligne (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) dix fois supérieure à celle de la Grèce, quatre fois supérieure aux garanties accordées par le nouveau fonds. Ensuite personne ne sait qui remboursera cette dette d’États impécunieux… Ce n’est pas la cavalerie des westerns qui vient d’arriver pour sauver la diligence, mais celle bien connue des débiteurs impécunieux : la cavalerie bancaire.»
Alors il nous reste Victor Hugo qui nous assure «qu’un jour viendra où l’on verra… les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant les mains par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies… améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu.»

Stéphane Baumont


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