Déjà 30 ans de fêtes historiques; Les médiévales de Mirepoix

Sybille Delbosc, depuis 12 ans, Présidente de l’association MAMET (Mirepoix Animation Mémoire Et Tradition) gère cet événement, sur les traces de Paul Dardier à l’origine de la création de cette fête devenue aujourd’hui célèbre. Sans oublier l’énorme contribution des bénévoles qui chaque année répondent à l’appel et en ont même fait une affaire de famille (3 générations sont parfois présentes dans le défilé). Les commerçants ne sont pas en reste et cette année, plus particulièrement, le groupe des “jeunes” qui se sont énormément investis.

 
Pour 2009, sur suggestion du Conseil Général de l’Ariège, le thème choisi fut de célébrer le 800ème anniversaire du début de la croisade contre les “Albigeois”, qui marqua la tragique épopée cathare.
Du 17 au 20 juillet derniers, Mirepoix s’est donc mis aux couleurs du 13ème siècle, le temps d’un week-end. Au centre de la cité, baladins (troupe Le Mas du Perroquet), jongleurs, et même un campement de “routiers” (terme qui désigne les brigands du Moyen-Age), les Mortes Payes qui ont planté leurs tentes.
Arrêt sur image sur ce campement qui peut réunir jusqu’à 8 tentes sur 400 m². Et pour s’occuper hors les batailles, ses occupants invitent le public à découvrir le maniement des armes, le travail du cuir, la calligraphie, l’héraldique et même quelques rudiments sur les épices, bases de la médecine et de la cuisine médiévale.

La compagnie fut créée par Jean Dufort, dit Xabert Bonne Aventure, il y a 10 ans à Boé dans le Lot-et-Garonne. Cet éducateur spécialisé accueille, tous les étés, une dizaine de jeunes en difficulté dans le camp. Un acte citoyen : il ne demande aucune subvention et le fait par vocation ! Sa récompense : valoriser un jeune en échec, en lui donnant les moyens de réussir en animant un atelier, puis de le responsabiliser et lui transmettre son savoir.

 

Sous les couverts, artisans et producteurs invitent le passant à une ballade curieuse et gourmande, sans oublier de lever le nez sur les magnifiques encorbellements et sculptures de ce patrimoine classé.
Concept original et accueil chaleureux hors normes : l’Auberge des légendes, librairie magique nichée dans une roulotte qui invite les passants à s’arrêter quelques instants pour découvrir les histoires et les curiosités de ses rayonnages. Un concept de librairie itinérante créé par Patrice Depommier, lauréat au concours Talents 2009.
S’octroyant un ancien droit pour la circonstance, une pièce commémorative a été frappée sous le sceau de la Monnaie de Paris, grâce à l’initiative de Monsieur Baylle.
La fête s’est ouverte vendredi avec le Tour de l’âne – une ancienne tradition sortie des oubliettes, prétexte pour annoncer les festivités à venir aux touristes et passants qui arrivent à Mirepoix pour le week-end. Et malgré le mauvais temps, ils furent nombreux à suivre la ballade aux flambeaux pour découvrir l’histoire de la cité illustrée de scénettes vivantes : les consuls, les grands personnages et les danseurs de l’association qui clôturèrent par un quadrille sous la halle.
Les fêtes historiques de Mirepoix sont aussi connues pour ses féeries. Jean-Claude Baudoin, professionnel du spectacle, les met en scène.  
A la tombée de la nuit, sous le jeu des lumières artificielles, des scènes de vies s’animent, autour de sujet de l’histoire de la cité et dans la thématique annuelle (rappelons-le cette année, le 13ème siècle et les Cathares).
Autour et dans la fameuse cathédrale, la plus large nef de France et la 2ème d’Europe, les féeries nocturnes ont été jouées 3 fois chaque soir du week-end, avec le public qui déambulait de tableaux en tableaux vivants et s’empressait, le sourire aux lèvres, tous avec des yeux d’enfants qui brillaient, enjoués par la qualité du spectacle.

 

Les féeries nocturnes

Scène de village sur le parvis de la cathédrale. On célèbre les épousailles de deux jeunes gens. Les enfants rient, les paysannes préparent des bouquets de fleurs, d’autres essorent le linge, la table est mise. La fête commence avec l’arrivée du cortège et des musiciens (l’ensemble OSCO), et les invités qui bien vite s’égayent en dansant le bransle de l’ours avec le plantigrade qui a semé son dresseur et se retrouve au centre de la ronde. Tout le monde est joyeux et la scène est très vivante.
Mais la menace pèse sur l’Occitanie et les nouvelles du colporteur ne sont pas réjouissantes. Bientôt déferleront les troupes du roi de France, la Sainte Inquisition et les gens de Montségur sont bien menacés.
Au chevet de la cathédrale, Mars 1244, les dernières heures des Parfaits du château de Montségur. Au départ de la scène, on découvre Corba de Péraille qui reçoit le “consolament” (consolation en occitan – baptême d’esprit et du feu) et rejoint ainsi sa fille dans sa nouvelle religion. Puis le jugement sommaire des Inquisiteurs que l’Eglise de Rome a désignés pour purifier le pays. Et enfin, conduite au bûcher par les soldats, sobrement derrière un rideau, on devine la fin tragique du bûcher que quelques lumières et fumée évoquent.
Dans le jardin de l’évêché, le banquet officiel au cours duquel en 1206, Pierre Roger de Mirepoix le Vieux, convie la noblesse et la bourgeoise locale afin de festoyer en sa compagnie et remercier les Bons Chrétiens de lui avoir sauvé la vie. Un repas qui montre Parfaits et catholiques.
Des saltimbanques (deux excellents jongleurs que sont Fabio et son complice Julien de l’école du cirque de Carcassonne) réjouissent les convives et éclairent la nuit noire de leurs torches en feu.
Puis une voie mélodieuse, magique, s’élève dans la nuit, sur les accords d’un orgue portatif. Véronique Chalot, chanteuse et musicienne de grand talent, nous révèle les doux accents de la langue d’Oc dont les vers ont conquis l’Europe du 13ème siècle.

 

Point d’orgue de ces féeries nocturnes, la crucifixion du Christ dans la cathédrale. En 3 tableaux, les spectateurs découvrent 3 épisodes de cette “saga” aux fondements de la religion chrétienne. De sa condamnation devant Ponce Pilate, à son chemin de croix au cours duquel Véronique lui essuie le visage, jusqu’au pied de la croix où les soldats romains se partagent sa tunique. 3 tableaux vivants où les 35 figurants sont figés dans la lumière exceptionnelle des éclairages spécialement travaillés. Des figurants qui s’immobilisent à chaque passage du public et de leur mise en lumière. Sans compter les bénévoles qui les ont aidés à devenir des personnages bibliques en les maquillant et habillant.
Dimanche fut ponctué par le grand rendez-vous que certains viennent voir depuis 30 ans, traversant la France sous prétexte de vacances. Le défilé historique, l’un des plus riches et des plus fournis de la région. 300 bénévoles portant fièrement les habits de l’époque : paysans, nobles, chevaliers… chevaux, vaches et cochons et surtout la bonne humeur qui règne dans tout le cortège et que ressentent les 5 000 visiteurs amassés sur tout le parcours. Il clôt également les festivités, aux flambeaux le dernier jour, renvoyant à l’anonymat tous ces participants, le temps d’une saison.
Il faut venir à Mirepoix au moins une fois dans sa vie… et vivre, au cœur de ce beau village, la magie du lieu et se laisser porter par cette histoire réveillée, la passion aux tripes de toute l’équipe d’animation.
N’hésitez pas à venir tout de même à Mirepoix les autres jours : il y a toujours une animation haut en couleur !

Véronique Bréchaire
Correspondant journaliste région


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