De l’occasion au covoiturage

Nous habitions à 5 km de l’endroit où travaillait ma mère. Elle effectuait chaque jour, à pied, deux ou quatre fois la distance. Certains jours elle arrivait à la maison avant l’heure habituelle. Dans ces moments-là, elle souriait plus que de coutume. Je compris très vite les raisons de ces irrégulières manifestations de joie. Elle disait avoir trouvé, chemin faisant, “une occasion”. L’expression venait du fait qu’un véhicule s’arrêtait parfois spontanément et que le chauffeur “occasionnellement de passage sur son chemin” la prenait en charge.

 
En agissant de la sorte, ces gens qui se “rendaient service” ignoraient qu’ils étaient à l’origine de ce qui serait dénommé, beaucoup plus tard, le covoiturage. Les aires d’autoroutes et les parkings de gare – pour ne citer que les principaux lieux de stationnements et de rencontres – attestent aujourd’hui d’une organisation méthodique du co-voiturage. En cela, ce mécanisme social se distingue de l’auto-stop intensif, apanage des années “seventies”. A l’époque – dite aujourd’hui celle des hippies – les fleurs et les pouces levés s’égayaient un peu partout, pancartes directionnelles en bandoulière, barbes et cheveux au vent. L’apogée de ces globe-trotters fut superbement mise en scène par Coluche, avec force détails croustillants. Il avait su chiper les excès de cet auto-stoppeur sans gêne qui finissait parfois par vous culpabiliser lorsque vous le laissiez sur le bas côté.

 

Solidarité

Les temps ont changé et aux côtés de routards assagis ont surgi les “accompagnateurs” nés à partir de différents phénomènes sociaux. Les grèves à répétition des transports en commun ou la légitime nécessité de quitter une soirée, conduit par un chauffeur “chargé d’eau” illustrent quelques-uns de ces judicieux partages de véhicules. Dans tous les cas, la solidarité joue à plein entre ceux qui, pour une seule voiture, vont vers une même direction. A cet endroit le mot solidarité prend tout son sens, n’en déplaise à certains groupes de pression qui voient se déployer un phénomène qu’ils avaient – peut être – considéré comme improbable. Pour illustrer ce propos il convient de rappeler cette invraisemblable histoire où un autocariste lorrain s’oppose actuellement à onze femmes de ménage, mises en cause pour covoiturage. L’affaire est pendante devant les Tribunaux. N’étant pas en possession de tous les tenants et aboutissants du dossier, il serait présomptueux de se prononcer sur les bonnes raisons du plaignant ou de la partie adverse. Par contre, ce qui est invraisemblable tient au fait que la divulgation de cette information pourrait laisser croire que “l’incitation au covoiturage” est répréhensible ou génératrice de dommages-intérêts.
Sauf à se conduire ou à se présenter sous les traits d’une entreprise spécialisée, sans en honorer les charges, le fait de transporter quotidiennement ses voisins ou ses collègues de travail en décidant de partager les frais ne peut être regardé comme un acte de concurrence déloyale à l’égard des entreprises de transports en commun.
Parfois rapporté par la presse sans cette précision de bon sens, l’exemple ci-dessus a pu éventuellement inquiéter ceux qui – de plus en plus nombreux chaque jour – pratiquent le covoiturage. De leur côté, les adversaires du système ont pu imaginer un répit ou voir un obstacle au déploiement de ce grand mouvement de solidarité. En réalité, les efforts de ces détracteurs sont voués à l’échec car rien ne peut s’opposer aux effets naturels. Les plantes s’adaptent aux modifications climatiques, tout comme les hommes savent répondre avec raison aux déficiences ou aux agressions de la Société.  

Gérard Gorrias


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