Dans les urnes régionales

Au moment où le Salon de l’Agriculture ouvre ses portes sans parrainage présidentiel (le Chef de l’État le moins “rural et agricole” de tous nos présidents, plus “républicain de Paris” que produit de la République de la Province – comme d’ailleurs tous ses prédécesseurs de la IIIe, IVe et Ve Républiques – préférant le clôturer à une date coïncidant avec le premier tour des élections régionales), portes ouvertes sur fond de malaise paysan, les prévisions politico-économiques du scrutin proposées par l’Expansion donnent la gauche gagnante : elle profitera d’un vote sanction (traditionnel dans les élections correspondant au mi-mandat), le choix des électeurs aux régionales ayant une forte composante nationale le bilan des présidents sortants comptera peu et l’opposition – en dehors peut-être de la Basse-Normandie – devrait conserver toutes les régions qu’elle gère.

 
Mars 2004 : la gauche remportait 24 régions sur 26, 20 sur 22 en métropole alors que la conquête n’était que de 7 en 1998 et 2 sur 22 en 1986 et 1992. Depuis ce mois funeste de l’échec de la droite, la France a connu nombre d’événements : une élection présidentielle, la plus grave crise économique mondiale depuis 1929, un nouveau big-bang territorial mis en place vers 2014 (pour Paris peut-être 2050), l’application du Traité de Lisbonne sans Constitution européenne (VGE trouve qu’aujourd’hui il n’y a toujours pas de vraie volonté politique), la fermeture de casernes, de tribunaux et d’hôpitaux qui sont vécus comme de véritables chocs territoriaux.
Autant d’éléments qui pourraient influencer le scrutin des Régionales. Il y aura certes quelques conséquences mais pas autant que le rêve l’UMP qui creuse son sillon argumentatif avec son “Livre noir des régions socialistes”. Non, l’électorat – celui qui ne s’abstiendra pas (ils sont près de la moitié à vouloir le faire ! et c’est un mode de contestation du pouvoir en place) va juger non le local-régional et son bilan mais les performances de l’exécutif national : comme l’indiquait un sondage de décembre 2009, 65 % des habitants jugeront plutôt la politique du gouvernement et la situation économique et sociale tandis que seulement 25 % pensent se prononcer sur le bilan du Président du Conseil Régional.
Ces Régionales ne seront pas pour autant prédictrices des échéances nationales : à l’exception de 1992 elles ne l’ont jamais été. Elles sont toutefois déjà génératrices de questions sur 2012: le Président Sarkozy se représentera-t-il ? Peut-il remonter dans les sondages en deux ans et demi ? La crise de confiance va-t-elle se perpétuer ? Tout ce qui faisait la force du Président – son volontarisme, son activisme – se retourne aujourd’hui – depuis la fin 2009 – contre lui ; il se retrouve cadenassé dans un dilemme aux conséquences graves s’il ne s’en libère point : s’il est lui-même, on le déteste (non à l’hyper-président !), s’il ne l’est plus, on ne le reconnaît plus. Mais d’autres Présidents ont connu une telle détérioration des termes de l’opinion et ont su inverser la tendance. Ce qui change avec Nicolas Sarkozy, c’est qu’il est le premier à essuyer les plâtres du quinquennat : celui de Chirac était déjà adossé à un septennat effectué ; celui de Sarkozy est le premier vrai quinquennat sans précédent élyséen : à mi-mandat on est donc déjà projeté dans la campagne, à mi-mandat la campagne électorale permanente se poursuit (présidentielles et législatives 2007, municipales 2008, européennes 2009, régionales 2010 et présidentielle 2012).
Comment prendre le temps de la réflexion, du recul pour réorienter, pratiquer le “gouverner c’est prévoir” cher à Mendes-France, d’oublier “qu’avoir raison trop tôt c’est un grand tort”, de mettre en perspective. Décidément chacun (Président surtout, comme PS) semble avoir perdu le fil de l’histoire. À cause du nouveau rythme, des enjeux qui prennent de vitesse le temps de la gouvernance, d’un système politique qui semble pris au piège d’un rythme mal maîtrisé. Quelle dynamique naîtra de Régionales perdues par la droite : celle d’un PS ayant enfin un candidat incontesté et légitime (on est loin du compte), ou celle d’un Sarkozy devenant plus candidat que président (là où il excelle), en nommant à Matignon un successeur à François Fillon.

Stéphane Baumont


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