Dans les traces de la Ville rose

L’histoire de Toulouse, située sur la Garonne, s’étend sur une vaste période : des Romains aux Capitouls, en passant par les Wisigoths, les Cathares ou les marchands pasteliers, jusqu’à l’époque moderne, retour sur les grands moments qui ont façonné la légende de la Ville rose.

 
Même si on retrouve des traces d’occupation humaine datant de plusieurs siècles avant JC, en témoigne la nécropole du quartier Saint-Roch mise au jour en 2002, la région toulousaine fut vraiment investie par un peuple celte, les Volques Tectosages, vers –300. Ils fondent Tolosa, bien avant l’arrivée des Romains, et prospèrent grâce au commerce de vin, de blé et de métaux avec l’Espagne, l’Italie et le reste de la Gaule. Mais la ville va très vite tomber entre les mains des Romains et devenir un important centre administratif et militaire de la province narbonnaise. Un théâtre, un amphithéâtre, des thermes, plusieurs temples et un grand mur d’enceinte sont construits au début de l’ère chrétienne. Le musée Saint-Raymond propose de nombreuses visites et expositions à la découverte de cette période.

 


Les Romains imposent très rapidement la Pax Romana sur la région, empêchant toute contestation, notamment chrétienne : le premier évêque de Toulouse, Saturnin, en fera l’amère expérience en étant exécuté et en devenant martyr vers 250. Deux siècles plus tard, la première basilique Saint-Sernin voit le jour, les Romains utilisant déjà la célèbre brique rose-orangée de Toulouse. Après une invasion des Wisigoths en 413, la ville voit cohabiter deux peuples et deux cultures, jusqu’à l’arrivée victorieuse de Clovis en 508 qui chasse les Germains. En 721, elle est assiégée par l’armée arabe, finalement défaite lors de la bataille de Toulouse la même année.
A l’époque médiévale, ce sont les comtes de Toulouse qui vont redonner du dynamisme à la cité. Ils étendent leur domaine sur la plus grande partie du Midi de la France et les restes des fondations du château comtal ont été récemment mis au jour près de la porte sud de la ville médiévale, à l’emplacement du Palais de Justice. Le christianisme s’impose à Toulouse et de nombreuses églises sont bâties. Au XIème siècle, commence la cons-truction de la basilique Saint-Sernin, consacrée par le Pape Urbain II, et la cathédrale Saint-Etienne est édifiée au XIIIème siècle.

 

Terrible incendie en 1463

À la fin du XIIème siècle, le comte Raymond V accorde l’autonomie municipale à la ville. Les bourgeois qui se réunissaient pour prendre les grandes décisions prennent le nom de seigneurs du chapitre, soit en langue d’Oc : «los senhors del capitol». D’où le nom actuel de l’Hôtel de Ville. Même si l’exercice du pouvoir était court, la charge était fort recherchée car elle permettait d’acquérir la noblesse héréditaire, de se doter d’un blason… Souvent menacée par les autres pouvoirs, la charge capitulaire fut néanmoins confirmée à toutes les périodes. Les Capitouls, au nombre de 12, régnèrent ainsi sur Toulouse jusqu’à la Révolution Française.
Le Moyen-âge est également l’ère du catharisme qui entraîne la chute du comté de Toulouse et son intégration au domaine royal français en 1271. Il devient ainsi le Languedoc et c’est à cette époque que l’université de Toulouse est fondée. Les bourgeois s’enrichissent, et la ville connaît une relative prospérité, freinée parfois par les épidémies de peste et la guerre de Cent Ans. Mais le gros coup dur pour la Ville rose reste le grand incendie du 7 mai 1463 qui détruit plus de la moitié de la cité, essentiellement bâtie en pans de bois.
A la Renaissance, Toulouse bénéficie de l’enrichissement des marchands pasteliers qui construisent de magnifiques hôtels particuliers à l’image des demeures de Bernuy ou d’Assezat. On parle de “siècle d’or” toulousain mais les ambitions personnelles des commerçants, les pratiques douteuses, les guerres de Religion et surtout l’arrivée de l’indigo des colonies cassèrent ce marché lucratif. Au XVIIème siècle, Toulouse s’affirme comme une ville ultracatholique. Deux symboles incontournables, le Pont-Neuf et le Canal du Midi, sont respectivement réalisés en 1632 et 1681. Les jardins, les quais de la Garonne, le canal de Brienne, la place Saint-Cyprien et la porte du Languedoc sont l’expression des mutations du XVIIIème siècle, qui voit également la reconstruction du Capitole. Et c’est en 1762 que se déroule l’affaire Calas, un jeune protestant injustement con-damné et exécuté pour meurtre qui reçut le soutien de Voltaire.

 

L’épopée de l’Aéropostale

La Révolution Française fut bien accueillie à Toulouse qui s’affirmait jacobine. Mais lors de la création des départements, la ville perdit son statut de capitale régionale et ne devint que le chef-lieu de Haute-Garonne. Le 10 avril 1814, la ville rose est le théâtre de la dernière bataille franco-anglaise sur les terres hexagonales. Et il faut attendre l’arrivée du chemin de fer, en 1856, pour secouer un peu la léthargie de la ville. Cité la plus importante de la région, Toulouse se dote alors de succursales des banques parisiennes, de grands magasins… On effectue deux trouées typiquement haussmanniennes : la rue Alsace-Lorraine et la rue de Metz. Le 23 juin 1875, la cité connaît sa plus forte crue, inondant la quasi-totalité de la rive gauche et détruisant les ponts d’Empalot, Saint-Pierre et Saint-Michel. Face à ce spectacle, le maréchal Mac-Mahon prononce sa célèbre phrase : «Que d’eau, que d’eau !» Toulouse est également connue pour avoir abrité le socialiste Jean Jaurès, professeur, maître de conférences et conseiller municipal de la ville.
C’est la guerre de 1914-1918 qui lance sérieusement l’activité industrielle de Toulouse. La cité, bien desservie par les transports, bien alimentée en main-d’œuvre et en énergie (charbon de Carmaux, houille blanche des Pyrénées), développe une activité poudrière. En 1917, elle voit s’installer l’usine Latécoère qui s’oriente rapidement vers la fabrication d’avions. C’est à ce moment qu’il relève le défi de créer l’Aéropostale. Avec les anciens avions de guerre, Latécoère désire acheminer le courrier de Toulouse à Dakar, et pourquoi pas en Amérique du Sud. Ainsi de 1919 à 1933, plus de 120 pilotes se succèdent sur les pistes de Montaudran, dont Daurat, Mermoz et Saint-Exupéry. Dassault arrive quant à lui en 1967 et l’Aérospatiale en 1970.
Pendant la seconde guerre mondiale, Toulouse est épargnée par les combats et devient un large bastion de résistance. Au début des années 60, de nombreux rapatriés d’Algérie et des réfu- giés républicains espagnols s’installent dans la cité. Aujourd’hui, avec Airbus et l’électronique notamment, Toulouse a largement rattrapé son retard industriel historique mais reste marquée par une catastrophe sans précédent dans l’histoire française : l’explosion de l’usine AZF le 21 septembre 2001 qui a fait 30 morts et des milliers de blessés.

Sophie Orus


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