Crise : Toulouse fait-elle de la résistance ?


Alors que la sinistrose gagne peu à peu chaque recoin de l’Hexagone, un soleil insolent semble continuer à offrir à Toulouse un refuge à la crise actuelle… Mythe ou réalité ? La ville rose a-t-elle vraiment les armes pour laisser passer l’orage sans souffrir ? Rencontre avec les professionnels de l’emploi qui pointent les privilèges de la ville rose mais aussi ses limites.

 

Fin février 2013, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pole emploi en Midi-Pyrénées s’élève à 228 900. Ce nombre augmente de 0,6% (soit 1300 personnes) par rapport à janvier 2013. Sur un an, on remarque qu’il augmente de 9,9%. Le pourcentage d’augmentation est quasi égal au chiffre national : +9,8% sur un an. Mais des disparités régionales faussent largement la donne. En effet fin février 2013 par rapport au mois précédent, le nombre de demandeurs d’emploi en Haute-Garonne varie de +0,5% alors qu’il grimpe par exemple à +2% dans l’Aveyron. Mais s’il est encore en augmentation, le chômage en Haute-Garonne est plus stable qu’au niveau national. Comment expliquer ces chiffres ? « L’emploi progresse de manière significative en Midi-Pyrénées mais la demande est si forte qu’elle n’absorbe pas la différence : la région connaît une attractivité unique avec une progression de sa population de plus de 1% chaque année. Toute cette population ne peut pas trouver un emploi », explique Joël Dubois, responsable de service étude statistique évaluation à la Direccte. « Toulouse fait de la résistance en termes de création d’emploi, mais ce n’est pas pour autant qu’elle résiste face au chômage ! » ajoute Thierry Cotelle, adjoint au développement économique et à l’emploi et président de Toulouse métropole emploi, « les gens viennent tenter leur chance dans une ville dont on dit qu’elle est dynamique. »

« L’aéronautique ne connaît pas la récession ! »

Thierry Cotelle

 

Toulouse serait donc en quelque sorte victime de son succès, et cela s’en ressentirait sur les chiffres. Car à en écouter les analystes, le moral est au beau fixe dans la ville rose. Emmanuelle Auriol, professeur d’économie à l’université Toulouse I et chercheur au TSE (Toulouse School of Economics) dresse un portrait plutôt rassurant de Toulouse en temps de crise : « Toulouse a plusieurs atouts face à la crise. C’est un gros pôle d’enseignement capable de fournir les industries de pointe doublé d’une ville aéronautique. C’est une ville qui reste en mouvement, car les arrivées professionnelles massives font d’elle un refuge anti-crise : cela booste les commerces locaux, l’hôtellerie, la restauration, la demande de logements. Elle fait partie de la « banane » du grand sud qui a une grande valeur démographique, or attirer les gens c’est une chance. Par exemple dans l’hôtellerie, les chiffres progressent de 4,2% au troisième trimestre 2012, par rapport à 2011, grâce au tourisme d’affaires. Sur le plan immobilier les prix ont chuté, la récession commence ici aussi mais tant que l’on est attractif, on est protégés. » Toulouse serait donc un cas à part : dotée d’une industrie toute axée sur l’aéronautique, « elle a un côté cluster ou pôle de compétitivité comme la Silicon valley ! Grâce à Airbus notamment la balance des paiements locale est positive. Je ne suis pas sûre qu’il y ait un équivalent en France. En temps de crise, alors que l’aéronautique ne connaît pas la récession, c’est une aubaine ! Mais attention car si la récession venait à toucher ce secteur… »

 

Une situation d’exception

 

Pour Thierry Cotelle, il est évident que Toulouse a une place d’exception pour lutter contre la crise : « imaginez vous qu’à l‘heure où l’on parle de désindustrialisation, Toulouse s’industrialise ! Du fait du succès du secteur aéronautique on peut dire que Toulouse s’en sort mieux que les autres. » Cette ville qui n’a pas un passé industriel prend le train en cours de route et saisit sa chance grâce à l’aérospatial, domaine dans lequel elle excelle. Il n’y a qu’à voir les récents contrats signés chez Airbus : La compagnie indonésienne Lion Air lui a acheté 234 Airbus de la famille A320, d’une valeur de 18,4 milliards d’euros.  « Les carnets de commandes représentent désormais plus de sept ans de production », ajoute Anne Galabert, porte parole Airbus. Mais qu’apportent réellement ces gros contrats à la ville ? «  La société prévoit d’embaucher 3000 personnes en 2013, ce qui paraît peu face à cette commande historique, mais il faut savoir que dans ce domaine les discussions avec les clients peuvent durer plusieurs mois voire années, et de nombreuses embauches ont donc été anticipées. » Ainsi entre 2011 et 2012 ce sont plus de 10 000 personnes qui ont été recrutées chez Airbus, en prévision, car « nous savions que nous devions augmenter les cadences de production ». Cette année, pour 65% des postes à pourvoir ce sont des emplois d’ingénieurs et 35% de compagnons (ouvriers spécialisés). Airbus recherche 40% de jeunes diplômés et 60% expérimentés et 25% de femmes. « On cible évidemment les écoles locales avec lesquelles nous avons des partenariats, mais pas seulement. Ici à Toulouse, on a les compétences mais pas forcément le volume, et pour certaines expertises il faut chercher dans le monde entier. » Toulouse n’a qu’à bien se tenir si elle veut rester dans les rangs… « De toute manière », ajoute Joël Dubois, « concernant l’emploi tout se passe en Haute-Garonne, grâce à Toulouse, qui tire l’ensemble de la région vers le haut. 56.6% de l’emploi régional est concentré dans le département. »

 

Des entreprises toulousaines au palmarès employeur

 

Autre pied de nez à la crise, Toulouse affiche crânement un des taux de cadre employés les plus forts de France : « En gros depuis une dizaine d’années on a créé 100 000 emplois sur Toulouse, ce qui fait une croissance de plus de 30% et rien que sur l’emploi cadre cela représente plus de 54% », explique Thierry Cotelle, « Grenoble et Toulouse sont les premiers de la classe de ce côté-là. » Une particularité partagée : celle d’avoir un pourcentage d’étudiants très important par rapport à la population (Toulouse est la 2e ville universitaire de province et 4e en termes de population). « En sortant des écoles, les « cerveaux » désirent rester ici la plupart du temps, ils trouvent d’ailleurs très souvent du travail ici chez les gros industriels  comme Airbus, Astrium, Thales mais également chez les équipementiers comme Latecoere et d’autres. » Par ailleurs, le site Régionsjob a présenté pour la troisième année consécutive son palmarès employeur 2012 avec l’Express et le Journal des entreprises. Sur le podium ? Airbus, mais aussi Thales et Capgemini. Régionsjob explique : « Déjà en tête du classement précédent, Airbus reste l’employeur français de référence avec l’image incontestable d’entreprise d’avenir. Quant à Thalès, au-delà de la fierté d’y travailler, les répondants perçoivent l’entreprise comme permettant de développer ses compétences. Capgemini a été choisi pour le tremplin professionnel que représente l’entreprise. » Attention à ne pas oublier les entreprises qui ont aussi fait parler d’elles pour des événements un peu moins glorieux : Sanofi, Freescale, ou encore Motorola font résonner de sombres souvenirs dans la ville rose : « les entreprises locales n’échappent malheureusement pas toutes au contexte économique, bien que pour certaines les raisons soient contestables, mais le bassin toulousain est protégé car en plein développement. Le problème reste le paradoxe de l’offre et de la demande qui ne sont pas forcément en phase. Récemment la semaine de l’industrie a attiré près de 9000 personnes, il faut s’ouvrir à de nouvelles voies car la métallurgie par exemple est un secteur qui recrute ! »

Aurélie Renne

La Haute-Garonne tire son épingle du jeu

Chiffres de l’évolution annuelle par secteur au troisième trimestre 2012

Industrie +5% (+1.7%)

BTP -1.6% (-2.4%)

Commerce +0.9% (région pas d’augmentation)

Services marchands +3.1% (région +1.3%)

Intérim -11% (région -13%)

 

Conjoncture économique en Haute-Garonne

Perspectives 2013

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse en partenariat avec la Banque de France Midi-Pyrénées ont dévoilé les résultats 2012 de l’enquête de conjoncture économique réalisée auprès de 1800 entreprises de Haute-Garonne. En 2013, les prévisions restent «mesurées».

 

Malgré un certain ralentissement par rapport à 2011, la croissance économique en 2012 demeure significative en Haute-Garonne. C’est le bilan global tiré de cette onzième enquête de conjoncture dont l’objectif est de «présenter une photographie haute définition de l’économie de notre département » explique Alain di Crescenzo, président de la CCIT. Près de 1800 entreprises, (1763 exactement) ont participé à cette édition 2012 ; 1300 d’entre elles étant des établissements de moins de vingt salariés. Tous secteurs confondus, la croissance en termes d’activités des entreprises est de 3,8%. «On s’aperçoit qu’il y a une bonne dynamique autour de l’emploi salarié puisque nous avons une évolution de 2,8% de l’effectif salarié», note Alain di Crescenzo. En 2012, la «bonne surprise» vient des secteurs de l’industrie et des services, tandis que la construction-immobilier et le commerce stagnent.

 

«On ne peut pas tuer la poule aux œufs d’or»

 

En 2013, les perspectives sont «mesurées». Hors annonce des récentes commandes chez Airbus, le secteur industriel s’attend à un brusque frein de l’activité et à un recul des recrutements. «On ne pourra pas retrouver la compétitivité dans notre pays si on ne baisse pas le coût du travail. Il faut déployer une culture industrielle sur notre territoire et oublier les stéréotypes d’une industrie sale. L’industrie offre des débouchés extraordinaires et des salaires plus que décents», martèle Alain di Crescenzo.

Alain di Crescenzo

Dans la construction-immobilier, «2013 ressemblerait très fortement à 2012 avec une conjoncture toujours aussi atone : le BTP a connu une véritable rupture à l’été 2012 et malheureusement nous restons en 2013 sur cette tendance. Nous n’avons aucune visibilité dans notre profession. Les carnets de commande n’ont jamais été aussi bas et cela s’ajoute au problème des prix. Ils sont catastrophiques, sous la pression de la concurrence entre les entreprises, déloyale lorsqu’elle fait appel à de la main d’œuvre plus ou moins licite, ou étrangère qui vient chasser sur nos terres. Il n’y a plus de marge dans les entreprises du bâtiment», s’inquiète Thierry Dumas, premier vice-président de la CCIT, qui propose de revoir les procédures des permis de construire : « un ou deux mois de délais gagnés peuvent préserver 5 à 600 emplois sur Toulouse.» Alain di Crescenzo enfonce le clou : «on ne peut pas demander un effort substantiel à nos entreprises et pour quelques pourcents de plus, donner des marchés à des entreprises qui n’ont pas les mêmes règles du jeu. Ce n’est pas possible. On ne peut pas tuer la poule aux œufs d’or qui finance une grande partie de ce pays.»

L’enquête montre par ailleurs un maintien du commerce en dépit de la baisse du pouvoir d’achat. La grande distribution connaît un développement marqué. En revanche, le commerce et la réparation automobiles, ainsi que l’équipement du foyer et de la personne sont en recul.

Le secteur des services, lui, affiche une certaine confiance en l’avenir malgré la souffrance des services aux particuliers (4500 salariés en Haute-Garonne) qui notamment « subissent la concurrence des associations.» constate Patrick Igon, Président de la commission Services à la CCIT. Et d’annoncer que les 2 et 3 juillet 2014, se tiendra à Diagora, le premier salon français des services.

Claire Manaud

 



UN COMMENTAIRE SUR Crise : Toulouse fait-elle de la résistance ?

  1. Roux dit :

    Bonjour,

    Mon fils, étudiant en école de commerce, recherche un stage de 4 mois. Cela fait trois mois qu’il cherche. A Toulouse comme dans le reste de la France. Beaucoup de PME lui disent qu’elles n’ont pas le budget pour un stage payant à 437 euros par mois. Alors je suis un peu surpris que notre région se dise à l’abri de la crise !

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