Crise sociale à Toulouse

Le mois d’octobre a été agité par de nombreuses grèves et des mouvements sociaux qui traduisent le malaise de certains salariés face aux conséquences de la crise. Petit tour d’horizon non exhaustif de secteurs en colère qui pourraient se soulever à nouveau au mois de novembre dans la Ville rose.

 
Nuages sur Météo-France

Le temps n’est pas au beau fixe pour le personnel de Météo-France à Toulouse qui a opéré un mouvement de grève de 10 jours pour protester contre la révision générale des politiques publiques du gouvernement. Au total, ce serait la moitié des centres départementaux qui seraient purement et simplement supprimés mais la liste des condamnés ne sera pas divulguée avant la fin de l’année. On sait déjà qu’une soixantaine de sites serait dans le collimateur du gouvernement ; nombre ramené à 40 suite au durcissement de la grève des salariés. Les sites d’Auch, Albi, Gourdon, Millau, Montauban et Saint-Girons en feraient partie selon les syndicats. A Toulouse, il serait question de fusionner une partie des effectifs avec les services de l’aéroport. Bien que soutenus par le maire Pierre Cohen, les salariés grévistes ont décidé de reprendre le travail mais la colère gronde toujours : le personnel a voté la semaine dernière la création d’un comité chargé d’envisager avec les syndicats d’autres actions à venir…

 

Panne d’antenne pour les télés locales

Le journal local de France 3 diffusé à 18 h 50 avait déjà disparu des antennes toulousaines au mois de juin, noyé désormais dans la tranche d’information régionale. C’est au tour du “Six Minutes” local de M6 de débrancher la prise. La direction nationale de la chaîne prévoit de monter un JT de 20h et a donc décidé de sacrifier sur l’autel de la rentabilité ses bureaux régionaux. A Toulouse, la grève des 9 reporters ce mois-ci n’aura pas suffi à changer leur destin. Ces journalistes sont dans l’attente d’un reclassement à Paris ou d’un changement de statut, passant au simple rôle de correspondant. Autre télé locale à faire les frais de la crise actuelle, TLT qui pourrait subir dans les semaines à venir un sévère plan social. Au programme : suppression de 33 des 53 postes actuels. L’ensemble des salariés s’est dit «consterné devant l’ampleur du plan social à venir et devant le souhait du conseil d’administration de faire de TLT une télévision low cost à 20 personnes.» Mais depuis sa création il y a vingt ans, la chaîne ne parvient pas à atteindre l’équilibre financier malgré un taux d’audience en constante progression. Vendredi dernier, le Conseil d’Administration de TLT n’a pas réussi à trouver un terrain d’entente, les principaux actionnaires votant pour un dépôt de bilan et se heurtant à la mairie de Toulouse qui s’y refuse. Dans tous les cas, le nouveau directeur de la chaîne Franck Demay devra trancher entre ce plan social et la fermeture de TLT si les actionnaires n’apportent pas environ 3 millions d’euros sur la table d’ici 15 jours. Les salariés, indignés par l’attitude des propriétaires de la chaîne ont débrayé en début de semaine et attendent que le Conseil général se prononce et décide d’entrer dans le capital.

 

La statistique victime des chiffres

Le Gouvernement a décidé au cours de l’été de créer un Pôle National de la Statistique Publique à Metz qui permettrait de palier à la fermeture de casernes en Lorraine. Cette décision devrait entraîner la mutation d’un millier d’agents, ce qui n’est pas du goût des statisticiens en poste à Paris et en province : «Bientôt, on nous demandera d’aller travailler en bord de mer car la pêche va mal ou à Sandouville pour remplacer Renault !», s’insurge Laurent Bisault, agent au ministère de l’Agriculture et membre de l’intersyndicale des personnels de la statistique publique. Le 21 octobre dernier, les divers agents de l’Insee et des services statistiques ministériels ont décidé de débrayer un mouvement national afin de protester contre cette mesure. A Toulouse, environ 45 % du personnel a participé à la grève : «Nous estimons que nous avons droit au respect de notre vie familiale. On ne peut nous imposer de partir à Metz ou ailleurs. De plus, l’Insee est implanté dans 22 régions avec un maillage du territoire indispensable et nous craignons la fermeture de certains pôles», confie Laurent Bisault. Autre problématique, les modalités de départ : «On nous a dit que personne ne serait obligé de partir… mais si on refuse, on perd notre poste ! D’autre part, si le Gouvernement ne parvient pas à trouver ce millier d’agents, il va devoir recruter et perdra donc une partie du savoir des statisticiens déjà en poste.»
L’intersyndicale prévoit de réunir les délégués de chaque pôle à Paris la semaine prochaine en attendant le rapport que doivent rendre le directeur général de l’Insee et le représentant du Conseil National de l’Information Statistique à François Fillon fin novembre. «D’autres actions sont envisagées si le rapport n’est pas accepté par le gouvernement», prévient Laurent Bisault. Pour lui, cette décision de créer un Pôle National et de démanteler ainsi les implantations régionales intervient après une longue série de polémiques : «Lors de la campagne présidentielle, l’Insee a été critiqué sur la mesure du chômage. Le gouvernement remet en cause sans cesse notre indépendance. Or, nous y tenons beaucoup…»

 

Le dossier Molex sur le bureau de Sarkozy ?

Le gouvernement a beau scander que les salariés seront préservés de la crise financière, il n’en demeure pas moins que des usines ferment et notamment dans notre région. C’est le cas à Villemur-sur-Tarn avec la fin programmée pour juin 2009 de l’activité de l’entreprise Molex au profit d’un autre site installé en Slovaquie. Cette antenne française d’une firme américaine spécialisée notamment dans la connectique automobile condamne ainsi 300 salariés mais également la vie locale de Villemur : «Avec cette fermeture, 283 salariés seront licenciés, dans une ville qui compte à peine 5 000 habitants. La plupart d’entre eux a plus de 45 ans et 25 ans d’ancienneté derrière elle. Les répercussions humaines et sociales seront catastrophiques pour ce secteur du nord toulousain», estime Pierre Cohen, maire de Toulouse. Interrogé sur RTL à propos de cette fermeture inattendue, Laurent Wauquiez a reconnu la semaine dernière que «des entreprises profitent de l’alibi de la crise pour faire des délocalisations ou des plans de licenciements qui ne sont pas justifiés.» Le secrétaire d’Etat à l’Emploi a également annoncé la création d’un dispositif de surveillance départemental pour contrôler ces pratiques. De son côté, le président de Région Martin Malvy a apporté son soutien aux salariés de Molex : «La fermeture de l’usine qui employait 283 salariés à Villemur-sur-Tarn, est dramatique. Je suis particulièrement inquiet des conséquences du départ de cette entreprise sur le bassin d’emploi et sur l’activité économique de la zone de Villemur. Si confirmation devait être apportée qu’aucune solution de reprise n’est envisageable, il appartiendrait aux représentants de l’Etat en Région de veiller à ce qu’un plan social respectueux des intérêts des salariés soit mis en œuvre et que soient examinées toutes les pistes de recréation possibles d’emplois. La Région est disponible pour y participer.» Même son de cloche chez le sénateur haut-garonnais Alain Chatillon : «Je suis prêt à m’associer de très près à ce dossier, certes en ma qualité de sénateur de la Haute-Garonne, mais aussi et surtout par ma connaissance du milieu industriel. Je souhaite participer activement à la défense des intérêts légitimes des salariés d’une part, de leur reconversion d’autre part et bien évidemment de la réindustrialisation de ce bassin de vie.» En attendant, le dossier Molex pourrait atterrir directement sur le bureau de Nicolas Sarkozy. C’est en tous cas la promesse faite aux salariés par le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault, en visite à Toulouse jeudi dernier et qui devait rencontrer le Président de la République afin d’évoquer la crise.

 

 
L’hôpital sur un brancard

Les chirurgiens début octobre, suivis de près par le service de radiologie de l’Hôpital des Enfants et du personnel hospitalier du département… Le secteur de la santé est au plus mal ces dernières semaines suite à l’annonce du Plan Hôpital de Roselyne Bachelot. Dans le collimateur des praticiens : des conditions de travail dégradées, des journées surchargées avec des gardes et des nuits multipliées, un manque d’effectif et surtout une non-reconnaissance du parcours professionnel avec une crainte sur le montant des retraites. «Le travail est difficile, stressant, on ne compte pas les heures et on ne gagne pas très bien sa vie. De plus, on assiste à une judiciarisation de la profession et les jeunes ont de moins en moins envie de devenir chirurgien», confie Philippe Cuq, président de l’Union des Chirurgiens de France. Les divers mouvements du personnel hospitalier au mois d’octobre se voulaient avant tout des signaux d’alarme forts alors que les syndicats parlent de «crise des vocations», de «salaires qui ne dépassent pas les 2 500 € par mois pour les postes à responsabilité» et de recours à «l’emploi à temps partiel». Loin de satisfaire les praticiens, le Plan Hôpital apparaît pour eux comme la mort à petit feu d’un service public indispensable alors que l’objectif pour 2012 du gouvernement serait la suppression de 720 postes en Midi-Pyrénées et la fermeture de plusieurs établissements de proximité.

Sophie Orus


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