Crise de confiance

La grippe AH1N1 aura servi à mettre en exergue la crise de confiance entre la population de notre pays, les sphères politiques et plus généralement les institutions. Un quart seulement des médecins s’est fait vacciner contre le virus alors qu’ils sont classés dans les catégories à risques ; c’est dire la confiance des personnels de santé dans la qualité des vaccins proposés. Cette méfiance chronique vient de loin….Alors que la logique voudrait que nous suivions les recommandations de l’institut de veille sanitaire, chacun d’entre nous se retrouve bien seul faire face au choix délicat de faire vacciner ses enfants ou pas… Comment en sommes-nous arrivés là ?

 
Amiante

Souvenez-vous, ce sujet avait fait l’objet d’in article dans le JT en 2006. Un rapport du Sénat fait état du probable décès de 35 000 personnes imputable à l’utilisation intensive de ce matériau entre 1965 et 1995. C’est sûrement la maladie professionnelle après la silicose (maladie pulmonaire incurable provoquée par l’inhalation de poussières de silice) qui aura tué le plus de monde si ces prévisions s’avèrent malheureusement exactes. Le professeur Claude Got, expert en santé publique, avait déclaré au cours de son audition que l’état des connaissances médicales permettait dès 1965 de gérer et prévenir correctement le risque. Pourtant, le premier décret limitant son utilisation n’était apparu dans notre pays qu’en 1977 alors que le produit était depuis 1931 interdit au Royaume-Uni et 1946 aux USA. Son usage n’a été interdit en France qu’en 1997. Cherchez l’erreur …

 

Sang contaminé

Si le Sida a été détecté en 1981, c’est fin 1983, que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 267 cas dans les pays membres de la CEE. La France arrive en tête de ce triste palmarès avec 92 cas. Si la toute première information faisant un lien entre les transfusions sanguines et le sida date de janvier 1984, la circulaire du 20 juin 1983 imposait déjà d’écarter des dons les sujets “à risque” (notamment “à risque sexuel”, comprendre les homosexuels). Le 20 Juin 1983, une circulaire du professeur Jacques Roux, directeur général de la Santé, interdisait la collecte de sang chez les sujets à risque, et notamment en prison ; malgré cela, le 13 Janvier 1984, une circulaire de Myriam Ezratty, directrice générale de l’Administration pénitentiaire, demandait aux directeurs régionaux et aux directeurs des centres pénitentiaires d’augmenter la fréquence des prélèvements de sang dans les établissements pénitentiaires, jusque-là limités à deux fois par an. Vous n’avez sûrement pas oublié des noms comme celui de Michel Garretta, J. Pierre Allain, côté professionnels de santé ou L. Fabius, G. Dufoix, E. Hervé responsables politiques de l’époque, qui après avoir masqué les risques pour les uns ou ralenti le dépistage et l’utilisation de produits “chauffés” pour les autres, s’en sont tirés avec des peines légères ou non lieux et sursis. 

 


Tchernobyl

Le 26 avril 1986, le réacteur RBMK de Tchernobyl explose provoquant la plus grande catastrophe nucléaire jamais connue. Ce sont des dizaines de milliers de morts, des milliers d’hectares contaminés et des populations civiles marquées dans leur chair pour des décennies. Le gouvernement français estime alors qu’aucune mesure particulière de sécurité n’est nécessaire. Le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), placé sous la direction du professeur Pierre Pellerin et sous la tutelle du ministère de la Santé, annonce le 29 avril 1986 par un premier communiqué qu’«aucune élévation significative de la radioactivité n’a été constatée.» Le 2 mai 1986, le Professeur Pellerin diffuse un communiqué selon lequel «les prises préventives d’iode ne sont ni justifiées, ni opportunes» et «il faudrait imaginer des élévations dix mille ou cent mille fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes». Le 30 avril, la présentatrice Brigitte Simonetta annonce dans un bulletin météorologique d’Antenne 2 que la France est protégée du “nuage” par l’anticyclone des Açores. Nous nous souvenons tous des fameuses déclarations des divers responsables politiques de l’époque nous laissant à penser que le nuage «n’avait pas survolé notre pays». Le  résultat 23 ans plus tard est que le nombre de cancers de la thyroïde a explosé depuis 10 ans et les médecins ne se cachent plus pour pointer du doigt la responsabilité du nuage qui s’était arrêté à la frontière…

Vaccin contre l’hépatite B

Sur fond de polémique, une grande campagne de vaccination avait été lancée en 1994 sous la pression de l’industrie pharmaceutique et le regard bienveillant de la sphère politique. Arrêtée un moment à la suite de nombreux cas de sclérose en plaque, elle a repris en sourdine par la suite.

 

Avis de citoyen

Tous ces exemples, qui sont loin d’être exhaustifs expliquent le peu de confiance des Français dans leurs responsables politiques ou acteurs institutionnels. Il semble que le mensonge envers les populations soit érigé en dogme dans notre pays. Le manque d’indépendance ou la trop grande proximité d’organismes sensés rendre des avis indépendants en matière de sécurité du nucléaire, de risques liés à la santé (OGM, produits chimiques…)  ou autres, avec les grandes institutions ou les lobbies économiques sont un réel problème en France. Il serait temps que le citoyen/consommateur soit représenté démocratiquement dans ces sphères de décision pour rétablir la confiance entre les garants de l’intérêt collectif et les populations. Citoyens, ouvrons les yeux et agissons en défendant par exemple l’existence de médias indépendants comme le JT.

Gérard Arnaudé


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