Crise; Après Molex, Freescale

On pensait la région un peu épargnée par la crise mais après la fermeture annoncée de Molex à Villemur-sur-Tarn, c’est au tour de l’entreprise toulousaine Freescale de réduire considérablement ses effectifs.

 
Il y a encore quelques semaines et en plein procès AZF, élus, avocats et riverains s’inquiétaient de la présence à Toulouse d’usines classées Seveso II et potentiellement dangereuses. Mais aujourd’hui, alors que l’entreprise Freescale est au plus mal, tout le monde est au chevet des salariés de ce géant américain de composants électroniques. En effet, la direction a annoncé la semaine dernière depuis Austin au Texas la fermeture d’ici trois ans de son secteur de production, laissant sur le carreau environ 800 emplois. Les Etats-Unis ne conserveraient à Toulouse que l’aspect recherche et développement. 200 emplois sont également sur la sellette si Freescale ne trouve pas de repreneurs dans sa branche téléphonie mobile d’ici la fin de l’année.
Anciennement Motorola, l’entreprise américaine a déjà connu ces dernières années différents plans de départ de salariés avec en 2007, 210 postes supprimés et 170 autres sont aujourd’hui sur le départ dans le cadre des préretraites. Les syndicats restent très pessimistes quant à l’issue des négociations en cours avec la direction locale. Le but sera d’envisager un reclassement ou un accompagnement des personnes licenciées. En attendant, l’ensemble des élus se mobilise pour soutenir les salariés : les Verts, Europe Ecologie, le NPA… L’ancien maire de Toulouse et actuel leader de l’opposition Jean-Luc Moudenc souhaite la mise en place «d’un groupe de travail pour suivre le reclassement des salariés» et une réflexion sur la création «d’un pôle voiture verte chez Freescale».

 

Les élus en route pour les Etats-Unis ?

De son côté, le Région, qui avait alerté l’Etat en septembre dernier sur l’avenir du site toulousain, s’est alliée au Département et à la Ville de Toulouse pour faire pression sur les Etats-Unis. Le maire de la Ville rose Pierre Cohen voit même des lueurs d’espoirs dans le dossier Freescale : «Les Américains ont décidé de fermer leurs usines japonaise et écossaise mais conserve la recherche et le développement à Toulouse. Cela signifie que le savoir-faire ici est indispensable.» Autre argument que l’élu socialiste compte mettre sur la table : «On ne peut pas demander à Toulouse de créer et partir pour produire. D’ailleurs, cela coûterait aussi cher aux Américains de produire chez eux qu’à Toulouse.»
Mais le gros problème pour les institutions reste la manière d’anticiper de telles difficultés dans des entreprises indispensables à la diversification de la région. Pierre Cohen rappelle d’ailleurs que «la fermeture de Freescale est un vieux serpent de mer.» Aurait-on pu alors prendre des mesures pour éviter la situation dramatique actuelle ? «Non, nous n’avons pas les moyens d’anticiper», répond Pierre Cohen qui avait visité l’usine il y a trois mois sans percevoir les difficultés ayant abouti à la décision irrévocable des Américains. «De plus, nous ne savons pas si les dirigeants de Freescale ne profite pas de la crise pour fermer, comme ce fut le cas pour Molex. C’est peut-être un effet d’aubaine de la part des Etats-Unis qui jouent la carte du protectionnisme.» Dans tous les cas, cette situation montre que Midi-Pyrénées, même si elle ne possède pas de lourde industrie automobile, est bel et bien impactée par la crise. Afin de jauger les intentions des responsables de Freescale et tenter de trouver des solutions pour les salariés, les élus de la région sont prêts à faire leurs valises pour traverser l’Atlantique dans les prochains jours. La politique locale sera-t-elle plus forte que les intérêts financiers ?

Sophie Orus



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