Copenhague, mon amour !

Alors que les ouvriers de Dubaï sont les premières victimes de la crise qui secoue l’émirat, que l’OTAN envoie 4 000 soldats en Afghanistan, que les bleus abordent le Mondial 2010 avec le sourire suite à un tirage au sort heureux où certains chroniqueurs ont cru voir “la main de Dieu” et que les minarets connaissent des critiques qui envahissent le débat sur l’identité nationale au point de voir le Chef de l’État voir son temps de parole laissé au Premier ministre qui commence à en prendre l’habitude après le précédent du Congrès des Maires de France ; c’est essentiellement le sommet de Copenhague et de sa conférence mondiale sur le changement climatique qui fait la une de tous les médias et occupe largement l’actualité : l’écologie politique est devenue la “real-politique” des gouvernements pressés par leurs opinions publiques autant que par le sérieux des craintes scientifiquement relatées.

 
Ce véritable show planétaire surmédiatisé, l’un des plus grands sommets sur l’environnement depuis Rio de Janeiro (1992) et Kyoto (1997) rassemblera 15 000 diplomates, hommes politiques, militants et journalistes. L’enjeu est d’ampleur : chercher un accord international pour organiser la lutte contre le changement climatique au moment où l’augmentation du taux de CO² dans l’atmosphère a déjà un impact sur la planète, où la température du globe a augmenté de plus 0,7 degré depuis la fin du XIXe siècle ; où onze des douze années les plus chaudes ont été enregistrées depuis 1995 ; où le niveau des mers s’est élevé de 17 centimètres depuis un siècle.
La tâche n’est pas simple puisqu’il faut concilier pays développés, monde émergent, producteurs de pétrole et états insulaires. La tâche n’est pas simple parce que les scientifiques n’ont pas toutes les réponses sur l’évolution du climat et s’affrontent parfois dans de violentes polémiques. La tâche n’est pas simple parce qu’il faut absolument donner un prolongement à Kyoto en assurant une aide aux pays les plus pauvres et en sauvant la forêt tropicale. La tâche n’est pas simple parce que, comme le souligne Michel Serres «personne ne représente la terre ; il n’y a pas de représentants des océans, de la banquise, des espèces menacées.»
Non, la tâche n’est décidément pas simple parce que la logique économique des révolutions industrielles doit enfin tenir compte de la contrainte écologique ; parce que le libéralisme doit satisfaire l’écologie politique qui rassemble de plus en plus de suffrages. Il s’agit de rendre le développement durable pour que la démocratie le soie également (!). De choisir un autre modèle de développement qui n’accroisse pas le chômage, qui permette de freiner l’endettement et la surconsommation.
Certains, parmi les catastrophistes éclairés craignent une explosion sociale généralisée ou la guerre. Ils pensent Copenhague indispensable à cette prise de conscience en étant convaincu qu’il y aura un “avant-Copenhague” et un “après”. Parce que désormais il doit y avoir un “juste climat” par une “juste politique”. On attend donc plus, beaucoup plus, qu’une simple et diplomatique déclaration politique ou une motion sans intérêt parce que trop bardé de nuances. On attend de nouveaux repères, pour éviter que nous continuions à vivre dans l’inconcevable.

Stéphane Baumont


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