Copenhague, hélas !

Nicolas Hulot n’y va pas par quatre chemins à propos du sommet de Copenhague, surmédiatisé dans ses annonces, dans ses espérances les plus ambitieuses, dans ses constats les plus susceptibles d’effroi, dans sa dramatisation des enjeux (notamment les “coups de gueule” mobilisateurs du Président Sarkozy) : «Formidable gâchis d’énergie, d’intelligence et de volonté. Aucun accord contraignant n’a été signé, la formidable idée d’une organisation mondiale de l’environnement a été abandonnée, l’avenir de nos enfants a été bradé».

 
Faut-il pour autant en conclure dès maintenant que «c’est la faillite de la démocratie», qu’il “faut adapter nos institutions pour qu’enfin l’intérêt collectif domine”, que les États-Unis, l’Inde et la Chine avaient une attitude fermée ou un blocage des parlements ou des opinions publiques, qu’il y avait «quelque chose des avant-guerre d’antan dans l’impuissance collective de la conférence climatique» (Vienne après Napoléon en 1815, la SON après 14-18, l’ONU après 1945). Faut-il considérer l’aide (trop floue) aux plus vulnérables, la limitation du réchauffement à 2°C comme les signes avant-coureurs d’une autre conférence et d’une autre organisation internationale supra-étatique qui voudrait s’engager écologiquement aussi absolument que les pays industrialisés pour sauver le système bancaire en 2008 ? Peut-être demain, la force des contraintes climatiques devant l’évidence concrète de la catastrophe toute proche poussera les uns et les autres à donner raison au cosmopolitisme d’Emmanuel Kant en créant un ordre mondial, une gouvernance universelle avec un droit politique de l’environnement contraignant et applicable (avec notamment sa police supra-étatique et ses contrôleurs). Peut-être demain le droit en acte puisera-t-il dans toutes les espérances du droit en puissance les articles de sa dynamique, donnant ainsi une fois de plus raison au philosophe Alexandre Kojève. Peut-être demain faudra-t-il imaginer une “égophorie” environnementale capable dans l’addition des individus de constituer une forme de nouveau contrat social où le “montant fraternité” permettra de concrètement repousser la catastrophe annoncée !
Au moment où se poursuit le débat sur l’identité nationale, n’est-ce pas l’occasion à saisir d’initier un autre débat sur l’identité post-nationale dans sa double dimension de citoyenneté européenne et de citoyenneté universelle, terrestre, “géodéique”. Occasion d’imaginer notre rapport à l’histoire, à la géographie, au monde, à l’écologie politique global (comme globe terrestre) d’une toute autre manière, en suivant en tout cas – et pour une fois – non le Père Noël mais le professeur Jean-Pierre Dupuy et sa philosophie du “catastrophisme éclairé”.

Stéphane Baumont


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