Copé sur le bout de la langue

Sur fond de manifestations d’exploitants agricoles en colère, de démonstration de force de la FNSEA au cœur ardent des villes de France, de crise du lait et d’épreuve de force avec la Communauté européenne ; à l’aube de négociations cruciales pour l’avenir de la PAC alors que la crise frappe de plein fouet de très nombreuses filières – lait, viande bovine ou porcine, viticulture, fruits et légumes –, le mécontentement majoritaire s’installe (aucune cote de popularité positive depuis janvier 2008) en même temps qu’une popularité à la Sisyphe où chaque lente et pénible remontée est immédiatement suivie d’une chute spectaculaire (printemps 2009 – Automne 2009) provoquée par une initiative personnelle contestée.

 
Ainsi l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy semble montrer sinon ses limites du moins quelque essoufflement à mi-mandat : l’opinion publique accepte mal la taxe carbone (par ailleurs mal comprise) ainsi que l’élection – à venir – de Jean Sarkozy à l’EPAD (accusation notamment de népotisme) ; les élus ne sont pas convaincus par la suppression de la taxe professionnelle ; la majorité semble fatiguée de l’ouverture et critique (J.F. Copé déclare «Il faut fixer la suite, trouver une réflexion, un message de fond en proposant une nouvelle définition de ce que sont les valeurs de la droite française… La Nation se fissure en silence parce qu’il n’y a pas de discours sur l’identité… Que l’on arrête de vouloir faire croire à nos enfants que nos ancêtres étaient tous des Gaulois»).
Alors est-ce, comme aime à le dire Nicolas Sarkozy «la malédiction des deux ans» ? Celle que tous ses prédécesseurs, sous la Ve République, ont connue (notamment VGE, Mitterrand et Chirac en 1976, 1983, 1997) avec comme conséquences une désaffection de l’électorat et un désenchantement structurel que veut à tout prix éviter le Président Sarkozy, adepte du volontarisme, du contre-pied surprise comme à Grandrange et de l’horreur de l’immobilisme. Comment dès lors agir efficacement non seulement pour tenter de reconquérir l’opinion publique mais aussi de susciter une dynamique suffisamment forte pour se mettre sur les meilleurs rails dans une pré-campagne présidentielle qui a déjà commencé. Réponse tactique et stratégique d’autant plus difficile que, selon Nicolas Baverez, «c’est sur le plan moral et intellectuel que la crise est susceptible de faire le plus de ravages en France… et qu’à défaut de changements majeurs de son modèle économique, la France s’oriente au cours de la prochaine décennie vers une croissance bloquée en dessous de 1 % par an, un chômage permanent, une spirale de déficits de la balance commerciale et des comptes publics, avec une impasse structurelle de 5 % du PIB.» La tâche est donc particulièrement ardue pour le “candidat-Président” et “l’hyperprésident” face à un “hyperparlement” qui a Copé sur le bout de la langue critique et propositionnelle : comment revenir à l’équilibre budgétaire et au plein emploi (vieux souvenir de 1973), comment combler les handicaps et rattraper les retards alors que la croissance mondiale recule, que les difficultés du monde développé progressent, bien loin des années glorieuses de la mondialisation ?
La crise semble être une raison majeure d’accélérer les réformes. À défaut de quoi Sarkozy pourrait donner raison à Richelieu qui remarquait que «qui a la force a souvent la raison en matière d’État ; et celui qui est faible peut difficilement s’exempter d’avoir tort au jugement de la plus grande partie du monde.»

Stéphane Baumont


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