Conseil régional ; Foire d’empoigne en perspectives

Vendredi dernier, Martin Malvy a été réélu Président du Conseil
régional de Midi-Pyrénées. Un troisième mandat qu’il va devoir conjuguer avec l’ensemble des forces de gauche mais aussi avec une opposition plus que déterminée à peser dans l’hémicycle.

 
A en juger par le climat qui a régné lors de l’installation du “nouveau” Conseil régional vendredi dernier, les quatre années qui s’annoncent au sein de l’assemblée, pourraient bien être plus qu’animées. Sans surprises, Martin Malvy a été réélu Président à la majorité absolue au 1er tour, avec 69 voix contre 22 pour Brigitte Barèges. Pendant de longues minutes, une standing ovation a salué la victoire du sortant qui entame donc à 74 ans un troisième mandat : «Je repars avec la même détermination, le même engagement, la même disponibilité, la même écoute» a déclaré Martin Malvy, moins attaqué jusqu’à présent sur sa politique que sur son âge.
Une politique plébiscitée selon Martin Malvy dans le vote sanction infligé à la droite le 21 mars dernier : «Ils (les électeurs, ndlr) ont su distinguer ce qui relève d’une politique nationale défaillante et ce qu’accomplissent aujourd’hui dans une “république décentralisée”, les collectivités locales et au premier rang la Région, dans sa coopération souvent, avec les Conseils généraux et autres collectivités» ; Refus de «la désindustrialisation de la France, la montée du chômage et de la précarité, les coupes sombres dans les budgets associatifs», mais approbation des «efforts de la Région en direction des très petites, petites et moyennes entrepri-ses, de la défense de l’emploi, des transports collectifs». Même constat positif pour les aides en faveur de l’environnement. 

 

«Les “écolos” seront loyaux et exigeants»

Cependant, il faudra aller plus loin. Les Verts qui font leur entrée dans l’hémicycle, préviennent d’ores et déjà : «Les “écolos” seront loyaux et exigeants. Nous n’avons pas la possibilité de nous disperser face aux urgences sociales et environnementales», annonce Gérard Onesta, nommé dans des domaines qui lui sont familiers : vice-Président du Conseil régional en charge des affaires européennes, des relations internationales, de la coopération décentralisée et de la réflexion sur l’avenir des régions.
Un avenir compromis pour la majorité sortante en raison de la réforme en cours des collectivités territoriales : «Nos concitoyens ont déjoué les manœuvres qui tentaient de discréditer les régions», explique Martin Malvy, «mais le procès de dépenses inconsidérées et de recrutements sans mesure, reprendra», poursuit-il, chiffres à l’appui : «L’endettement global des 36 000 communes, des 100 départements et des 26 régions n’atteint pas 80 milliards d’euros contre les 1 400 de l’Etat et ses 140 milliards de déficit alors qu’elles ont dégagé 28 milliards d’autofinancement en 2009».
Evoquant une délibération de décembre dernier, le Président réélu prévient à son tour : «Le gouvernement devra se ressaisir (…) Nous ne renoncerons pas à nos priorités. Il prendra le risque de devoir assumer seul celles qui sont de sa propre responsabilité, celles qui au titre des compétences transférées, relèvent, toujours du domaine de l’Etat et qu’il nous demande de partager avec lui».
Martin Malvy qui a réaffirmé enfin que l’emploi, restait la priorité de la politique régionale, assorti de plus de proximité, de citoyenneté et de respect d’autrui…

 


Brigitte Barèges, sifflée, huée, raillée

«C’est merveilleux la démocratie !» lance alors Brigitte Barèges à la tribune de cette assemblée qui dans sa “grande” majorité, la siffle, la hue, la raille. Gaucherie que Martin Malvy finit (enfin ?) par réprouver : «Respectez l’orateur qui s’exprime…»
Brigitte Barèges qui avait annoncé avant même le premier tour de l’élection régionale, ne vouloir ni siéger, ni “émarger” au Conseil régional, s’est ainsi ravisée, pour «ne pas repartir à zéro», confie-t-elle. Le groupe “Osons Midi-Pyrénées” dont elle est la Présidente, comprend vingt-deux membres. Parmi eux, Marie Déqué et Laurent Cuzacq, ex-adjoints de l’ancien Maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, Gérard Trémège, Maire de Tarbes et Président de la Communauté d’Agglomération du Grand Tarbes, Marie-Pierre Chaumette, Présidente de la Fédération 31 du MPF de Philippe de Villiers, Vincent Terrail-Noves, conseiller municipal à la mairie de Balma, ou encore celui qui a provoqué quelques remous au sein de l’UMP local il y a plusieurs semaines, le PRG Thierry Deville.
«Il nous appartiendra à la place qui est la nôtre d’être les aiguillons d’une politique plus volontariste, plus ambitieuse pour tous nos défis économiques, environnementaux et européens» indique Brigitte Barèges, appelant pour Midi-Pyrénées à un plan d’urgence pour l’emploi, de sauvetage de l’agriculture, ainsi qu’à un désenclavement routier, ferroviaire, numérique et international.
Autre requête du groupe d’opposition : que lui soient dévolues quatre présidences sur les seize commissions que compte l’assemblée. «Nous en représentons ¼ des élus» explique Brigitte Barèges, «cela témoignerait de plus de modernité et de plus de république».

 

La reconquête en 2014 ?

Gérard Trémège enfonce le clou : «L’élection des vice-présidents est un choix politique. C’est un jeu d’équilibre au sein des forces de la majorité et non une affectation territoriale qui permettrait à chaque département d’avoir un interlocuteur représentant la région. La preuve : dans mon département des Hautes-Pyrénées, il n’y a pas de vice-présidents. Quinze vice-présidents pour sept départements, cherchez l’erreur !» Toujours selon le Maire de Tarbes, le choix est en revanche “stratégique” concernant les présidences de commissions : «S’il veut gérer Midi-Pyrénées et être au service de ses habitants de la meilleure des façons, le Président a intérêt à s’allier toutes les compétences. Car qui pourrait dire qu’elles se trouvent exclusivement dans la majorité ? C’est l’opportunité pour Martin Malvy de démontrer son esprit d’ouverture. Il est possible de travailler ensemble pour l’intérêt général et non pas faire sans arrêt de la politique politicienne.»
L’opposition régionale attend par conséquent de voir à quelle sauce elle va être mangée… ou pas. Et même si elle avoue ne se faire aucune illusion quant à sa requête, elle est aujourd’hui plus que déterminée à travailler «en bonne intelligence», et à peser sur les prises de décisions qui engagent Midi-Pyrénées. «Nous allons voir qui est sectaire et qui ne l’est pas» gronde Gérard Trémège, «mais nous n’avons pas envie d’être confinés dans un coin, et méprisés comme ce fut trop souvent le cas».
Du passé Brigitte Barèges fait aujourd’hui table rase : «Je m’inscris dans l’avenir», confie la député-maire de Montauban qui doit abandonner le premier de ces mandats. La reconquête de 2014 est en marche, avec celle, plus qu’ardue, de la déferlante abstentionniste.

Claire Manaud


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